Le ministère de la Défense met en vente les hélicoptères Chinook de modèle D, qui ont été achetés des États-Unis en 2009 et qui ont été utilisés par les soldats canadiens durant les deux dernières années de la mission de combat dans la province de Kandahar, en Afghanistan, qui a pris fin en juillet 2011.

Publié le 4 juin 2012
Joël-Denis Bellavance LA PRESSE

Le gouvernement canadien a déboursé en tout 282 millions de dollars pour faire l'acquisition de six de ces hélicoptères. Deux appareils ont été «irrémédiablement endommagés» durant la mission. Quatre appareils sont donc à vendre.

Selon des informations obtenues par La Presse, les hélicoptères sont actuellement entreposés au US Air Force's 309th Aerospace Maintenance and Regeneration Group à Tucson, en Arizona, en attendant d'être vendus à un pays allié.

Le ministère de la Défense ne tient pas à garder ces quatre Chinook de modèle D, puisqu'il doit recevoir, à partir de 2013, les premiers des 15 hélicoptères Chinook de modèle F achetés au coût de 2,3 milliards de dollars. La nouvelle flotte sera établie à la base des Forces canadiennes de Petawawa.

«Le Ministère n'a jamais eu l'intention de garder les Chinook de modèle D au-delà de la mission de combat en Afghanistan», affirme-t-on dans des notes du ministère de la Défense pour expliquer cette vente rapide.

«Ces hélicoptères ont été extrêmement utiles en Afghanistan et ont permis de sauver d'innombrables vies en réduisant notre dépendance au transport routier et en réduisant la menace que représentent les engins explosifs improvisés», ajoute-t-on dans ces notes rédigées à l'intention du ministre de la Défense Peter MacKay. La Presse a obtenu ces notes, datées de 10 novembre 2011, en vertu de la Loi sur l'accès à l'information.

Le ministère de la Défense préfère les Chinook de modèle F parce que ces nouveaux hélicoptères permettront aux militaires canadiens «d'atteindre des emplacements éloignés dans une plus grande diversité de secteurs géographiques et de zones difficiles, inaccessibles par voie terrestre ou à l'aide d'avions».

Doubler les distances

«Ces impressionnants nouveaux Chinook de modèle F sont dotés d'une série complète de systèmes d'avionique, de capteurs d'équipement d'autodéfense, en plus d'avoir la capacité de parcourir le double de la distance des anciens modèles», avait déclaré le chef d'état-major de l'Aviation royale canadienne, le lieutenant-général André Deschamps, en décembre 2009, lors de l'annonce de l'arrivée de la nouvelle flotte.

Ashley Lemire, porte-parole du ministère de la Défense, a confirmé que les quatre Chinook de modèle D sont toujours à vendre, mais elle n'a pas été en mesure de préciser le prix de vente. «Les hélicoptères sont commercialisés auprès des gouvernements alliés par la direction de la distribution des biens de la Couronne de Travaux publics et Services gouvernementaux Canada. Leur prix de vente sera fixé par le marché», a indiqué Mme Lemire dans un courriel envoyé à La Presse.

Une gestion critiquée

La députée néo-démocrate d'Abitibi-Témiscaminque, Christine Moore, a de nouveau critiqué la gestion des achats militaires des conservateurs. «Je trouve que c'est de la mauvaise gestion. On veut vendre des appareils qui sont entreposés en ce moment, alors qu'on pourrait s'en servir notamment pour des opérations de sauvetage. Les Chinook de modèle D sont comparables au modèle F au niveau mécanique. Pourquoi faut-il toujours acheter l'équipement le plus cher? Aussi, j'ai l'impression qu'on va se faire avoir en vendant ces quatre hélicoptères qui nous appartiennent déjà», a dit Mme Moore.

Le gouvernement Harper avait décidé d'acheter ces hélicoptères d'occasion dans la foulée de la publication du rapport du groupe présidé par l'ancien ministre libéral John Manley sur la poursuite de la mission de combat des soldats canadiens en Afghanistan. Dans ce rapport, publié en janvier 2008, on recommandait notamment d'équiper les troupes canadiennes d'hélicoptères de transport afin de réduire les pertes humaines.

Le ministère de la Défense est déjà dans l'embarras depuis quelques semaines dans le dossier de l'achat de 65 avions F-35, à la suite de la publication d'un rapport accablant du vérificateur général Michael Ferguson. Dans son rapport, M. Ferguson a soutenu que le Ministère a sous-estimé de 10 milliards de dollars les coûts d'achat et d'entretien des F-35, qui doivent remplacer la flotte vieillissante des F-18 à partir de 2023. Selon le vérificateur général, la facture totale pour les contribuables atteindra 25 milliards de dollars, au lieu des 15 milliards annoncés par le gouvernement Harper.

- Avec la collaboration de William Leclerc