(Ottawa) Les libéraux fédéraux sont passés à l’offensive mercredi en accusant le Bloc québécois de se « radicaliser » lorsqu’ils étaient encore appelés à justifier le message qu’envoie la présence de certains des leurs à la manifestation de samedi, à Montréal, sur le projet de loi 96.

Mis à jour le 18 mai
Michel Saba La Presse Canadienne

« On parle de députés québécois élus par d’autres Québécois qui vont marcher dans leur propre ville. Alors, je pense que là-dessus le Bloc se radicalise un peu », a renvoyé le ministre du Patrimoine canadien, Pablo Rodriguez, à l’entrée du caucus de sa formation.

M. Rodriguez réagissait ainsi aux propos du leader parlementaire du Bloc québécois, Alain Therrien, qui déclarait lundi qu’il est « inadmissible » qu’un « contingent important » de députés du Parti libéral du Canada ait pris part à la manifestation.

Selon M. Therrien, les libéraux ont alors envoyé le message qu’« il n’y a pas de problème du français au Québec, (que) la protection du français, elle est peut-être même exagérée ».

PHOTO PATRICK DOYLE, LA PRESSE CANADIENNE

Pablo Rodriguez

M. Rodriguez a assuré mercredi être « 100 % » certain qu’« il n’y a pas un député » de sa formation qui ne croit pas que le français est menacé et qu’il doit être davantage protégé.

En novembre 2020, la députée Emmanuella Lambropoulos avait émis des doutes sur le recul du français au Québec lors d’une réunion du comité des langues officielles. Après avoir suscité un tollé, la jeune élue s’était excusée et avait dit reconnaître qu’il y a un déclin du français dans la province.

Le premier ministre Justin Trudeau a pour sa part indiqué mercredi que son gouvernement protégera les minorités francophones du pays et « la minorité linguistique anglophone à l’intérieur du Québec ».

« Les députés sont là pour représenter leurs communautés, a-t-il dit. Ils font leur choix par rapport à souligner les préoccupations. C’est une liberté qu’ils ont et qu’on va toujours respecter », a-t-il répondu lorsqu’il s’est fait demander si les députés qui manifestaient avaient son approbation.

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Les députés libéraux qui ont pris part à la manifestation n’ont pas simplement affirmé que le projet de loi 96 allait trop loin, a soutenu le chef bloquiste Yves-François Blanchet, « ils ont aussi dit que la langue d’enseignement devrait être au libre choix des gens », ce qui vient « compromettre le fondement même de la loi 101 ».

« Parce que l’on condamne ça, on est des radicaux. S’il y a un radical dans la place qui se fait aller à grands cris, ce n’est pas moi », a offert M. Blanchet lors d’une mêlée de presse avant la période des questions.

Selon lui, les libéraux sont en mode « réaction » puisqu’ils « n’osent pas affronter des députés qui vont faire des sorties virulentes au bénéfice des privilèges de la communauté anglophone, à l’encontre des francophones du Québec ».

Le premier ministre devrait admettre que certains de ses députés ont « exprimé tout haut ce que son caucus pense tout bas », a-t-il dit.

En soirée, la députée libérale de Vimy, à Laval, Annie Koutrakis, qui prenait part à la manifestation, a précisé mercredi soir des propos qu’elle avait publié dans un autre tweet durant le week-end où elle déclarait que « les élèves, peu importe leurs origines, devraient avoir accès à une éducation dans la langue de leur choix ».

Selon elle, ses commentaires « ont été pris hors contexte » et portaient « sur l’accès de nos jeunes aux études postsecondaires dans la langue de leur choix ».

Casser du sucre

Le ministre des Relations Couronne-Autochtones et député de la région de Montréal, Marc Miller, a indiqué être préoccupé par « l’impact que ça (le projet de loi 96) peut avoir sur les minorités […] entre autres la minorité anglophone qui a des droits au Québec ».

« De casser du sucre sur le dos des anglophones et des autochtones au Québec, ce n’est pas la façon de faire et ce n’est pas la façon de faire la promotion du français au Québec », a-t-il ajouté.

Son collègue François-Philippe Champagne, ministre de l’Innovation, des Sciences et de l’Industrie, a noté que des éléments du projet de loi « ne correspondent pas à la volonté de plusieurs Québécois et Québécoises », ajoutant du même souffle que « ce sera à l’Assemblée nationale de faire ce travail-là et d’avoir ce débat-là ».

Le gouvernement Trudeau contesterait-il une éventuelle loi 96 devant les tribunaux ? « Nous traverserons le pont lorsqu’on arrivera à la rivière », a indiqué en anglais M. Champagne.

Le projet de loi 96 devrait être adopté par l’Assemblée nationale d’ici la fin de la session parlementaire. Il vise à imposer des restrictions plus sévères pour les lieux de travail et les municipalités.

La future loi limitera l’emploi de l’anglais dans les tribunaux et les services publics, renforcera les pouvoirs de saisie et de perquisition de l’Office de la langue française et instaurera un plafond d’inscriptions pour les cégeps anglophones. Les étudiants devront y suivre un plus grand nombre de cours en français.

Le député de Mont-Royal, Anthony Housefather, qui a pris part à la manifestation, avait expliqué lundi que « la minorité anglophone n’est pas responsable pour les menaces au français » et qu’elle « a aussi le droit d’avoir ses droits historiques respectés ».

Les autres députés présents à la manifestation étaient Peter Schiefke, Patricia Lattanzio, Emmanuella Lambropoulos, Annie Koutrakis, Anju Dhillon, Francis Scarpaleggia et Sameer Zuberi.