La virulente sortie du ministre des Ressources naturelles, Joe Oliver, contre les groupes écologistes opposés au projet d'oléoduc Northern Gateway a indisposé même le promoteur du projet, la société Enbridge, a apprisLa Presse.

Mis à jour le 12 janv. 2012
Joël-Denis Bellavance et Martin Croteau LA PRESSE

Dans une lettre ouverte publiée lundi, le ministre Oliver a accusé les groupes environnementalistes «radicaux», les «célébrités qui appartiennent au jet-set» et les «groupes d'intérêt spéciaux étrangers» de tenter de bloquer des projets de développement économique au Canada.

Il a affirmé que le régime réglementaire d'approbation doit être revu afin d'accélérer la mise en oeuvre de grands projets, comme des pipelines, des mines et des barrages hydroélectriques. D'autant plus, a-t-il ajouté, que le régime actuel est souvent pris en otage par des groupes «radicaux» qui souhaitent faire obstacle à tout projet d'envergure.

«Ils utilisent du financement fourni par des groupes d'intérêt spéciaux étrangers pour saper les intérêts économiques nationaux du Canada. Ils attirent des célébrités qui appartiennent au jet-set et dont l'empreinte carbone personnelle est l'une des plus grandes au monde, qui viennent donner des leçons aux Canadiens pour qu'ils ne développement pas leurs ressources naturelles», a affirmé le ministre.

Ces propos ont non seulement soulevé la colère des groupes environnementalistes, mais ils ont aussi créé un certain malaise chez le promoteur du projet, la société Enbridge, qui a déjà investi des millions de dollars pour étoffer son projet de développement en prévision des audiences publiques.

«Les propos du ministre Oliver ont dépassé les bornes. Il voulait probablement créer des ennemis et détourner l'attention vers le financement venant de l'étranger», a expliqué une source de la société qui a requis l'anonymat.

Audiences publiques

Le ministre a fait cette sortie quelques heures seulement avant le début des audiences publiques sur le tracé du projet de pipeline Northern Gateway, en Colombie-Britannique. La construction de ce pipeline controversé, au coût de 5,5 milliards de dollars, permettrait d'acheminer le pétrole des sables bitumineux jusqu'à l'océan Pacifique, au nord de la Colombie-Britannique. Le pétrole serait ensuite transporté par des navires-citernes jusqu'en Asie.

Lundi, un porte-parole d'Enbridge a indiqué à La Presse que la société partage dans une certaine mesure la préoccupation du gouvernement Harper quant à l'intervention d'intérêts étrangers dans le processus réglementaire canadien.

Mais il a précisé que l'entreprise fait confiance au bon déroulement des audiences et du cadre réglementaire existant. «Nous avons confiance en ce processus réglementaire», a résumé Todd Nogier, d'Enbridge.

La critique du NPD en matière d'environnement, Megan Leslie, a estimé que la sortie du ministre Oliver est d'autant plus mal avisée qu'elle risque de nuire aux entreprises qui souhaitent exploiter les sables bitumineux.

«L'industrie comprend la valeur d'un processus réglementaire rigoureux, a-t-elle dit. Si les conservateurs transforment les consultations sur le Northern Gateway en procès fantoche, l'industrie va perdre sa légitimité, et elle le sait.»

Des privilèges, selon l'opposition

La Presse a également rapporté hier que des sociétés pétrolières américaines et chinoises ont rencontré plusieurs ministres fédéraux au cours des derniers mois. Cela n'a pas empêché le ministre Oliver de dénoncer l'intervention des écologistes «radicaux» qu'il disait financés par des groupes d'intérêts étrangers. «Ces chiffres confirment ce qu'on savait déjà, a indiqué Megan Leslie. Les conservateurs accordent des privilèges à leurs amis des pétrolières.»