(Ottawa) Un organisme national de défense des droits des personnes handicapées affirme que le gouvernement fédéral a réservé bien peu d’argent pour une nouvelle prestation, même si la ministre responsable avait d’abord affirmé qu’il s’agissait du poste le plus important du récent budget.

Le gouvernement libéral a réservé 4,8 milliards sur cinq ans pour ce nouveau programme, qui offrira aux personnes handicapées à faible revenu une prestation pouvant atteindre 200 $ par mois.

La semaine dernière, le gouvernement a publié des données montrant que cette prestation canadienne pour les personnes handicapées ne devrait finalement sortir que 25 000 Canadiens de la pauvreté – bien loin des centaines de milliers de personnes que les libéraux avaient promis d’aider.

La ministre de la Diversité, de l’Inclusion et des Personnes en situation de handicap, Kamal Khera, a défendu à plusieurs reprises ce nouveau programme en affirmant qu’il s’agissait du « poste le plus important du budget » de 2024 – ce qui est faux.

Son cabinet a précisé plus tard qu’il s’agissait du « nouveau programme » le plus important du plus récent budget fédéral.

Un porte-parole n’a pas répondu à la question de savoir pourquoi la ministre continue de dire qu’il s’agit du poste budgétaire le plus important, alors qu’elle ne précise pas qu’elle parle uniquement des nouveaux programmes du budget.

La directrice nationale du mouvement « Le handicap sans pauvreté », Rabia Khedr, souligne en effet que les dépenses annuelles consacrées à cette nouvelle prestation seront bien inférieures à celles d’autres programmes comme l’Allocation canadienne pour enfants ou le Supplément de revenu garanti pour les personnes âgées.

« C’est très peu, pour très peu de personnes », a-t-elle déploré en entrevue jeudi.

Les parents reçoivent par exemple un montant maximal de 7437  $ par enfant de moins de six ans dans le cadre de l’Allocation canadienne pour enfants et les personnes âgées peuvent obtenir jusqu’à 12 785,64 $ avec le Supplément de revenu garanti.

« Nous ne faisons qu’effleurer la surface avec ce que l’on appelle le poste le plus important, a affirmé Mme Khedr. Tout ce que je peux vous dire, c’est que les personnes handicapées en ont assez de supporter le fardeau de la politique. Nous pensions qu’il y avait un véritable engagement envers la promesse, parce qu’il y a eu une véritable reconnaissance de la crise, mais cette priorité a changé. »

« Les libéraux n’ont pas tenu leurs promesses »

Bonita Zarrillo, porte-parole du NPD en matière d’inclusion des personnes en situation de handicap, a déclaré que le gouvernement n’était pas en phase avec l’esprit de la loi qui sous-tend cette prestation.

« Ils n’ont pas écouté les Canadiens. Ils n’ont pas tenu leurs propres promesses », a-t-elle indiqué en conférence de presse jeudi.

Il y avait beaucoup de confiance dans le gouvernement. Les libéraux ont demandé cette confiance, ils l’ont reçue de la part des personnes handicapées, mais le gouvernement a brisé cette confiance.

Bonita Zarrillo, porte-parole du NPD

Les néo-démocrates ont menacé de retirer leur appui au gouvernement libéral minoritaire en raison des prestations dérisoires offertes aux personnes handicapées, mais ils ont finalement changé d’idée.

Au lieu de cela, Laurel Collins, du NPD, a déposé jeudi un projet de loi d’initiative parlementaire qui faciliterait l’accès au crédit d’impôt pour personnes handicapées, à la prestation d’invalidité et à d’autres programmes fédéraux si ces personnes ont déjà accès aux programmes provinciaux.

« Cela signifie que les redondances seraient éliminées et que davantage de personnes pourraient accéder aux avantages sociaux qu’elles méritent », a-t-elle fait valoir.

Le groupe « Le handicap sans pauvreté » a demandé aux provinces de partager leurs données avec le gouvernement fédéral dans le même but, a souligné Mme Khedr.

On ne sait pas dans quelle mesure le coût de ces programmes augmenterait dans le cas peu probable où le projet de loi serait adopté.

Les versements des prestations d’invalidité devraient commencer en juillet 2025.

Le gouvernement estime que cette prestation améliorera le « bien-être financier » de plus de 600 000 personnes handicapées à faible revenu.