Quand elle parle des émissions d’arsenic de la Fonderie Horne, Émilise Lessard-Therrien n’a pas la langue dans sa poche. Cela a longtemps indisposé le milieu d’affaire, mais il se rallie aujourd'hui à l'élue.

Publié le 4 juillet
Jean-Thomas Léveillé
Jean-Thomas Léveillé La Presse

(Rouyn-Noranda) Les inquiétudes de la députée de Rouyn-Noranda–Témiscamingue à propos des émissions d’arsenic de la Fonderie Horne nuisent à la réputation de la ville, déplorait jusqu’à tout récemment le milieu des affaires local.

La Chambre de commerce et d’industrie de Rouyn-Noranda a inscrit au Registre des lobbyistes du Québec un mandat visant à amener la députée Émilise Lessard-Therrien « à nuancer ses déclarations publiques et à être moins alarmiste à propos de la problématique de l’arsenic ».

Le mandat, qui est en vigueur jusqu’au 31 décembre prochain, a été déclaré pour la première fois en novembre 2019 et a été renouvelé le 1er juin dernier.

La chambre de commerce y reconnaît que « la Fonderie Horne émet des taux élevés d’arsenic et dépasse les normes fixées », ce qui « multiplie les risques pour la santé des jeunes enfants vivant dans le quartier avoisinant ».

PHOTO ALAIN ROBERGE, ARCHIVES LA PRESSE

Les cheminées de la Fonderie Horne dominent le paysage du quartier Notre-Dame, à Rouyn-Noranda.

L’organisation estime toutefois que la députée « devrait tenir un discours plus positif par rapport à la région », soulignant que Rouyn-Noranda fait face à une pénurie de main-d’œuvre.

Son objectif devrait être de ne pas nuire au développement de l’Abitibi-Témiscamingue ni au recrutement de main-d’œuvre.

Extrait du mandat de la Chambre de commerce et d’industrie de Rouyn-Noranda au Registre des lobbyistes

Enfants contaminés

Les préoccupations de la chambre de commerce à l’égard des sorties de la députée se sont manifestées dans la foulée de la publication, en septembre 2019, de l’étude de biosurveillance sur l’imprégnation à l’arsenic, au plomb et au cadmium des jeunes enfants du quartier Notre-Dame de Rouyn-Noranda, où se trouve la Fonderie Horne.

Cette étude révélait que les ongles des enfants du quartier contiennent en moyenne quatre fois plus d’arsenic, un cancérigène reconnu, que les ongles d’enfants non exposés.

La députée Émilise Lessard-Therrien avait multiplié les sorties publiques, à l’époque, ce qui avait amené la chambre de commerce à solliciter une rencontre auprès d’elle.

« Ils me reprochaient essentiellement de faire mauvaise presse à Rouyn-Noranda », se rappelle la députée.

« Je me souviens très bien que j’avais répondu que je n’étais pas Tourisme Abitibi-Témiscamingue », dit-elle, estimant encore aujourd’hui que cela fait partie du rôle d’une députée de s’inquiéter de la santé des gens de sa circonscription.

Si je ne parlais pas au nom des gens impactés [par les émissions d’arsenic], qui le ferait ?

Émilise Lessard-Therrien, députée de Rouyn-Noranda–Témiscamingue

Changement de discours

La Chambre de commerce et d’industrie de Rouyn-Noranda a cependant changé de discours, tout récemment.

L’organisation affirmait dans un communiqué publié le 28 juin que « la vitalité économique ne peut se faire au détriment de notre santé collective et individuelle ».

Elle y réclame, dans la foulée des révélations sur le retrait par l’ancien directeur national de santé publique Horacio Arruda d’informations portant sur les cas de cancer du poumon dans la ville, plus de transparence de la part des « parties prenantes ».

« Comme le reste de la population, on est plus préoccupés qu’en 2019 », a expliqué à La Presse le président de la chambre de commerce, l’avocat David Lecours, disant que l’organisation ne considère plus, aujourd’hui, que la députée est alarmiste.

« En 2019, l’information qu’on avait [sur l’impact des émissions d’arsenic] n’était pas du tout l’information qu’on a en 2022 », plaide-t-il.

Les informations publiées en mai sur l’espérance de vie réduite et l’importance plus grande de certains problèmes de santé à Rouyn-Noranda ont changé la donne, selon lui.

La députée Émilise Lessard-Therrien se réjouit de constater que la chambre de commerce estime que la santé doit primer les impératifs économiques.

« Aujourd’hui, la chambre de commerce se range plutôt du côté de l’approche que j’ai adoptée dès 2019, [qui est de dire] que la situation est problématique, que les gens, nos enfants, sont impactés et que ce n’est pas acceptable. »

Mystère autour de la venue du DBoileau

Le nouveau directeur national de santé publique du Québec sera « de passage » à Rouyn-Noranda mardi, mais peu de détails ont filtré sur sa visite. C’est « le dossier de la santé environnementale dans la région » qui amène le Dr Luc Boileau en Abitibi-Témiscamingue, a seulement indiqué le ministère de la Santé et des Services sociaux (MSSS) dans un gazouillis laconique, jeudi, sans préciser quelles activités figurent à son agenda et si le public y sera convié. Ni la Santé publique ni le MSSS n’ont répondu aux questions de La Presse depuis jeudi, se renvoyant plutôt la balle.