Analyse. Les révélations selon lesquelles Stephen Harper a sollicité les conseils de l'ancien premier ministre Brian Mulroney sur la question de l'unité nationale ont provoqué un certain émoi dans le reste du Canada.

Joël-Denis Bellavance LA PRESSE

Car pour la première fois depuis que les conservateurs sont au pouvoir, des analystes se demandent à voix haute si Stephen Harper pourrait être le champion de la cause fédéraliste au Québec si le Parti québécois remportait les prochaines élections et tenait un autre référendum.

M. Harper a rencontré M. Mulroney le lundi 11 juin, dans un hôtel de Montréal, après avoir prononcé un discours au Forum économique international des Amériques, a rapporté vendredi La Presse Canadienne.

Cette rencontre entre les deux hommes démontre jusqu'à quel point le dossier de l'unité nationale commence à inquiéter les mandarins conservateurs à Ottawa. D'autant que M. Harper avait coupé les ponts avec Brian Mulroney depuis l'affaire Karlheinz Schreiber, en 2007.

Faiblesse au Québec

Cette rencontre devait demeurer confidentielle. La grande majorité des ministres n'était pas au courant. «J'ai appris que cette rencontre a eu lieu en lisant les journaux», a confié à La Presse hier un ministre sous le couvert de l'anonymat.

Une autre source conservatrice a soutenu que cette rencontre projette l'image d'un Stephen Harper qui n'a toujours pas une bonne lecture de la situation au Québec, six ans après avoir pris le pouvoir.

«Cela donne l'impression qu'il est faible au Québec et cela pourrait avoir des répercussions dans le reste du pays. Aussi, cette fuite a pour effet de donner trop d'importance au Parti québécois. Les élections n'ont pas encore eu lieu. Jean Charest n'a pas encore dit son dernier mot», résume-t-on dans les rangs conservateurs.

Stephen Harper a remporté une majorité des sièges à la Chambre des communes malgré une faible représentation du Québec aux dernières élections. Son parti ne détient que 5 des 75 sièges de la province et les appuis aux conservateurs ne dépassent guère 20% dans les sondages. Le taux d'insatisfaction envers son gouvernement frise les 70% chez les Québécois.

Depuis un an, le gouvernement Harper ne s'est pas gêné pour adopter à toute vitesse certaines mesures controversées au Québec, notamment l'abolition du registre des armes d'épaule et la réforme de l'assurance-emploi.

D'autres décisions ont aussi été critiquées, comme la nomination de candidats unilingues anglophones à des postes importants de l'État, le retrait du Canada du protocole de Kyoto ou encore les dépenses visant à rehausser les liens entre le Canada et la monarchie britannique.

Une pente à remonter

Une victoire du Parti québécois au prochain scrutin propulserait la question de l'unité nationale de nouveau à l'avant-scène. Dans ce contexte, Stephen Harper aurait autant d'influence auprès des Québécois dans le dossier de l'unité canadienne que le chef du Nouveau Parti démocratique (NPD) Thomas Mulcair en aurait auprès des Albertains dans le dossier de l'exploitation des ressources naturelles, estime le chroniqueur Paul Wells, du magazine Maclean's.

«Imaginez que les Albertains décident de faire quelque chose et que Tom Mulcair tente de les en dissuader. C'est une bonne illustration de l'influence de Harper au Québec. Les suffrages du NPD en Alberta aux élections de mai dernier et ceux des conservateurs au Québec sont pratiquement les mêmes», a noté M. Wells sur son blogue.

Les conservateurs admettent volontiers qu'ils ont une pente abrupte à remonter au Québec. Mais ils sont aussi conscients qu'ils deviendront vulnérables ailleurs, notamment en Ontario, s'ils échappent le ballon dans le dossier de l'unité nationale.