Stephen Harper pourrait non seulement remodeler la fédération canadienne à sa guise s'il remporte une majorité de sièges aux Communes aux prochaines élections, mais il pourrait aussi annihiler le Parti libéral en abolissant la subvention annuelle accordée aux partis politiques.

Joël-Denis Bellavance LA PRESSE

C'est d'ailleurs l'une des raisons pour lesquelles les libéraux ne sont pas pressés de provoquer la chute du gouvernement Harper, conscients que les sondages sont loin de leur être favorables et qu'une mauvaise campagne pourrait donner le champ libre aux conservateurs.

«Si Stephen Harper obtient la majorité aux prochaines élections et qu'il élimine le financement public des partis politiques, c'est la fin du Parti libéral. C'est aussi simple que cela», a confié à La Presse un libéral influent sous le couvert de l'anonymat.

«Il ne faut pas que Stephen Harper obtienne une majorité pour plusieurs raisons. La santé de notre démocratie en est une. Je ne crois pas que les Canadiens accepteraient la mort du Parti libéral», a ajouté ce stratège.

Éliminer la subvention

Dimitri Soudas, directeur des communications de Stephen Harper, a confirmé hier que les conservateurs ont la ferme intention de promettre, dans leur programme électoral, d'éliminer cette fameuse subvention. «Ce sera écrit noir sur blanc dans notre programme», a-t-il dit.

Depuis 2004, tous les partis politiques reconnus par Élections Canada reçoivent une subvention de 1,99 $ par vote obtenu au scrutin précédent. Cette subvention a été instituée à la suite du scandale des commandites par le gouvernement Chrétien, dans le cadre d'une réforme destinée à assainir les moeurs politiques qui limitait à 5000 $ les dons des particuliers, des entreprises et des syndicats aux partis politiques.

Après son arrivée au pouvoir, le gouvernement Harper est allé plus loin en éliminant les dons des entreprises et des syndicats et en limitant à 1000 $ par année les dons des particuliers.

Cette année, le Parti libéral obtiendra une subvention de 7,26 millions de dollars. Le Parti conservateur recevra 10,4 millions, le NPD, 5 millions, et le Bloc québécois, 2,74 millions.

Comme il éprouve encore de la difficulté à recueillir des dons des particuliers comparativement au Parti conservateur, le Parti libéral a besoin de cette subvention pour financer ses activités et ses campagnes électorales.

En 2009, le Parti libéral n'a recueilli que 9,5 millions en dons tandis que le Parti conservateur en a récolté presque le double, soit 17,9 millions de dollars.

Le gouvernement Harper avait tenté, en novembre 2008, d'abolir cette subvention au motif que tout le monde devait faire sa part en période d'austérité économique. Cette proposition, qui faisait partie de la mise à jour économique du ministre des Finances Jim Flaherty, devait permettre d'économiser 30 millions de dollars par année. Mais elle a provoqué une crise qui a failli coûter le pouvoir aux conservateurs deux mois après les élections générales.

Pour faire échec à cette manoeuvre qui aurait eu un effet dévastateur sur leurs finances, le Parti libéral et le NPD s'étaient entendus sur un projet de gouvernement de coalition qui serait soutenu par le Bloc québécois pendant 18 mois.

Les libéraux, alors dirigés par Stéphane Dion, voulaient déposer une motion de censure contre les conservateurs et proposer à la gouverneure générale, Michaëlle Jean, de leur confier les rênes du gouvernement au lieu de déclencher des élections. Mais Stephen Harper leur a coupé l'herbe sous le pied en demandant à la gouverneure générale de proroger le Parlement avant la tenue du vote sur la motion de censure.