(Québec) Le Parti québécois (PQ) appelle le gouvernement caquiste à s’opposer aux nouvelles cibles d’immigration du fédéral.

Publié le 19 février
Patrice Bergeron La Presse Canadienne

Dans une lettre transmise au premier ministre François Legault, le chef péquiste Paul St-Pierre Plamondon lui demande de protester formellement contre ces cibles et de réclamer les pleins pouvoirs en matière d’immigration pour le Québec.

Il en va selon le PQ de l’avenir du Québec et de son poids politique et démographique dans la fédération.

La semaine dernière, Ottawa a annoncé une hausse du seuil d’immigrants à 430 000 et plus pour 2022 et les prochaines années, jusqu’à 451 000 en 2024. À titre de comparaison, l’objectif était de 341 000 en 2020 ou encore 280 000 sous le gouvernement Harper.

Le Québec a-t-il été consulté par Ottawa avant d’établir ses cibles ? Car c’est ce que prévoit l’entente Québec-Ottawa signée en 1991.

Dans sa lettre, M. St-Pierre Plamondon demande donc au premier ministre si son gouvernement a été consulté et s’il a avalisé cette hausse considérable.

Si le Québec reçoit sa part proportionnelle, entre 100 000 et 120 000, c’est nettement au-dessus de sa capacité d’accueil et d’intégration qui vise à assurer l’avenir du français et de la culture québécoise, fait valoir M. St-Pierre Plamondon.

Au rythme où augmentera la population canadienne, le Québec, qui a déjà pesé pour 25 % du poids démographique du pays, mais qui a glissé depuis à 23 %, finira par passer sous les 20 %.

« Ça place déjà le Québec dans une situation d’insignifiance politique au sens où pour gagner le poste de premier ministre du Canada, on a plus besoin de gagner Québec », a fait remarquer M. St-Pierre Plamondon dans une entrevue avec La Presse Canadienne diffusée samedi.

« Vu la particularité et la fragilité des francophones en Amérique, être dans un ensemble politique qui n’a pas besoin de prendre en compte tes intérêts pour exercer le pouvoir, compte tenu de l’histoire impérialiste et colonialiste du Canada, vis-à-vis des francophones et des autochtones, c’est très, très limpide ce qui nous attend si on demeure dans le Canada », a-t-il poursuivi, en plaidant pour « l’urgence réelle » de faire l’indépendance du Québec.

Il a en outre rappelé les reportages selon lesquels il était beaucoup plus difficile et long pour les candidats à l’immigration francophones d’être admis au Canada que pour les anglophones. Il milite étalement pour l’obtention par le Québec des pleins pouvoirs en matière d’immigration, ce que la CAQ s’était aussi engagée à réclamer.

Selon M. St-Pierre Plamondon, la mondialisation et l’accessibilité des contenus culturels anglophones ont fragilisé comme jamais la culture québécoise et il faut agir rapidement.

« Ce sont des questions qui dépassent les sondages et la “ partisannerie ”, a-t-il plaidé. C’est la question de l’avenir du français, la culture québécoise en Amérique sur plusieurs années. Donc, là, faut s’élever un peu, dire : qu’est-ce qu’on doit faire ? »

Mais ouvrir un débat sur les seuils d’immigration, n’est-ce pas toutefois s’exposer aux accusations de xénophobie étant donné les clivages qui existent actuellement ?

Le chef péquiste balaie ce risque. Il a toujours dit qu’il fallait miser sur ces personnes qui choisissent le Québec, leur donner des services de qualité et toutes les ressources dont elles ont besoin.

« J’ai toujours traité cet enjeu avec rigueur et le sens des responsabilités. […] Les seuils (d’immigration) sont appelés à fluctuer. On doit être capable d’avoir des discussions éclairées, sans qu’il y ait d’insultes ou d’intimidation idéologique. Il faut être capable d’en parler de manière objective et responsable. »