S'il est reporté au pouvoir, Stephen Harper, que son gouvernement soit minoritaire ou majoritaire, présentera exactement le même budget que celui que viennent de rejeter les partis de l'opposition.

Mis à jour le 25 mars 2011
Joël-Denis Bellavance LA PRESSE

Même si le gouvernement Harper tombe aujourd'hui sur une motion de censure déposée par le Parti libéral, l'élément déclencheur de la campagne électorale qui s'amorce est bien le plan budgétaire du ministre des Finances. Le NPD l'a en effet taillé en pièces même s'il répondait à deux de ses cinq demandes, dont la bonification du supplément de revenu garanti pour les personnes âgées.

Au cours d'un point de presse, mercredi, le ministre Flaherty n'a laissé aucun doute sur les intentions des conservateurs: «Nous avons travaillé très fort sur ce budget et nous avons tenu des consultations à travers le pays pendant plus de trois mois. (...) Nous avons eu beaucoup de suggestions des partis de l'opposition. (...) Nous avons écouté attentivement. Nous allons réintroduire ces mesures budgétaires si nous avons l'occasion de le faire.»

Déjà en campagne

À quelques heures du vote fatidique qui mettra fin au deuxième mandat minoritaire du gouvernement Harper, les conservateurs et les trois partis de l'opposition ont commencé à marteler hier les thèmes qu'ils comptent exploiter durant la campagne électorale.

Plusieurs ministres conservateurs ont profité de la période de questions pour accuser les libéraux de vouloir former une coalition avec le NPD, avec le soutien du Bloc québécois, afin de prendre le pouvoir après les élections même si les conservateurs obtiennent le plus grand nombre de sièges sans toutefois avoir une majorité.

«Le Parti libéral démontre un mépris profond pour les électeurs canadiens en disant que, peu importe quel gouvernement ils élisent, il va former une coalition avec le NPD et le Bloc québécois et prendre des décisions imprudentes en formant un gouvernement instable», a déclaré le ministre John Baird, leader du gouvernement à la Chambre.

«Au lieu de dépenser 400 millions de dollars dans des élections hâtives, laissez-nous investir cet argent dans les poches des personnes âgées à faible revenu, des démunis qui ont besoin de notre aide, les hommes et les femmes qui ont construit ce pays», a-t-il ajouté.

Le Parti libéral a rétorqué que le gouvernement Harper manifeste du «mépris pour les étudiants, les personnes âgées, les jeunes parents qui ont besoin des services d'une garderie». «Les conservateurs affichent leur mépris pour le Parlement et les contribuables, cachent 70 milliards de dépenses et falsifient des documents. Ils sont traînés devant les tribunaux pour de la fraude électorale et pour du trafic d'influence», a dit le libéral Ralph Goodale.

Le Bloc québécois a pour sa part affirmé que c'est à cause de «l'entêtement du ministre des Finances» dans certains différends avec le Québec si des élections ont lieu le 2 mai.

Le chef du NPD, Jack Layton, a contré les attaques des conservateurs au sujet d'une éventuelle coalition en disant que Stephen Harper était prêt, en 2004, à en former une avec son parti et le Bloc québécois pour déloger les libéraux de Paul Martin.

Les conservateurs en avance

Hier, un nouveau sondage mené par la firme Ispsos Reid pour le réseau Global accorde une confortable avance aux conservateurs. Selon ce coup de sonde, réalisé après le dépôt du budget, le Parti conservateur récolte 45 % des appuis contre 24% au Parti libéral et 16% au NPD.

Au Québec, le Bloc québécois obtiendrait 41% des voix, les conservateurs 25%, les libéraux, 18% et les néo-démocrates, 13%. Ce sondage, mené auprès de 1001 répondants les 22 et 23 mars, comporte une marge d'erreur de 3,1 points de pourcentage, 19 fois sur 20. La marge d'erreur est toutefois plus grande au Québec.

-Avec Malorie Beauchemin