Les compressions dans les laboratoires scientifiques fédéraux risquent de coûter cher, et sacrifient des installations récentes de grande valeur. C'est ce qui ressort de nouvelles informations colligées par La Presse, que le ministère des Pêches et Océans (MPO) a été incapable de confirmer en dépit d'un délai de plus d'une semaine.

Charles Côté LA PRESSE

Selon des sources internes à Pêches et Océans Canada, le laboratoire d'expertises en analyses chimiques aquatiques de Mont-Joli, dont le gouvernement Harper a prévu la fermeture dans son dernier budget, était flambant neuf. Il a coûté environ 2 millions de dollars, une somme confirmée par Jean Piuze, ancien haut fonctionnaire de MPO.

On peut avancer un chiffre semblable pour un autre laboratoire situé à Sidney, en Colombie-Britannique.

Par ailleurs, des frais de fermeture encore indéterminés sont à prévoir pour une autre installation fédérale, l'Experimental Lakes Area (ELA), dans l'ouest de l'Ontario. Ce vaste complexe en plein air, qui compte 56 lacs, est situé sur des terres provinciales. On y a fait de nombreuses expériences pour étudier les effets de la contamination chimique de l'eau à une échelle impossible à reproduire en laboratoire.

Selon un protocole d'entente entre le gouvernement fédéral et celui de l'Ontario, le territoire doit être remis à l'état d'origine s'il est rétrocédé à la province. Le MPO a indiqué à La Presse que les coûts de fermeture et de rétrocession n'avaient pas été évalués avant de prendre la décision de fermer l'installation.

La communauté scientifique continue de se soulever contre la mise au rancart de ces laboratoires et l'abolition de postes de scientifiques réputés dans le domaine de la pollution de l'eau.

Selon le professeur Jules Blais, de l'Université d'Ottawa, nouvellement élu à la tête de la Société canadienne de limnologie (science des lacs et des rivières), le travail des laboratoires et scientifiques gouvernementaux est irremplaçable.

«La communauté scientifique est capable de faire certaines études, mais pas de l'échelle de celles qu'on a réalisées à l'ELA, explique-t-il. Par exemple, dans le cas des DDT, on a vu qu'il y a une bioamplification de son effet dans la chaîne alimentaire dans le cadre des lacs. C'est quelque chose qu'on ne peut pas reproduire en laboratoire.»

De plus, les universitaires n'ont aucun rôle à jouer dans la surveillance de l'industrie et le suivi des accidents industriels.

«S'il y a un déversement de pétrole, la capacité pour étudier le problème de contamination a effectivement été coupée par les compressions, dit-il. Les universités ne peuvent pas reproduire ce qu'on a dans un service gouvernemental, qui travaille à temps plein sur ces aspects.»