Stephen Harper menace de boycotter le prochain sommet du Commonwealth, qui doit avoir lieu au Sri Lanka en 2013, si le pays hôte n'améliore pas son bilan en matière de respect des droits de la personne et qu'aucun progrès n'est réalisé au chapitre de la réconciliation nationale.

Joël-Denis Bellavance LA PRESSE

En revanche, selon ce qu'a appris La Presse, le premier ministre ne compte pas appliquer cette ligne dure envers la République démocratique du Congo, qui est loin d'être un modèle de démocratie et qui sera l'hôte du prochain sommet de la Francophonie l'automne prochain.

Lors de leur dernier sommet, qui a eu lieu à Trinité-et-Tobago en novembre dernier, les pays du Commonwealth ont accepté de se réunir au Sri Lanka, mais à certaines conditions.

Le Sri Lanka, secoué jusqu'en 2009 par une longue guerre civile opposant le gouvernement aux Tigres tamouls, doit démontrer qu'il a réalisé des «progrès tangibles» au chapitre de la réconciliation nationale et «se pencher sérieusement sur les allégations de violations des droits de la personne», selon un document du ministère des Affaires étrangères.

De tous les pays membres du Commonwealth, c'est le Canada qui est allé le plus loin: Stephen Harper a fait savoir qu'il ne participerait pas au sommet du Sri Lanka si la situation ne s'améliorait pas de manière notable. Le premier ministre la Grande-Bretagne, David Cameron, a soutenu que des leaders pourraient ne pas participer au sommet, sans jamais indiquer qu'il pourrait être de ceux-là.

«Préoccupations» en RDC

Selon son porte-parole Carl Vallée, M. Harper compte soulever la question des droits de la personne au Congo à l'occasion du sommet de la Francophonie, mais il n'a pas l'intention de boycotter la rencontre: «Nous avons l'intention de continuer à soulever nos préoccupations liées à la liberté, aux droits de l'homme, à la démocratie et au respect de la primauté du droit avec le gouvernement de la République démocratique du Congo avant le commencement du sommet de la Francophonie. Ce sommet sera d'ailleurs une bonne occasion de soulever ces enjeux.»

Il n'a toutefois pas voulu préciser pourquoi M. Harper adopte la ligne dure envers le Sri Lanka et non envers le Congo.

En privé, des sources indiquent que le Commonwealth s'est donné davantage les moyens de faire la promotion de la démocratie et de la primauté du droit parmi ses membres. La Francophonie a aussi fait des pas dans cette direction depuis un certain temps, mais ils demeurent assez timides.

La guerre civile au Sri Lanka, qui a duré de 1972 à 2009, a fait quelque 100 000 morts, selon l'ONU.

En 2011, des enquêteurs de l'ONU ont accusé le gouvernement sri lankais d'avoir causé des «dizaines de milliers de morts» lors de l'offensive finale de l'armée contre les Tigres de libération de l'eelam Tamoul.

Mais Colombo a refusé qu'une enquête internationale se penche sur les crimes de guerre possiblement commis par ses troupes et affirme que les Tigres utilisaient les civils comme boucliers humains.

Pour sa part, le Congo est le théâtre depuis quelques semaines de violents combats entre l'armée congolaise et d'anciens combattants de la rébellion tutsie-congolaise du Congrès national pour la défense du peuple.

Les combats sont concentrés dans la province du Kivu du Nord et ont provoqué le déplacement de milliers de civils: plus de 8200 personnes se sont réfugiées au Rwanda depuis le 27 avril, et plus de 30 000 en Ouganda en mai, selon le Haut-Commissariat de l'ONU pour les réfugiés (HCR).

Récemment, le Canada s'est dit préoccupé par «la possibilité de violences sexuelles» et la hausse du nombre de déplacés et de réfugiés. Le ministre des Affaires étrangères, John Baird, a aussi réclamé «une action immédiate» des autorités du pays à ce sujet.