La mesure du projet de loi 96 obligeant les immigrants à recevoir des services publics en français six mois après leur arrivée est « totalement arbitraire », selon la députée solidaire Ruba Ghazal. Québec solidaire s’engage à rendre cette clause inopérante s’il est porté au pouvoir en octobre prochain.

Publié le 23 mai
Lila Dussault
Lila Dussault La Presse

Quand la députée solidaire Ruba Ghazal est arrivée au Québec de Beyrouth, au Liban, à l’âge de 10 ans, elle s’est retrouvée dans une classe d’intégration. Et quand ses parents ont rencontré pour la première fois son professeur pour en apprendre plus sur son cheminement scolaire, cela faisait plus de six mois qu’ils étaient installés au pays.

Ils ne maîtrisaient pas encore le français. La rencontre avait donc eu lieu en anglais. « Je suis une enfant de la loi 101, résume Mme Ghazal, en entrevue avec La Presse. Et j’en ai parlé en commission parlementaire avec [le ministre de la Justice] Simon Jolin-Barrette : si mes parents n’avaient pas pu parler en anglais, qu’est-ce qui me serait arrivé ? »

Rendre la clause inopérante

Si Québec solidaire est porté au pouvoir en octobre prochain, il rendra cette mesure du projet de loi 96 inopérante. « Ça crée beaucoup d’inquiétude chez les gens, surtout chez les minorités et les gens les plus vulnérables », affirme Ruba Ghazal. Pour Québec solidaire, la clause de six mois est totalement arbitraire. « Ça ne veut pas dire grand-chose, soutient-elle. Et ce n’est pas avec une clause comme ça qu’on va protéger le français. »

Rappelons que Québec solidaire avait d’abord proposé un amendement au projet de loi pour que le délai passe de six mois à trois ans. Sa proposition a été rejetée.

D’autres mesures, comme un meilleur financement des services de francisation et un encadrement plus rigoureux des employeurs pour offrir des milieux de travail en français, seraient plus efficaces pour préserver la langue de Molière au Québec, selon la députée de Mercier.

« Les gens qui ne parlent pas encore notre langue, ils veulent l’apprendre, ils veulent s’intégrer, assure Mme Ghazal. Le six mois est arbitraire. Nous, on veut s’assurer qu’ils reçoivent des services et qu’ils les comprennent, pour éviter qu’ils se replient sur eux. »

Québec solidaire est par ailleurs en accord avec le reste du projet de loi 96, qui devrait être adopté au Québec prochainement.

« Il faut que la protection de la langue française soit accompagnée de bienveillance envers [les immigrants], renchérit Ruba Ghazal. C’est important pour notre cohésion sociale, pour le Québec de demain, parce que ce sont des immigrants et leurs enfants qui vont assurer la continuité du français. »