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Ignatieff publie un livre sur ses ancêtres maternels

Le chef du Parti libéral Michael Ignatieff vient... (Photo Martin Chamberland, La Presse)

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Le chef du Parti libéral Michael Ignatieff vient de terminer l'écriture de son livre.

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Pour le chef libéral, il faut s'inspirer des aïeux pour bâtir un grand pays

Journaliste et auteur prolifique avant de faire son entrée en politique en 2006, le chef du Parti libéral, Michael Ignatieff, a repris la plume pour terminer un livre racontant la vie de ses ancêtres maternels, les Grant, qui ont marqué à leur façon l'histoire du Canada. Dans Terre de nos aïeux, le chef libéral laisse aussi libre cours à sa pensée sur des projets qui pourraient unifier davantage le pays. Le chef du bureau de La Presse à Ottawa, Joël-Denis Bellavance, s'est entretenu avec M. Ignatieff cette semaine pour discuter de son livre.

Q: Pourquoi avez-vous écrit ce livre et quel était votre objectif?

R: Il y a 20 ans, j'ai écrit un livre sur mes ancêtres russes, ces réfugiés russes qui se sont installés à Richmond (en Estrie). À l'époque, je trouvais ces ancêtres russes, du côté de mon père, très exotiques! J'ai négligé un peu les ancêtres de ma mère.   Maintenant, je rends hommage et je rends justice aux ancêtres du côté de ma mère qui étaient assez extraordinaires.

Q: Votre arrière-grand-père, George Monro Grant, faisait partie de la toute première expédition qui a parcouru le Canada d'est en ouest, en 1872, pour faire le tracé du chemin de fer. Vous avez des racines profondes au Canada, contrairement à ce que disent vos adversaires politiques.

R: Je n'ai pas écrit le livre pour répondre à mes adversaires politiques. J'ai fait le livre pour des raisons beaucoup plus personnelles, pour rendre hommage à ma mère, à ses ancêtres presbytériens, sévères, intellectuels, hommes d'action. Ce qui compte, c'est une tradition familiale assez rare qui a réfléchi au Canada à travers trois générations. C'est assez rare dans une famille. D'abord, mon arrière-grand-père avait cette vision d'un Canada comme un État-nation dans un empire britannique, ensuite un grand-père (William Lawson Grant) qui prônait l'indépendance du Canada acquise sur le champ de bataille de Vimy, et ensuite, son fils, mon oncle, George Parkin Grant, qui croyait que le Canada est passé d'une colonie britannique à une colonie américaine sans passer par un état d'indépendance réel. C'est à ce moment-là que j'arrive sur la scène pour dire que mon oncle avait tort.

Q: Avez-vous été troublé par les écrits de votre oncle qui a prédit, dans Lament for a Nation, la mort du Canada?

R: Oui. Ce livre a paru quand j'avais à peu près 18 ans. Cela a été un choc pour moi parce que mon oncle était un patriote canadien. Il est devenu l'intellectuel le plus célèbre du Canada de cette époque-là. C'est un essai magnifique, un chef-d'oeuvre de rhétorique. Mais cela m'a choqué parce que je ne reconnaissais pas mon pays. Je ne voyais pas un pays soumis aux Américains. Au contraire, je voyais un pays qui était en pleine évolution identitaire. Au Québec, il y a eu la Révolution tranquille, au Canada anglais, la redécouverte de notre identité bilingue, le drapeau canadien, l'établissement de toute la protection sociale. Au lieu de devenir plus américains, nous étions en train justement de devenir plus canadiens. Ce que je constate maintenant avec le recul, cette période de 1965 jusqu'à la Charte des droits et libertés de M. Trudeau en 1982, c'était la troisième période, peut-être la période la plus importante de la création de l'identité canadienne moderne. Ce n'était pas la perte du Canada. C'était la découverte du Canada. C'est pour cela que je trouve que mon oncle avait tort.

Q: Il y a des passages forts dans votre livre. Vous écrivez: «Celui qui refuse de s'enrichir d'autres cultures, d'autres traditions ou d'autres langues vit en prison, même s'il n'en voit pas les barreaux.» Qu'est-ce qui vous a mené à écrire cela?

R: «Je crois que j'ai beaucoup profité de mes années à l'extérieur du Canada. Mais aussi, c'est une réflexion sur l'importance capitale du bilinguisme dans l'identité du Canada. Cela veut dire qu'il faut sortir de sa propre langue, il faut sortir de sa propre culture parfois, afin de vraiment apprécier la culture que l'on a. Nous sommes l'un des rares pays où nous faisons ces traversées chaque jour entre deux phrases. Je vis ma vie dans les deux langues. Cela veut dire dans deux cultures, dans deux civilisations, dans deux manières de voir la vie. Je crois que c'est quelque chose d'absolument fondamental pour l'identité canadienne.

