Le ministre de l'Environnement, Jim Prentice, veut savoir si l'industrie des sables bitumineux laisse échapper des substances chimiques dans les cours d'eau environnants dans le cadre de ses activités d'exploitation.

Joël-Denis Bellavance LA PRESSE

Si tel est le cas, le ministre demandera aux entreprises responsables de corriger rapidement le tir, à défaut de quoi elles s'exposeront à des amendes.

Un débat fait rage depuis plusieurs années au sujet de la contamination possible de la rivière Athabaska et des eaux souterraines par les effluents rejetés par les entreprises qui exploitent le pétrole des sables bitumineux de l'Alberta.

Les scientifiques du ministère de l'Environnement disent ne pas avoir de preuves irréfutables que tel est le cas puisqu'il y a beaucoup de gisements de pétrole dans cette région et toutes les eaux naturelles des environs contiennent des concentrations importantes de composés pétroliers.

Mais des chercheurs de l'Université de l'Alberta affirment le contraire et ont même mesuré des taux très élevés d'hydrocarbures aromatiques polycycliques (HAP) dans l'eau et l'environnement situés autour des mines de sable, ainsi que dans les poissons des rivières situées en aval. Plusieurs de ces substances sont jugées cancérigènes et sont aussi classées comme des polluants prioritaires par l'Organisation mondiale de la santé.

Or, le ministre Prentice a décidé de trancher cette question en investissant 1,6 million de dollars dans un nouveau programme scientifique qui comprend l'achat d'appareils d'analyse à la fine pointe de la technologie (Liquid chromatography-mass spectrometry ou LC-MS) qui permettront de mener des tests ultra-sophistiqués.

«C'est un pas de plus dans la surveillance et la réglementation de l'industrie des sables bitumineux du pays concernant la contamination de l'eau. La question de savoir s'il y a des contaminants qui se retrouvent dans l'eau me préoccupe depuis que je suis ministre de l'Environnement. C'est une controverse qui dure depuis un certain temps», a dit le ministre Prentice dans une entrevue à La Presse.

«Nous voulons mesurer l'état de santé de la rivière Athabaska. Nous voulons nous assurer qu'il n'y a pas de substances chimiques qui proviennent de l'exploitation des sables bitumineux. Et s'il y en a, il faudra que cela cesse», a ajouté M. Prentice, qui représente une circonscription de Calgary à la Chambre des communes.

Mesurer avec précision

Selon le scientifique John Carey d'Environnement Canada, les appareils permettront de déterminer avec précision si les substances chimiques produites dans le cadre des activités d'exploitation des sables bitumineux s'infiltrent dans le milieu ambiant. Les appareils peuvent en effet identifier les composés chimiques uniques qui sont produits durant le traitement des sables bitumineux pour y extraire le pétrole, c'est-à-dire déterminer les empreintes que ces activités laissent dans l'écosystème.

Un comité parlementaire avait déjà demandé au ministère de l'Environnement de prendre les mesures nécessaires pour appliquer la section 36 de la Loi sur les pêches qui interdit de déverser des substances dangereuses dans les cours d'eau.

«Jusqu'ici, nous n'avons pas de preuves scientifiques qu'il y a des écoulements dans la rivière. (...) Il y a des sources naturelles d'hydrocarbures dans la région et c'est très difficile de savoir si cela est causé par l'industrie. Nous avons maintenant des appareils pour nous aider à avoir des réponses plus précises», a expliqué M. Carey.

Résultats à l'automne

Les premiers résultats des tests devraient être connus à l'automne. Des scientifiques du ministère de l'Environnement à Montréal, en Ontario et en Saskatchewan travailleront sur ce projet de recherche.

L'exploitation des sables bitumineux suscite toujours la controverse au pays comme à l'étranger à cause des dommages que cela cause à l'environnement. Pour séparer le bitume du sable, il faut utiliser d'énormes quantités d'eau chaude. L'eau polluée doit ensuite être mise à décanter dans d'immenses bassins. Le bitume, lui, doit à son tour être liquéfié.

Grâce aux sables bitumineux de l'Alberta, le Canada possède 178 millions de barils potentiels en réserve, la deuxième en importance après l'Arabie Saoudite. On estime que le pétrole extrait des sables bitumineux deviendra cette année la principale source de pétrole importée par les États-Unis et qu'il pourrait représenter 36% des approvisionnements en 2030, selon une étude publiée récemment par le Cambridge Energy Research Associates au Massachusetts.