Stephen Harper n'a pas eu beaucoup de chance avec les femmes qu'il a nommées au sein de son cabinet mais son gouvernement ne semble pas encore avoir un problème avec l'électorat féminin.

Julian Beltrame LA PRESSE CANADIENNE

La descente spectaculaire d'Helena Guergis est le plus récent exemple d'une série d'aventures qu'ont connues les femmes mises à l'avant-plan par le premier ministre.

Rona Ambrose, Lisa Raitt, Diane Ablonczy et plus récemment Helena Guergis semblaient toutes être sur le point, à un moment ou un autre, d'obtenir une promotion au sein du cabinet dominé par les hommes. Mais leur ascension a été freinée, même s'il n'y a que Mme Guergis à qui le chemin de la porte a été montré.

Mais malgré cela, les conservateurs de Stephen Harper ont réussi à réduire l'écart entre les deux sexes dans l'appui qui leur est accordé, une différence qui est généralement observée dans la plupart des partis de centre-droit des démocraties occidentales.

Le spécialiste des sondages d'Ottawa Nik Nanos a effectué une recherche où il a évalué à 4% la différence d'appuis aux conservateurs fédéraux entre les hommes et les femmes. «Il y a toujours un écart, mais il n'est pas aussi prononcé par rapport à ce que l'on observe traditionnellement», a observé M. Nanos.

Même son de cloche du côté d'Allan Gregg, de la firme de sondages Harris-Decima, qui affirme que pour la première fois depuis 40 ans, il a vu la différence d'appuis entre les deux sexes être réduite comme peau de chagrin.

Cela représente un accomplissement politique important, compte tenu du fait que Stephen Harper a souvent été vu comme un chef distant dont la partisanerie pugnace repoussait les électrices.

Le Parti conservateur a d'ailleurs poussé certains dossiers qui, d'emblée, répugnaient les femmes, comme l'abolition du registre des armes à feu, des lois plus sévères à l'égard des contrevenants ainsi que des politiques indulgentes à la rhétorique anti-avortement.

Courtiser les électrices

Selon l'ancien chef de cabinet de M. Harper, Tom Flanagan, les conservateurs étaient informés de ces difficultés avec les femmes et ont travaillé afin de les courtiser. Mais plutôt que d'aller chercher le «vote féminin», le parti a décidé de cibler celles qui étaient plus sensibles aux politiques conservatrices, dans ce cas, des femmes orientées vers la famille.

Ainsi, en arrivant au pouvoir, les conservateurs ont adopté une série de mesures, dont la prestation fiscale canadienne pour enfants ainsi que le crédit d'impôt applicable aux abonnements sportifs.

Une manoeuvre de «politique 101»

Dans la foulée du scandale entourant Mme Guergis, la télégénique Rona Ambrose a aussi changé de siège au Parlement et s'est approchée de M. Harper. De cette manière, lors de la période de questions, les caméras captent une image où M. Harper est entouré de deux femmes, la ministre de la Coopération internationale, Bev Oda, et Mme Ambrose.

Selon M. Gregg, cela est une manoeuvre de «politique 101» afin de s'assurer que les téléspectatrices sont satisfaites lorsqu'elles se demandent «est-ce qu'ils (les conservateurs) sont pour moi et sont-ils comme moi?»

Toutefois, avec l'affaire Guergis et la controverse entourant la politique de Harper pour le G8 sur la santé des femmes, les conservateurs risquent de perdre des points auprès de l'électorat féminin.

Allan Gregg affirme d'ailleurs avoir vu l'écart s'agrandir au cours des deux dernières semaines mais estime qu'il est trop tôt pour en tirer une conclusion.

Tom Flanagan croit quant à lui que les politiques orientées vers les femmes l'emportent sur les scandales touchant les élues du gouvernement conservateur et ce, à moins que ceux-ci n'éclaboussent directement le premier ministre. Mais M. Flanagan demeure néanmoins convaincu qu'il est essentiel pour le gouvernement de compter sur une présence féminine forte.