(Ottawa ) Le Canada imposera rapidement des sanctions économiques sévères contre une liste d’individus et d’entités russes si Moscou décide d’envahir l’Ukraine, affirme la ministre des Affaires étrangères, Mélanie Joly.

Mis à jour le 15 février
Joël-Denis Bellavance
Joël-Denis Bellavance La Presse

La liste des individus et des entités visés est fin prête. Elle a été soigneusement préparée de concert avec des pays alliés, notamment les États-Unis, le Royaume-Uni et l’Australie, afin de maximiser la réprimande de la communauté internationale en cas d’incursion russe en territoire ukrainien. La réplique sera immédiate, assure Mme Joly.

« Les sanctions entreront en vigueur dès le premier jour d’une agression. Il y aura d’autres sanctions qui seront imposées par la suite pour maintenir la pression », a certifié Mme Joly dans une entrevue accordée à La Presse mardi.

PHOTO JOHANNA GERON, ARCHIVES AGENCE FRANCE-PRESSE

Mélanie Joly, ministre des Affaires étrangères

Tandis que les États-Unis, le Royaume-Uni et d’autres pays occidentaux jugent qu’une agression russe est imminente, le Canada continue de miser sur la diplomatie pour éviter un conflit armé, a offert Mme Joly, qui s’entretient presque quotidiennement avec son homologue de l’Ukraine, Dmitry Kuleba.

« Bâtir des ponts »

La cheffe de la diplomatie canadienne doit d’ailleurs s’entretenir mercredi avec le secrétaire d’État américain, Antony Blinken, afin de faire le point sur la situation en Ukraine avant de s’envoler vers Munich, en Allemagne, où elle prendra part à une Conférence sur la sécurité, jeudi soir, qui réunira la majorité des ministres des Affaires étrangères de la planète. Elle fera ensuite un arrêt à Paris, où elle aura un autre entretien avec le ministre français Jean-Yves Le Drian.

« Une solution diplomatique est inévitable. Une solution diplomatique devra arriver à un moment ou à un autre de toute façon. Il incombe aux Russes de déterminer quand ils veulent se rendre à cette solution diplomatique », a affirmé Mme Joly. Durant l’entrevue, la ministre a d’ailleurs reçu un courriel de son homologue ukrainien. « Nous sommes de bons alliés du gouvernement ukrainien », a-t-elle exposé.

Dans le ballet diplomatique qui s’accélère depuis quelques mois pour dissuader la Russie, le Canada s’emploie à « bâtir des ponts » entre les pays européens et les pays membres du Groupe des Cinq (Five Eyes), une alliance stratégique axée sur le partage de renseignements et la sécurité composée des États-Unis, du Royaume-Uni, de l’Australie, de la Nouvelle-Zélande et du Canada.

Il faut être unis sur la question des conséquences envers la Russie si elle va de l’avant. Il faut avoir des sanctions économiques fortes. Le Canada est un pays qui est capable de parler à tous et qui connaît très bien l’Ukraine en raison de notre diaspora et de nos relations historiques.

Mélanie Joly, ministre des Affaires étrangères

Le Canada impose déjà des sanctions à la Russie depuis 2014 à la suite de l’annexion illégale de la Crimée.

« La menace est imminente »

Le retrait partiel, mardi, de forces russes déployées autour de l’Ukraine, annoncé par le ministère de la Défense de la Russie, est loin de convaincre le Canada et ses alliés de l’OTAN que le président russe Vladimir Poutine a remisé ses intentions guerrières, a soutenu Mme Joly. D’autant plus que la Russie a plus de 130 000 soldats massés autour de son voisin et prévoit encore d’importantes manœuvres militaires en Biélorussie, un pays voisin de l’Ukraine résolument prorusse, jusqu’au 20 février.

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Vladimir Poutine, président de la Russie

« La Russie doit démontrer concrètement qu’elle veut une désescalade. Sur la base des renseignements que nous avons, la menace est réelle et imminente. Il n’y a pas eu de véritable retrait des troupes. La Russie a dit qu’elle comptait retirer des troupes. Mais les actions sont plus fortes que les paroles. Je leur dis : faites-le et on va commencer à vous croire », a martelé Mme Joly.

La prudence est fortement de mise, selon elle, car Moscou se livre fréquemment à des campagnes de désinformation. « La balle est dans le camp de la Russie. » Elle a souligné que le gouvernement de l’Ukraine et certaines banques importantes ont été la cible d’une cyberattaque mardi. « Cela fait partie des scénarios que nous anticipions de la part de la Russie pour isoler peu à peu le gouvernement ukrainien de sa population. Cela vise à perturber les infrastructures de communications du gouvernement ukrainien. »

Je crois en la diplomatie. Mais il importe que la Russie démontre que la diplomatie fonctionne aussi.

Mélanie Joly, ministre des Affaires étrangères

« Dans les circonstances, la Russie doit démontrer qu’elle va cesser de masser des troupes le long de la frontière. En plus d’avoir massé plus de 130 000 troupes, on constate que la préparation des troupes a atteint un niveau très élevé. Et cela demeure très inquiétant. »

Depuis des mois, le président russe maintient qu’il ne veut pas d’une guerre, mais il répète qu’une expansion de l’OTAN qui permettrait à l’Ukraine d’adhérer à cette alliance militaire constituait une menace pour la Russie. D’où sa croisade pour obtenir la garantie que l’Ukraine ne fera jamais partie de l’OTAN. « On ne peut pas donner un tel droit de veto au Kremlin. En même temps, il y a une proposition très sérieuse qui a été soumise par les Américains et par l’OTAN. Mais la Russie n’a toujours pas répondu à cette offre importante. »

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    Nombre de personnes et d’entités sanctionnées par le Canada depuis l’annexion illégale de la Crimée par la Russie en 2014. Les sanctions canadiennes imposent un gel des avoirs et une interdiction de transactions.
    SOURCE : MINISTÈRE DES AFFAIRES ÉTRANGÈRES