(Québec) Le ministre de la Langue française, Simon Jolin-Barrette, a prononcé jeudi à Paris un discours à la fois patriotique et universaliste devant l’Académie française, invitant la France à se joindre au Québec dans sa lutte pour la protection du français.

Mis à jour le 23 juin
Hugo Pilon-Larose
Hugo Pilon-Larose La Presse

M. Jolin-Barrette, qui s’exprimait sous la célèbre coupole du quai de Conti, devant un parterre d’académiciens et de 150 invités, s’est inquiété de la place devenue « systématique » de l’anglais qui « s’étend à la syntaxe de la langue et s’impose même dans la parole portée par » les institutions de France.

Citant un rapport publié l’hiver dernier à ce sujet par l’Académie française, le ministre québécois a affirmé avoir eu « l’étrange sentiment de [se] retrouver devant les mêmes combats que nous avons dû affronter par le passé, et que nous continuons de mener. La France rejoint le Québec ».

« Le Québec vous tend la main. Il vous convie à une union des forces entre nos deux nations, basée sur la certitude que le français n’est pas une cause du passé, mais un ferment d’avenir. Un moteur de résistance et de renaissance », a-t-il dit.

La loi 101 expliquée aux Français

Au cours de son discours, M. Jolin-Barrette a expliqué en détail la récente loi 96, qui modernise la Charte de la langue française. Il a entre autres cité la notion d’exemplarité de l’État, qui communique exclusivement en français, et les mesures pour limiter les admissions dans le réseau collégial anglophone. Le ministre n’a pas abordé les contestations qui émanent de certains groupes de la société face à sa loi.

M. Jolin-Barrette s’est aussi inquiété du rouleau compresseur que représentent les géants numériques américains, communément appelés les GAFAM, qui bousculent partout sur la planète la diversité culturelle. « Quand la diversité des cultures devient tout aussi menacée que la diversité de la faune et de la flore, défendre la langue française n’a rien de folklorique », a-t-il dit.

Après de nombreux rappels historiques sur les origines françaises du Québec, de la fondation de la Nouvelle-France jusqu’à la Conquête britannique, en passant par la revanche des berceaux et la construction d’un État francophone, Simon Jolin-Barrette s’en est pris au gouvernement canadien.

« La Loi constitutionnelle de 1982 nie l’existence même de la nation québécoise. Cette constitution, imposée au Québec par les autorités fédérales malgré son opposition formelle, aura servi à invalider plusieurs dispositions clés de la loi 101, l’empêchant ainsi de remplir les objectifs fixés », a-t-il dit.

« C’est pourquoi la loi 96 consacre un nouveau chapitre de la Charte à la langue commune. […] Bien que notre projet soit contrecarré par le multiculturalisme canadien, qui trouve un équivalent dans ce que vous appelez le communautarisme et qui combat les prétentions du Québec à se constituer en nation distincte, la langue française doit devenir réellement la langue d’usage de tous les Québécois », a ajouté le ministre.

La France, un allié

M. Jolin-Barrette a invité la France à être pour le Québec non seulement « un pays ami, un allié à nul autre pareil, mais aussi une alternative positive à l’uniformisation de la mondialisation ». Dans sa présentation, le chancelier de l’Institut de France, Xavier Darcos, a d’ailleurs affirmé que « nous faisons cause commune ».

En entrevue téléphonique avec La Presse, après son discours, le ministre de la Langue française a salué l’accueil que lui a réservé la France depuis son arrivée. Il est exceptionnel qu’un élu qui n’est ni chef de gouvernement ni chef d’État soit invité à s’adresser ainsi aux membres de l’assemblée qui réunit l’élite de la littérature d’expression française. L’Académie française a été fondée en 1634 et compte 40 membres, dont l’écrivain québécois d’origine haïtienne Dany Laferrière, avec qui M. Jolin-Barrette a pu s’entretenir.

Il a également dénoncé une fois de plus le gouvernement fédéral de Justin Trudeau. « Le gouvernement du Québec est fiduciaire de la langue française. […] Le gouvernement fédéral, lui aussi, peut faire sa part. Malheureusement, il n’est pas au rendez-vous », a-t-il dit.

Au cours de sa brève mission de quelques jours en France, Simon Jolin-Barrette prévoit aussi faire des rencontres avec des dignitaires, en tant que ministre de la Justice.

Avec La Presse Canadienne