Q: Dans le dernier chapitre de votre livre, vous y allez d'une prédiction en disant qu'aucun empire ne dure éternellement et que nous sommes en train de vivre les derniers moments de l'apogée de la puissance américaine. Croyez-vous que les États-Unis ne seront plus la superpuissance de demain?

R: C'est notoire à quel point j'adore les États-Unis et les Red Sox de Boston! Mais, à mon avis, le Canada a profité du fait que le XXe siècle appartenait aux États-Unis. Mais le XXIe siècle, je crois, va appartenir à d'autres, la Chine, l'Inde et peut-être la Russie. On ne le sait pas. Je ne dis pas que les États-Unis entrent dans une période de déclin, et si c'est un déclin, c'est un déclin purement relatif. Les États-Unis vont rester une grande puissance. Mais ce que je pense, c'est que le Canada a commencé sa vie sous l'égide de l'Empire britannique. Ensuite, nous avons 50-70 ans dans l'empire américain. Au XXIe siècle, le principal défi du Canada, c'est qu'il n'y aura plus d'empire. Nous sommes seuls dans un monde où il y a des puissances montantes comme la Chine ou l'Inde et nous ne sommes que 33 millions de personnes. Nous devons trouver de nouveaux marchés, de nouveaux amis, de nouveaux moyens d'affronter les défis du XXIe siècle sans la tutelle, sans la compréhension, sans la dépendance des grands empires.

Q: Vous déplorez aussi certaines lacunes au Canada dans votre livre, notamment le fait qu'il n'y ait pas de véritable libre circulation de la main-d'oeuvre entre les provinces, pas d'autoroute nationale digne de ce nom, pas de train à grande vitesse, pas de politique énergétique ou encore de couloirs qui permettraient d'exporter l'hydroélectricité vers l'Ouest au lieu de l'expédier aux États-Unis. Il faudrait, selon vous, réaliser ces projets pour resserrer les liens entre les Canadiens?

R: Écoutez, il faut dire d'abord que je ne veux pas réinventer la National Energy Policy de M. Trudeau. C'est une erreur que j'aimerais bien éviter. Je ne veux pas non plus m'ingérer dans les compétences énergétiques de la province de Québec. Hydro-Québec a fait un travail remarquable de développement. Mais ce que je constate, c'est que si on pose la question: Qu'est-ce que Wilfrid Laurier dirait de nous ou qu'est-ce que nos ancêtres diraient de nous? Je crois qu'ils poseraient ces questions. Pourquoi y a-t-il encore autant d'entraves à la libre circulation de la main-d'oeuvre et des capitaux dans l'espace économique canadien? Pourquoi y a-t-il tellement peu d'échanges énergétiques entre les provinces? Et est-ce qu'il y a des projets rassembleurs, comme un TGV entre Québec et Windsor, qui pourraient unifier le pays? Nous avons cinq économies régionales qui sont beaucoup plus fortement liées Nord-Sud qu'elles le sont Est-Ouest. Cela est naturel, ça suit les lois du marché. Je n'ai rien contre. Mais je crois que le projet canadien était de former des liens Est-Ouest pour nous lier ensemble. Il faut avoir un équilibre entre nos liens Nord-Sud et nos liens Est-Ouest. C'est la clé de la politique canadienne et, à mon avis, il faut mettre un tout petit plus l'accent sur ces liens Est-Ouest pour les fortifier. Ce n'est pas un mandat rouleau compresseur fédéral. Ce n'est pas un mandat pour un interventionnisme fédéraliste. C'est plutôt un mandat pour un projet de concertation, pour déterminer ce qu'on peut faire ensemble.

Q: Le TGV, c'est un engagement électoral que vous faites dans votre livre?

R: Non, j'ai écrit un livre, pas un programme électoral! Et le dernier chapitre, c'est plutôt de dire: Qu'est-ce que Laurier et mon arrière-grand-père auraient dit du présent? Je crois que la phrase importante du livre, c'est que les grands acteurs du passé ont plus de foi en nous que nous pouvons en avoir nous-mêmes parfois. Mon arrière-grand-père a prédit un grand pays. Il a vu un grand pays. Il pensait que l'avenir du Canada serait formidable. C'est pour cela qu'il faut se rappeler notre histoire et s'inspirer de nos aïeux.




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