C’est davantage le prince d’une petite dynastie politique que le prince de Machiavel que le journaliste et auteur Stephen Maher dépeint dans la biographie qu’il consacre à Justin Trudeau et à sa vie politique. Voici, sans ordre particulier d’importance, quelques points saillants de l’ouvrage, qui est pour l’instant seulement offert en anglais.

Un blueface et non un blackface ?

PHOTO TIRÉE DU BULLETIN D’INFORMATION DE L’ACADÉMIE WEST POINT GREY, FOURNIE PAR LA PRESSE CANADIENNE

Justin Trudeau en avril 2001 lors d’une fête à la West Point Grey Academy, école privée de Vancouver

« En fait, le maquillage était bleu. » La photo en noir et blanc de Justin Trudeau déguisé en Aladdin, le visage et les mains badigeonnés, a fait le tour du monde et mis en péril sa réélection en 2019. Quelques mois plus tôt, lorsqu’un scandale de blackface avait éclaté aux États-Unis, le premier ministre avait confié à ses deux proches conseillers, Gerald Butts et Katie Telford, qu’il s’était maquillé le visage en noir dans sa jeunesse. Il avait été décidé de ne pas le divulguer de façon proactive. Mais sur cette photo prise lors d’un gala dont le thème était Les mille et une nuits, son visage et ses mains étaient-ils bleus ? Une source libérale confirme la version du livre, en notant que s’il a été décidé de ne pas s’attarder sur ce fait, c’est parce que l’on savait que d’autres photos de Justin Trudeau en blackface allaient faire surface.

« Je pense qu’il est narcissique »

PHOTO MARTIN TREMBLAY, ARCHIVES LA PRESSE

En 2015, les libéraux de Justin Trudeau ont mis fin au règne des conservateurs de Stephen Harper. Sur la photo, le rassemblement de la victoire à Montréal.

La biographie de 347 pages est basée sur des entrevues réalisées avec environ 200 personnes, dont certaines ont refusé d’être nommées. C’est le cas de trois anciens ministres de Justin Trudeau, qui ont pour leur ancien patron des mots très durs. « Je pense qu’il est narcissique. Je pense qu’il croit sincèrement que le Canada a besoin de lui et qu’il a fait de grandes choses pour sauver le Canada », a confié l’un d’eux sous le couvert de l’anonymat. Un ami proche de Justin Trudeau ne s’oppose pas à cette caractérisation. « Connaissez-vous un premier ministre qui n’était pas narcissique ? Je veux dire, comment fait-on pour gagner ? Comment en venez-vous à la conclusion que vous devriez être premier ministre ? », a-t-il argué auprès de l’auteur.

L’envie de jeter l’éponge

PHOTO BERNARD BRAULT, ARCHIVES LA PRESSE

Justin Trudeau lors de sa réélection dans la circonscription montréalaise de Papineau, en mai 2011

L’élection du gouvernement majoritaire de Stephen Harper a donné à Justin Trudeau des envies de mettre sa carrière politique derrière lui, voire de s’exiler, raconte son ami de longue date Gerald Butts : « À l’été 2011, il pensait quitter la politique, et il est parti en vacances de surf à Ucluelet. » Quand le chef néo-démocrate Jack Layton s’est éteint, en août 2011, Justin Trudeau se trouvait d’ailleurs dans cette petite ville de plein air de la Colombie-Britannique. « Ça a tout changé », écrit Stephen Maher, qui a été correspondant parlementaire à Ottawa pendant 15 ans. « Tout le monde disait : “OK, nous avons tenté le coup avec deux brillants intellectuels, Stéphane Dion et Michael Ignatieff, allons-y avec le jeune qui a un nom connu, dont on ne sait pas à quel point il est intelligent” », s’est souvenu Justin Trudeau en entrevue avec l’auteur.

La campagne électorale de trop

PHOTO ANDREW HARNIK, ARCHIVES ASSOCIATED PRESS

Le premier ministre Justin Trudeau et Sophie Grégoire Trudeau se préparant à accueillir le président américain Joe Biden et la première dame Jill Biden à Rideau Cottage, en mars 2023

« Justin Trudeau aurait pu sauver son mariage s’il avait décidé de quitter ses fonctions en 2023 et laisser quelqu’un d’autre se mesurer à Pierre Poilievre, mais il ne voulait pas faire cela. Ses amis affirment qu’il a mis le pays devant son mariage », écrit Stephen Maher. Ainsi, tandis qu’il planchait sur un remaniement ministériel, en juillet 2023, le premier ministre négociait un accord de séparation avec Sophie Grégoire. « Vu l’avantage politique, pour Justin Trudeau, de maintenir un mariage de façade, la décision de rompre semble avoir été la sienne », suppose l’auteur, faisant valoir que le vernis avait commencé à craquer depuis un certain temps.

Le voyage chez l’Aga Khan

PHOTO SEAN KILPATRICK, ARCHIVES LA PRESSE CANADIENNE

Le premier ministre Justin Trudeau et l’Aga Khan à Ottawa, en mai 2016

Ses trois plus proches collaborateurs le lui avaient fortement déconseillé. C’était une mauvaise idée. Mais « il n’y avait personne pour empêcher Justin Trudeau de faire ce putain de voyage », témoigne une source dans le livre. À son bureau, on a tenté de le convaincre d’annoncer à l’avance ce voyage sur l’île privée du richissime Aga Khan, leader spirituel des musulmans ismaéliens, en 2016. On connaît la suite : le premier ministre n’a rien voulu entendre, et il a été sévèrement blâmé par la commissaire aux conflits d’intérêts et à l’éthique.

The Prince – The Turbulent Reign of Justin Trudeau

The Prince – The Turbulent Reign of Justin Trudeau

Simon & Schuster