(Ottawa) Le chef du Bloc québécois, Yves-François Blanchet, regrette ses commentaires passés sur un projet de troisième lien routier entre Québec et Lévis et invite les chefs fédéraux, lui compris, à s’en tenir à ne pas empiéter dans les champs de compétence des provinces.

« Mêlez-vous de vos affaires », lâche-t-il au bout du fil jeudi soir, en entrevue avec La Presse Canadienne, après avoir dénoncé les propos qu’il juge « très agressants » et l’absence de « respect » pour l’Assemblée nationale et la Ville de Québec du premier ministre Justin Trudeau, de son ministre Jean-Yves Duclos et du chef conservateur Pierre Poilievre.

Le chef conservateur annonçait, dans une sortie plus tôt en journée, qu’un gouvernement fédéral qu’il dirigerait n’investirait « pas une cenne » dans un projet de tramway, mais qu’il contribuerait à un projet de troisième lien routier. Les libéraux, eux, réitéraient qu’ils feraient précisément l’inverse.

Or, le premier ministre du Québec, François Legault, veut les deux. Il a annoncé quelques heures plus tard qu’il relançait le projet de troisième lien routier. Ce serait un pont. Il a également indiqué soutenir la première phase du déploiement du tramway telle qu’élaborée par la Caisse de dépôt et placement du Québec (CDPQ).

Bien que le rapport de la CDPQ estime que l’achalandage ne justifie pas le projet de troisième lien routier, M. Legault a invoqué des « raisons de sécurité économique » soulevées par « des intervenants » pour passer outre l’avis des experts et remplir cette promesse électorale initialement torpillée il y a un an.

Dans une lettre ouverte publiée vendredi, M. Blanchet s’insurge que MM. Trudeau et Poilievre soient intervenus dans le débat sur la mobilité à Québec alors que cela n’est « pas de leurs affaires » et qu’ils refusent de s’incliner devant « le choix légitime qui n’appartient qu’aux gouvernements du Québec et de Québec ».

Dans les cas de projets étudiés pendant des années et dont les scénarios ont été regardés sous toutes leurs coutures, le gouvernement fédéral du moment, précise-t-il en entrevue, n’a pas le droit de distribuer des fonds en fonction de ses priorités.

Faites ce que je dis, pas ce que je fais ?

M. Blanchet devrait-il réviser ses méthodes avant de donner des leçons, alors qu’il avait déclaré lors de la précédente campagne électorale être favorable à un troisième lien routier et qu’il réitère encore à ce jour être partisan d’un projet de tramway ?

« En fait, j’étais en train un peu de ne pas me mêler de mes affaires », concède-t-il. C’était, selon lui, dû à « la naïveté de ma jeunesse comme chef de parti parce que les médias ont mis une pression insoutenable à l’époque pour me faire prendre position ».

Il est désormais clair dans son esprit qu’il est nécessaire que le Bloc « se résigne à ce qui est son rôle » dans un contexte où les « assauts » se multiplient.

Pierre Poilievre, a déclaré le chef bloquiste, est « aussi centralisateur » et fait « autant d’ingérence » dans les compétences provinciales que Justin Trudeau. Il note surtout que M. Poilievre a pris « un risque énorme, énorme » en ayant démontré n’avoir « aucun respect pour ce que veut ou ne veut pas » la population du Québec.

M. Blanchet ne digère pas plus le caractère « démagogue » des affirmations du chef conservateur lorsqu’il présente le coût du projet de réseau de tramway de 28 km combiné au tunnel vers la Rive-Sud comme étant l’équivalent de « 28 000 $ à chaque famille de la grande région de Québec ».

« Si ça, ce n’est pas judicieux, ça veut dire que le métro de Montréal n’est pas judicieux, ou le métro de Paris. Les grandes villes à densification importante ont besoin d’équipements de transport collectif », résume-t-il.

En fait, prétend M. Poilievre, il s’agit de « plus de taxes pour un projet dont les gens ne veulent pas ». Le chef conservateur a, au passage, dénoncé la « guerre à l’auto » dont sont « obsédés » le gouvernement libéral et le Bloc qui « ignorent » les gens des banlieues et des régions.

« Dans la catégorie “obsédés”, je suis un amateur ; Pierre Poilievre est un professionnel, renvoie M. Blanchet du tac au tac. Je veux que les gens qui doivent se déplacer d’un point A à un point B pour travailler, étudier, s’amuser, visiter Québec comme touristes, aient accès à un système de transport qui soit efficace et cohérent. »

Le chef bloquiste estime aussi que la solution de rechange moins coûteuse proposée par le gouvernement fédéral consistant à abaisser le tablier du pont de Québec, qu’Ottawa vient d’acheter, de sorte à permettre le passage des poids lourds est « une patente » qui est « dangereusement improvisée ».

Le plan dévoilé mercredi par la CDPQ recommande un projet de tramway, un système rapide par bus (SRB) et des voies réservées pour améliorer la mobilité.

Il suggère aussi de construire un tunnel sous le fleuve dédié uniquement au tramway, mais le premier ministre Legault n’est pas allé jeudi jusqu’à accepter de réaliser cette phase.

Le réseau de tramway coûterait 7 milliards et la facture du tramway en tunnel serait de 4 milliards, en dollars d’aujourd’hui. Il faudrait compter environ 4,5 milliards pour les voies réservées et le SRB. Ainsi, la facture totale du projet serait d’au moins 15,5 milliards.

À l’origine, Ottawa s’était engagé à financer 40 % des coûts du projet de tramway. C’était toutefois avant que la facture n’explose.