Avant même le déclenchement des élections, le spectre de la coalition revient hanter le Parti libéral de Michael Ignatieff et s'immisce comme un des thèmes incontournables de la prochaine campagne électorale.

Mis à jour le 24 mars 2011
Malorie Beauchemin LA PRESSE

En conférence de presse, mercredi, le chef du NPD, Jack Layton, et celui du Bloc québécois, Gilles Duceppe, ont tous les deux laissé une porte ouverte à la formation - ou à l'appui - d'une coalition de partis de l'opposition, advenant que le Parti conservateur de Stephen Harper soit reconduit au pouvoir sans obtenir une majorité de sièges.

Le chef libéral, Michael Ignatieff, est resté plus vague, se contentant de répondre qu'il visait à former un gouvernement libéral qui serait une solution de rechange à l'actuel gouvernement conservateur.

«À l'issue des élections qui s'en viennent, il y a une porte bleue et une porte rouge. Derrière la porte bleue, vous avez des prisons et des avions militaires, des baisses d'impôt pour les entreprises et de pâles imitations de vraies mesures, a dit M. Ignatieff. Vous prenez la porte rouge et vous obtenez de la compassion, un gouvernement fiscalement responsable et qui met l'emphase sans relâche sur les priorités des familles canadiennes.»

Coalition en 2008

En novembre 2008, à peine quelques semaines après le dernier scrutin, une mise à jour économique du gouvernement conservateur avait soulevé la colère des partis de l'opposition à un point tel qu'en quelques jours, le Parti libéral, alors dirigé par Stéphane Dion, formait une coalition avec le NPD de Jack Layton, avec l'appui du Bloc québécois de Gilles Duceppe pour assurer sa survie pendant au moins 18 mois.

Peu de temps après son arrivée à la tête des libéraux, Michael Ignatieff avait rejeté l'idée, mais les troupes conservatrices continuent de marteler que le choix des électeurs au prochain scrutin sera entre un gouvernement conservateur majoritaire et une coalition des libéraux avec les «socialistes» et les «séparatistes».

À la période de questions, mercredi, le leader du gouvernement en Chambre, John Baird, a repris l'argument, jugeant qu'il s'agissait d'une «priorité» du chef libéral de conclure une entente avec le Bloc et le NPD.

«C'est le chef du Parti libéral qui démontre du mépris pour les électeurs canadiens», a souligné M. Baird, répondant à une question sur le rapport du comité des procédures qui concluait que le gouvernement devrait être trouvé coupable d'outrage au Parlement.

«M. Ignatieff rejette le principe fondamental en démocratie qui veut que la personne qui reçoit le plus de votes gagne les élections, a ajouté M. Baird. Il veut faire un gouvernement de coalition avec le Bloc québécois et le NPD et c'est mépriser complètement la population.»

Nouvelle publicité

Les conservateurs ont d'ailleurs lancé une nouvelle publicité, en anglais seulement, où se retrouvent côte à côte les photos de M. Ignatieff, M. Duceppe et M. Layton.

«En cette période d'incertitude économique, Michael Ignatieff, appuyé par le NPD et le Bloc québécois, veut défaire le budget et forcer des élections», soutient le message.

En conférence de presse, M. Layton et M. Duceppe ont tour à tour insisté sur le fait que la première personne à leur avoir proposé, aux deux, de former un gouvernement de coalition était Stephen Harper lui-même, en 2004, dans l'éventualité où le gouvernement minoritaire libéral de Paul Martin serait renversé.

Pour le Bloc québécois, il n'est toutefois pas question de faire partie d'une coalition, mais plutôt d'en appuyer une, «si c'est dans l'intérêt des Québécois», a répété M. Duceppe, mercredi.

En février dernier, en conseil général élargi, le Bloc a adopté une motion stipulant que «sans majorité parlementaire», le parti se réservait la possibilité «de soutenir une coalition de partis politiques, et ce, dans la mesure où le respect des valeurs québécoises est garanti».