(Québec) Contrairement à François Legault, qui juge que la « capacité d’accueil » du Québec en matière d’immigration est limitée à 50 000 nouveaux arrivants par année, le ministre de l’Immigration, Jean Boulet, a affirmé jeudi qu'il trouverait « raisonnable » d’augmenter ce seuil pour en accueillir jusqu’à 58 000. Il s'est finalement rétracté en soirée.

Publié le 26 mai
Hugo Pilon-Larose
Hugo Pilon-Larose La Presse

Les propos tenus par M. Boulet ont marqué un important revirement de situation pour le gouvernement de la Coalition avenir Québec (CAQ). Lors de l’étude des crédits du ministère du Conseil exécutif, au début du mois de mai, le premier ministre avait tourné en ridicule les propos de la cheffe de l’opposition officielle, Dominique Anglade, qui affirmait que la province devait accueillir jusqu’à 70 000 immigrants en réponse au problème de pénurie de main-d’œuvre.

« Pas plus que 50 000 par année, puis ça va rester comme ça dans les prochaines années s’il y a un gouvernement de la CAQ », avait promis sur un ton solennel M. Legault.

Or, le gouvernement a depuis commandé un rapport à deux experts, l’économiste Pierre Fortin et le démographe Marc Termote, sur la situation du français au Québec, les enjeux économiques et la croissance démographique en lien avec l’immigration. Leurs conclusions seront présentées ce week-end au congrès national de la CAQ à Drummondville.

Recommendations d'experts

Le Journal de Québec rapportait jeudi que les experts recommandaient à Québec de rapatrier les pouvoirs en immigration temporaire et d’augmenter le seuil annuel à 58 000 immigrants. Les caquistes ont été élus en 2018 avec la promesse d’abaisser à 40 000 ce seuil, qui a depuis remonté pour atteindre 50 000 cette année.

« Tenant compte de la natalité, tenant compte des problématiques de croissance démographique, de la minorisation du français au Québec, c’est une proposition qui m’apparaît intéressante et qui doit être considérée. Si vous me demandez une opinion personnelle, oui, c’est une [idée] qui m’apparaît raisonnable et raisonnée », a plaidé M. Boulet sans ambiguïté jeudi.

Le ministre de l’Immigration a ensuite rappelé qu’une révision pluriannuelle des seuils d’immigration serait effectuée après les élections du 3 octobre prochain. La CAQ ira-t-elle en campagne en mettant de l’avant le chiffre de 58 000 immigrants, ou suivra-t-elle la promesse du premier ministre d’il y a quelques semaines, à savoir que le seuil serait maintenu à 50 000 pour le prochain mandat ?

Le rapport des deux experts guidera les caquistes pour alimenter leurs réflexions, a répondu M. Boulet.

Moi, ce qui me préoccupe, c’est qu’on assure la vitalité de la langue française, qu’on maintienne sa vigueur au Québec et qu’on réponde de manière efficace au défi économique découlant de la pénurie de main-d’œuvre.

Jean Boulet, ministre de l’Immigration

Plus tard en après-midi, alors que sa mêlée de presse faisait réagir, le ministre a écrit sur Twitter que le « seuil d’immigration demeure inchangé à 50 000, conformément à notre capacité d’accueil et d’intégration ». En soirée, il a ajouté qu’il s’était mal exprimé. « Ce n’est pas acceptable de recevoir 58 000 immigrants chaque année. Notre capacité d’accueil et d’intégration est limitée à 50 000 immigrants », a-t-il déclaré, ce qui contredit ce qu’il avait affirmé quelques heures plus tôt.