(Ottawa) Les sanctions continuent de s’abattre sur la Russie, de plus en plus isolée. Le Canada impose un tarif de 35 % sur toutes les importations en provenance de la Russie et de la Biélorussie. Parallèlement, le gouvernement s’engage à fournir de nouvelles armes létales à l’Ukraine pour combattre l’armée russe.

Mis à jour le 3 mars
Mylène Crête
Mylène Crête La Presse

L’ensemble des sanctions sans précédent imposées par les pays du G7 et de l’Union européenne depuis une semaine n’ont toujours pas fait reculer le président Vladimir Poutine. La vice-première ministre du Canada, Chrystia Freeland, soutient tout de même qu’elles fonctionnent avec la chute du rouble, la montée des taux d’intérêt, la fermeture de la Bourse russe depuis quatre jours et la dette du pays désormais considérée comme spéculative par les agences de notation.

« Il faut se souvenir que les mesures les plus sévères sont seulement appliquées depuis lundi », a-t-elle rappelé en conférence de presse, jeudi.

Le Canada serre de nouveau la vis en imposant un tarif de 35 % sur les importations de la Russie et de la Biélorussie. Le seul autre pays frappé par de tels tarifs est la Corée du Nord, a signalé Mme Freeland.

L’impact sur les Canadiens sera très, très, très minime.

Chrystia Freeland, vice-première ministre du Canada

Après l’invasion russe de la Crimée dans le sud de l’Ukraine en 2014, le gouvernement avait découragé les entreprises de faire des affaires en Russie.

« C’était une politique intentionnelle parce que nous avions pensé que ce serait un risque économique pour le Canada et pour les compagnies canadiennes d’avoir des liens étroits avec la Russie », a ajouté celle qui avait été nommée ministre du Commerce international moins d’un an après l’annexion de ce territoire.

Mouvement général

Ces tarifs de 35 % seront appliqués durant 180 jours aux produits russes et biélorusses, après quoi leur renouvellement devra être approuvé par la Chambre des communes et le Sénat.

« Il y a une espèce de mouvement général dans lequel le Canada s’inscrit », a expliqué Frédéric Mérand, directeur scientifique du Centre d’études et de recherches internationales de l’Université de Montréal (CÉRIUM). « Évidemment, le Canada par rapport aux Européens n’est pas le plus affecté ou n’est pas susceptible d’affecter la relation avec la Russie. On a peu de commerce avec la Russie. »

Le gouvernement pénalise également 10 dirigeants de la société pétrolière russe Rosneft et la société d’État Gazprom. Ils s’ajoutent aux nombreux autres oligarques et entités qui font l’objet de sanctions de la part du Canada – plus de 1000 depuis 2014, selon la ministre Chrystia Freeland.

Les sanctions, actuellement, elles visent à isoler la Russie du reste du monde. Ce qu’on ne sait pas encore, c’est la mesure dans laquelle on va être capable d’isoler Poutine du reste de la population russe et notamment des élites.

Frédéric Mérand, directeur scientifique du CÉRIUM

« Dans un régime qui est tellement centré sur la personnalité du président et sur son pouvoir, le seul moyen d’arrêter cette guerre est que Poutine soit isolé, perde son autorité, a poursuivi M. Mérand. Donc, que les Russes se détournent de lui et que l’oligarchie qui le soutient finisse par lui dire : “Là, on est en train de perdre plusieurs milliards d’euros par jour.” Ça, c’est le pari. »

Nouvelle aide militaire

Les Forces armées canadiennes enverront 4500 lance-roquettes M72 et 7500 grenades à main aux combattants ukrainiens le plus rapidement possible. Le gouvernement fournira également 1 million de dollars à l’Ukraine pour l’achat d’imagerie satellite à très haute résolution.

« Cette capacité permettra aux militaires ukrainiens de mieux surveiller les mouvements des forces russes à l’intérieur et autour de leur territoire », a expliqué la ministre de la Défense nationale, Anita Anand, en conférence de presse.

La Russie désormais seule au Conseil de l’Arctique

Le Canada se retire des réunions du Conseil de l’Arctique, tout comme le Danemark, la Finlande, l’Islande, la Norvège, la Suède et les États-Unis. L’organisation circumpolaire, présidée actuellement par la Russie, ne respecte plus les « principes fondamentaux de souveraineté et d’intégrité territoriale, fondés sur le droit international » qui sous-tendent ses travaux, a fait savoir le ministère des Affaires étrangères jeudi dans une déclaration commune.

À l’instar de ses alliés sur la scène internationale, le Canada demande également la suspension de la Russie d’Interpol, l’organisation internationale de police criminelle.