Le Nouveau Parti démocratique (NPD) presse le gouvernement Harper d'inscrire une clause de garantie de retombées industrielles dans tout nouvel appel d'offres visant à remplacer la flotte vieillissante des CF-18.

Joël-Denis Bellavance LA PRESSE

La ministre des Travaux publics, Rona Ambrose, doit rendre public mercredi ou jeudi un rapport de KPMG pour faire le point sur les coûts d'achat et d'entretien des 65 avions furtifs F-35 que comptait acquérir le gouvernement conservateur afin de remplacer les CF-18, à partir de 2020.

Tout indique que ces coûts ne seront pas de 16 milliards de dollars, comme le ministère de la Défense l'a affirmé en 2010, ni de 25 milliards, comme l'a estimé le vérificateur général Michael Ferguson dans un rapport publié au printemps. Selon les estimations de KPMG, ils seraient d'environ 45 milliards de dollars.

Une des raisons qui expliqueraient ces écarts est la durée de vie utile des appareils qu'on utilise pour calculer les frais d'entretien, selon certains experts.

Quoi qu'il en soit, la ministre Ambrose a confirmé à plusieurs reprises, au cours des derniers jours, qu'Ottawa n'écarte pas l'idée d'acheter un autre modèle d'avion que le F-35 et qu'un nouvel appel d'offres pourrait être lancé prochainement.

Aux Communes, mercredi, le chef du NPD, Thomas Mulcair, a affirmé que le gouvernement Harper doit profiter de ce nouvel appel d'offres pour corriger une des lacunes entourant le choix des F-35: l'application de la politique des retombées industrielles et régionales à cet important contrat militaire.

En vertu de cette clause, la firme qui obtient le contrat doit s'engager à dépenser au pays l'équivalent en argent sonnant de la valeur dudit contrat, en accordant des contrats à des entreprises canadiennes.

Cette clause a été écartée en 2010 quand le gouvernement a annoncé qu'il comptait acheter 65 avions F-35 de la firme américaine Lockheed Martin pour la somme de 9 milliards de dollars. Plusieurs ministres avaient défendu cette décision en affirmant que les entreprises canadiennes pourraient éventuellement décrocher l'équivalent de 12 milliards de dollars en contrats, soit plus que les 9 milliards que devaient coûter les F-35 au gouvernement canadien.

Or, cette évaluation des retombées économiques a depuis été revue à la baisse par les mandarins du ministère de l'Industrie. On évalue les contrats potentiels à quelque 9,8 milliards de dollars. On explique l'écart par la fluctuation du dollar américain.

«Il s'agit ici du plus important achat militaire de l'histoire récente et, malgré tout, il n'y a aucune garantie de retombées industrielles et régionales», s'est insurgé hier Thomas Mulcair.

Le premier ministre Stephen Harper a répondu que les entreprises canadiennes avaient déjà décroché «des centaines de millions de dollars en contrats» - autour de 435 millions, selon les dernières données - dans le cadre du projet de développement des F-35, également connu sous le nom de Joint Strike Fighter.

«Dans la région de Montréal, les entreprises Héroux-Devtek, Pratt&Whitney et Alcoa Howmet ont toutes travaillé au développement de cet avion en question. Alors je suggère au chef du NPD de profiter du temps des Fêtes pour visiter ces travailleurs dans sa région», a dit M. Harper.

Dans un rapport sur les politiques et les programmes liés à l'industrie aérospatiale, rendu public il y a deux semaines, l'ancien ministre conservateur David Emerson recommande d'ailleurs à Ottawa d'obliger les entreprises qui souhaitent vendre des appareils au gouvernement à prendre des engagements fermes en matière de retombées industrielles et technologiques au pays.