(Québec) Dans son livre Cap sur un Québec gagnant, François Legault déplorait les inconvénients de l’étalement urbain, favorisait la réhabilitation de terrains contaminés en ville plutôt que de dézoner des terres agricoles et plaidait pour la reconversion d’autoroutes en boulevards urbains.

Mis à jour le 12 mai
Charles Lecavalier
Charles Lecavalier La Presse

Dans cet ouvrage paru en octobre 2013, M. Legault dresse l’« esquisse » d’une « ambitieuse vision du Québec de demain » susceptible d’intéresser les maires en faveur de la densification et qui détonne avec le discours tenu par son gouvernement et lui-même au cours des derniers jours. Il y décrit, dans plusieurs chapitres, sa conception de l’aménagement du territoire.

Le premier ministre pourfend par exemple les inconvénients de l’étalement urbain. « Le phénomène est connu : au cours des dernières décennies, le développement des villes au Québec s’est effectué en s’éloignant de plus en plus des centres-villes. Mais aujourd’hui, les nombreux inconvénients de ce qu’on appelle l’étalement urbain sautent aux yeux : un temps inouï de transport en voiture, une perte de productivité liée à ces déplacements, une augmentation des coûts de construction et d’entretien des services publics sans cesse en expansion », explique-t-il.

M. Legault propose plutôt dans son livre la décontamination de terrains industriels abandonnés et met en relief plusieurs exemples de densification, comme le Technopôle Angus ou l’écoquartier suédois Hammarby Sjöstad, en banlieue de Stockholm. « La ville souhaitait réaliser son propre développement, plutôt que de prendre de l’expansion dans les terres agricoles qui entourent la ville », écrivait M. Legault dans cet ouvrage.

Le maire de Québec dénonce son discours « fallacieux »

PHOTO YAN DOUBLET, LE SOLEIL

Bruno Marchand, comme beaucoup d’autres maires nouvellement élus en novembre dernier, fait de la lutte aux changements climatiques l’une des priorités de son administration.

Cette vision pourrait surprendre les maires et mairesses réunis à Québec, jeudi et vendredi, pour les assises de l’Union des municipalités du Québec. Le premier ministre doit d’ailleurs y livrer un discours en matinée. Les élus municipaux s’attendent à ce qu’il leur parle de lutte et d’adaptation aux changements climatiques et de la crise du logement, les deux principaux thèmes des Assises 2022.

Beaucoup d’entre eux, comme le maire de Québec Bruno Marchand, font de la lutte contre les changements climatiques une des priorités de leur administration. Ils demandent au gouvernement Legault de les aider à lutter contre l’étalement urbain et à densifier leurs villes, et s’inquiètent des propos du ministre des Transports, François Bonnardel, qui estime que la densification est une « mode ».

M. Marchand, lui, s’en est pris directement à la vision du gouvernement Legault, qui colporte, selon lui, un discours « fallacieux », « populiste » et « dangereux » sur la question de la lutte contre l’étalement urbain et la densification.

En plus du ministre François Bonnardel, la ministre des Affaires municipales, Andrée Laforest, a affirmé qu’il fallait éviter de confondre « étalement urbain » et « développement régional », et le premier ministre François Legault a accusé Québec solidaire, favorable à la densification urbaine, de vouloir un « moratoire » sur le développement des régions.

« La densification n’est pas en opposition avec l’occupation du territoire. Quand j’entends le gouvernement nous servir cet argument-là, je pense que c’est fallacieux », a-t-il dénoncé.

Autoroutes et boulevards urbains

M. Legault pourrait les rassurer en citant tout simplement des passages de son livre, où il indique notamment que « la restauration et le réaménagement des sites contaminés réduisent l’étalement urbain, ce qui entraîne là aussi des économies importantes en matière de construction d’infrastructures ».

Alors que son ministre Éric Caire a accusé le maire Bruno Marchand de « polluer » la vie des automobilistes avec une rue partagée – pour ensuite se récuser –, François Legault, lui, salue plutôt dans son livre le courage de l’ancien maire de Paris Bertrand Delanoë qui, en 2013, a inauguré « un projet audacieux, fermer la circulation sur 2,3 kilomètres le long de la Seine ».

Le politicien français a tenu tête à ceux qui clamaient « que le projet allait être une source d’embouteillages et de pollution », note alors M. Legault.

Il y a des choix difficiles à faire, mais servons-nous des exemples venus du monde entier et des leçons que nous offre notre histoire récente pour essayer de comprendre la nature réelle du vrai progrès.

Extrait du livre de François Legault, Cap sur un Québec gagnant

Pour redonner accès au fleuve, M. Legault imagine par exemple la transformation d’autoroutes en boulevards, accompagnés de projets de revitalisation des friches abandonnées. À Québec, il propose ainsi de transformer l’autoroute Dufferin-Montmorency en boulevard urbain. « Cela me semble souhaitable, car, il faut bien le dire, le trajet de Québec jusqu’à la chute Montmorency, et même jusqu’à Sainte-Anne-de-Beaupré, est plutôt décevant du point de vue de l’aménagement. »

« Nous devrions toujours viser ce qui est juste, ce qui est beau, ce qui est réfléchi. Nous gagnerons alors en qualité de vie et en prospérité », ajoutait le premier ministre. Certains aspects de la vision de M. Legault se sont mis en branle. Son gouvernement a investi 100 millions pour décontaminer des terrains dans l’est de Montréal, par exemple. Une politique nationale d’architecture et d’aménagement du territoire doit par ailleurs être déposée dans les prochaines semaines.

QS fait deux promesses aux villes

Gabriel Nadeau-Dubois promettra aux villes de réformer la Loi sur l’expropriation et de leur donner le droit de préemption, qui leur permettrait d’acheter en priorité certains immeubles ou terrains pour réaliser des projets communautaires. M. Nadeau-Dubois fera cette annonce lors d’un discours qu’il prononcera vendredi, aux Assises annuelles de l’Union des municipalités du Québec. « Il y a une nouvelle génération d’élus municipaux au pouvoir, qui veut densifier, qui veut prendre le virage écologique, qui veut régler la crise du logement, mais qui est bloquée par la CAQ. Le message que j’ai pour cette nouvelle génération, c’est que nous, à QS, on est là pour être vos alliés durant la prochaine campagne électorale, et si on forme le prochain gouvernement », dit le chef parlementaire de QS en entrevue avec La Presse.