Le gouvernement Harper s'est fait inviter à rester poli dans les débats entourant les dossiers de sécurité publique et de justice criminelle, en comité parlementaire jeudi.

Mis à jour le 17 nov. 2011
Hugo De Grandpré LA PRESSE

Harper veut imposer le bâillon sur le projet de loi C-10

Projet de loi C-10: l'opposition emploie une tactique d'obstruction

Matthew Torigian, représentant de l'Association canadienne des chefs de police, s'est montré irrité par les attaques du Parti conservateur à l'égard de son organisme dans le dossier du registre des armes à feu.

Selon lui, au moins un communiqué de presse a manqué de respect à l'égard de son organisme, en insinuant qu'il n'avait pas la légitimité de défendre les positions qu'il défend dans le dossier de l'abolition du registre des armes à feu, puisqu'une majorité de policiers seraient favorables à son démantèlement.

L'ACCP défend la survie du registre des armes d'épaules depuis plusieurs années. Or, le projet de loi C-19, actuellement à l'étude, vise à l'abolir et à en détruire les données amassées depuis les années 1990.

«Nous vous demandons de respecter notre opinion ou, à tout le moins, d'être respectueusement en désaccord», a-t-il lancé en fixant les bancs conservateurs des yeux.

Cette sortie survient au lendemain de celle du sénateur conservateur Pierre-Hugues Boisvenu, qui a accusé le Québec d'être «soft on crime», ou d'adopter une approche laxiste face à la criminalité.

«Je pense qu'il peut y avoir des différentes façons de fonctionner au Canada. On peut ne pas penser de la même façon», a réagi le ministre de la Sécurité publique du Québec, Robert Dutil.

«Mais je suis d'accord avec le chef Torigian: il faut s'asseoir et en discuter.»

«Surpris»

Le ministre Dutil de la Sécurité publique du Québec témoignait devant le même comité parlementaire que les chefs de police, en matinée jeudi, pour faire valoir l'opposition du Québec au projet de loi C-19.

Il a dit avoir été surpris par l'ajout dans le projet de loi d'articles prévoyant l'abolition des données amassées depuis près de 20 ans. Cet ajout ne faisait pas partie des tentatives antérieures des conservateurs et n'a pas été annoncé en campagne électorale.

M. Dutil a encore une fois demandé au gouvernement de ne pas abolir le registre et, à défaut, de ne pas en détruire les données.

C'est la deuxième fois en quelques semaines qu'un ministre québécois vient exprimer le désaccord du gouvernement Charest face à un projet de loi d'Ottawa.

Jean-Marc Fournier s'était montré encore plus mordant, au début du mois de novembre : dénonçant le manque de preuves scientifiques pour appuyer l'approche du gouvernement Harper en matière de justice criminelle, il avait annoncé que le Québec ne paierait pas la note de plusieurs millions de dollars qui découleraient de l'adoption du projet de loi omnibus C-10. Ce projet de loi prévoit un durcissement de la justice face aux jeunes contrevenants et aux trafiquants de drogue, entre autres.

Les régions en faveur de l'abolition

D'autres groupes, comme la Fédération québécoise des chasseurs et pêcheurs et le Canadian Shooting Sports Association ont aussi comparu mercredi.

La représentante de la Fédération, Hélène Larente, a affirmé que l'opposition québécoise à l'abolition du registre ne venait que de Montréal.

«Les gens des régions ne veulent pas conserver le registre des armes à feu», a-t-elle déclaré.

Selon elle, l'obligation d'enregistrer les armes a pour effet de stigmatiser les honnêtes chasseurs en les faisant passer pour des criminels.

Les porte-parole du Canadian Shooting Sports Association ont présenté des arguments semblables. Diana Cabrera, directrice de l'association et membre de l'équipe nationale de tir de l'Uruguay, a affirmé que les propriétaires d'armes à feu «vivent dans la peur».

«Est-ce que j'ai oublié une nuance dans la paperasse et la police viendra cogner à ma porte? Est-ce que je vais finir aux nouvelles de six heures, démonisée devant mes amis, ma famille et mes collègues?»