(Ottawa) Le fondateur d’un précurseur du Parti conservateur du Canada, Preston Manning, affirme que les sentiments derrière la manifestation du convoi de cet hiver à Ottawa peuvent être une « énorme source d’énergie politique », s’ils sont correctement exploités.

Mis à jour le 7 mai
La Presse Canadienne

L’ancien chef du Parti réformiste était dans la capitale pour assister à une conférence de trois jours avec d’autres piliers du parti, des députés et des membres, organisée par une organisation conservatrice fondée par Manning lui-même.

L’évènement Canada Strong and Free Network a eu lieu au milieu d’une course à la direction du Parti conservateur et des mois après que la police a expulsé de force des manifestants dénonçant les mesures de santé COVID-19 ainsi que le gouvernement libéral, après une semaine d’occupation de la ville.

Cinq des six candidats à la direction se sont affrontés à plusieurs reprises lors du premier débat officieux jeudi sur le soutien qu’ils ont apporté – ou non – aux manifestants. Le maire de Brampton, en Ontario, Patrick Brown, n’a pas participé.

La lutte contre les mandats de vaccins et du port du masque est devenue un cri de ralliement populaire pour le parti, y compris parmi les candidats à la direction Pierre Poilievre et Leslyn Lewis, qui comptent sur l’opposition des partisans aux mesures COVID-19 pour vendre des adhésions et collecter des fonds.

Certains ont décrit la course comme un choix pour les membres entre embrasser le type de populisme de droite qui a parcouru le convoi, ou essayer de peupler davantage le centre politique pour battre le gouvernement libéral à trois mandats.

À propos du convoi, M. Manning a déclaré aux journalistes : « je pense que c’est une véritable expression de ce sentiment populiste qui peut être une énorme source d’énergie politique s’il est correctement géré et dirigé », ajoutant que c’est le « défi avec les mouvements populistes. »

M. Manning a cité en exemple son ancien Parti réformiste. Né des frustrations qui bouillonnaient dans l’Ouest canadien, le parti a tenté de canaliser cette énergie vers des politiques constructives, comme l’équilibrage du budget et la réforme du Sénat au lieu de dire : « faisons exploser le pays », a-t-il dit.

Le Parti réformiste est devenu plus tard l’Alliance canadienne, qui a finalement fusionné avec le Parti progressiste-conservateur fédéral pour donner naissance à l’actuel Parti conservateur.

S’en tenir aux valeurs conservatrices

La cheffe conservatrice fédérale par intérim estime que le parti n’attirera pas de libéraux déçus en devenant quasi-libéraux, mais plutôt en demeurant fidèles à ses principes.

Candice Bergen a fait cette déclaration dans une vidéo diffusée devant un parterre de partisans conservateurs et de piliers du parti réunis au centre-ville d’Ottawa pour une conférence de trois jours du réseau « Canada Strong and Free ».

Dans son discours vidéo, elle a également discuté du convoi. Elle a déclaré que c’était l’un des défis que le caucus du parti devait relever depuis que la majorité de ses députés ont voté pour larguer l’ancien chef Erin O’Toole en début février, peu de temps après l’arrivée des manifestants.

Mme Bergen, qui a récemment été déclarée positive pour la COVID-19, a consacré une grande partie de son discours virtuel à l’importance pour le parti d’être fier de ses valeurs conservatrices et de s’en tenir à ses principes.

Elle a mentionné qu’un exemple s’est produit lorsque les conservateurs ont décidé de rejeter l’utilisation par le premier ministre Justin Trudeau de la Loi fédérale sur les urgences, jamais utilisée auparavant, lors de la manifestation du convoi. La manifestation dans la capitale a pris fin après que des centaines de policiers sont intervenus pour disperser la foule, procédant à des dizaines d’arrestations.

« Nous savions que cela pourrait être délicat, étant donné l’impatience des gens face aux manifestations, en particulier ici à Ottawa. Mais nous avons pris la décision de suivre nos valeurs », a déclaré Mme Bergen.

Elle a soutenu que Justin Trudeau avait tiré les libéraux plus loin vers la gauche sur l’échiquier politique canadien, laissant certains militants plus âgés à la recherche d’une autre voie.

Mme Bergen croit que le Parti conservateur peut accueillir ces libéraux déçus, mais en restant résolument fidèle à ses valeurs.

« Nous ne leur donnons pas une place dans notre parti en devenant libéraux légers, a-t-elle déclaré. Nous les accueillons dans notre maison conservatrice en étant constamment conservateurs. »

Son parcours vers son rôle actuel a été pavé, en partie, par les inquiétudes des députés conservateurs et des membres du parti concernant les efforts de M. O’Toole pour accroître le soutien au parti. Il a modéré certaines de ses politiques, une approche que les critiques ont qualifiée de « libéral léger ».

La cheffe par intérim a également encouragé les candidats dans la course à la direction du parti à tenir compte des conseils prodigués dans une lettre à toutes les équipes par l’ancien chef du Parti réformiste du Canada, Preston Manning : éviter les attaques personnelles.