(Ottawa) Environ 10 millions de personnes à la grandeur du pays risquent de perdre les services de télémédecine offerts par leur employeur si le gouvernement fédéral va de l’avant et freine la privatisation des soins de santé virtuels. Québec dénonce un nouvel empiétement « inacceptable » dans ses champs de compétence. Ottawa devait clarifier ses intentions en juin, mais les provinces et l’industrie de l’assurance attendent toujours.

Ce qu’il faut savoir

Ottawa a avisé les provinces qu’elles devraient payer les soins de santé virtuels.

Dix millions de Canadiens pourraient ainsi perdre les services de télémédecine offerts par leur employeur, selon la Chambre de commerce du Canada et le Conseil canadien des affaires.

Québec estime que cela aurait un impact négatif sur l’accès aux soins de santé pour des milliers de Québécois.

« Les services de santé virtuels fournis par les employeurs sont complémentaires aux services offerts par le réseau public. Les changements envisagés par le gouvernement fédéral auraient un impact négatif sur l’accès aux soins pour des centaines de milliers de Québécois », a indiqué Audrey Noiseux, attachée de presse du ministre de la Santé, Christian Dubé.

Ce sont autant de gens qui pourraient mettre encore plus de pression sur le système de santé pour des problèmes mineurs, à moins que le gouvernement du Québec accepte d’éponger la facture.

Le gouvernement fédéral devrait soutenir le système de santé en faisant sa juste part dans le financement plutôt que d’ajouter des contraintes.

Audrey Noiseux, attachée de presse du ministre Christian Dubé

Québec et Ottawa se sont entendus en mars sur une hausse annuelle de 900 millions des transferts en santé, sans condition. C’est six fois moins que ce que réclamait le gouvernement de François Legault.

La Presse a obtenu une lettre envoyée en début d’année par le sous-ministre de la Santé du gouvernement fédéral, Stephen Lucas, à ses homologues des provinces et des territoires dans laquelle il réitère l’intention d’Ottawa de mettre fin aux frais exigés pour les soins de santé virtuels.

« La position fédérale est que les patients ne devraient pas payer de frais pour des soins médicalement nécessaires lorsque ces services auraient normalement été couverts s’ils avaient été fournis en personne par un médecin », écrit-il.

Ottawa estime que ces soins virtuels devraient être couverts au Québec par la Régie de l’assurance maladie, qu’ils soient offerts par d’autres professionnels de la santé comme des infirmières praticiennes ou par un service de télémédecine situé dans une autre province. Pas question que les patients déboursent de leur poche, sinon les transferts fédéraux en santé seront réduits d’un montant équivalent.

Des millions de personnes touchées

Or, cette nouvelle interprétation de la Loi canadienne sur la santé qui entrerait en vigueur en avril 2026 risque d’avoir des conséquences inattendues, mettent en garde la Chambre de commerce du Canada et le Conseil canadien des affaires. Elle pourrait « par inadvertance éliminer l’accès aux soins payés par leur employeur pour environ 10 millions de Canadiens », font valoir les deux organismes dans une lettre publiée au début du mois. Ils estiment qu’Ottawa devrait exclure les services de médecine virtuelle en partie payés par les employeurs dans sa nouvelle interprétation de la loi.

« La perte potentielle de l’accès aux soins virtuels payés par l’employeur aurait un impact important sur les employeurs canadiens, les employés et notre économie », signalent-ils.

Des entreprises comme TELUS Santé, Dialogue, Maple et Tia Santé offrent des services de consultations virtuelles moyennant des frais. Les services de TELUS Santé sont offerts au Québec dans le cadre des régimes d’assurance collective administrés par Desjardins et Beneva, tandis que ceux de Dialogue sont offerts aux clients de la Financière Sun Life, Canada Vie et d’Industrielle Alliance.

« Il est important de savoir que Dialogue a été fondé sur le principe canadien selon lequel les gens ne devraient jamais avoir à payer pour des soins de santé », a déclaré par écrit son directeur médical, le DMarc Robin.

Nous pensons donc que le gouvernement fédéral devrait continuer de permettre et d’encourager les employeurs à investir dans la santé physique et mentale de leurs employés et de leurs familles, surtout dans le contexte actuel de crise d’accessibilité aux soins de santé.

Le DMarc Robin, directeur médical de Dialogue

Le groupe Benefits Alliance, qui représente les courtiers et les conseillers en régimes d’avantages sociaux, a écrit au ministre fédéral de la Santé, Mark Holland, pour faire valoir que ce type de service est « très apprécié », autant par les employeurs que par leurs employés, et qu’il permet de réduire « la pression » sur le système de santé.

PHOTO SEAN KILPATRICK, ARCHIVES LA PRESSE CANADIENNE

Le ministre de la Santé du Canada, Mark Holland

En effet, les bénéficiaires « peuvent avoir un accès rapide (souvent après les heures d’ouverture) » sans avoir à se déplacer dans les cliniques sans rendez-vous ou chez leur médecin.

La lettre du ministre Holland qui vise à moderniser l’interprétation de la Loi canadienne sur la santé se fait toujours attendre. Son attaché de presse, Christopher Aoun, n’était pas en mesure d’indiquer vendredi quand elle serait envoyée aux provinces et aux territoires. Il a précisé que le ministre avait pris acte des inquiétudes entourant les soins de santé virtuels offerts par les employeurs.