(Ottawa) Les candidats qui aspirent à prendre les commandes du Parti conservateur du Canada (PCC) sont tous arrivés au même constat : le chemin vers la victoire dans une course à la direction pourrait être facilité en courtisant le chef du Parti conservateur du Québec (PCQ), Éric Duhaime.

Publié le 9 février
Joël-Denis Bellavance
Joël-Denis Bellavance La Presse

Même si les deux partis n’ont aucun lien formel, ceux qui jonglent avec l’idée de se lancer dans la course à la succession d’Erin O’Toole au PCC estiment que les 51 000 membres en règle du PCQ dirigé par Éric Duhaime représentent une fondation solide pour lancer leur campagne au Québec.

Selon des informations obtenues par La Presse, les aspirants candidats – le député Pierre Poilievre, la chroniqueuse politique Tasha Kheiriddin, l’homme d’affaires Vincenzo Guzzo, entre autres – ont déjà donné un coup de fil à M. Duhaime afin de s’enquérir de ses intentions durant la course au leadership du parti fédéral.

Pour l’heure, seul Pierre Poilievre a confirmé qu’il briguait la direction du Parti conservateur. Les autres candidats potentiels, y compris l’ancien premier ministre du Québec Jean Charest, poursuivent leur réflexion.

Focalisé sur les élections provinciales

Joint par La Presse, M. Duhaime a indiqué mardi qu’il n’avait pas l’intention d’appuyer un candidat. Sa priorité demeure la préparation de ses troupes en prévision des élections qui auront lieu au Québec en octobre.

Mais à chacun de ses interlocuteurs, il a fait savoir que le prochain chef du PCC devrait s’engager à respecter les pouvoirs et les compétences de l’Assemblée nationale et des provinces. Il leur a aussi clairement fait comprendre qu’ils devaient s’engager à ne pas attaquer la Loi sur la laïcité de l’État, adoptée par le gouvernement Legault.

Enfin, il les a invités à mettre de côté tous les enjeux moraux comme l’avortement ou le mariage gai. M. Duhaime compte réitérer cette position durant une conférence de presse à Québec ce mercredi matin.

Il y a des spéculations au sujet de mon rôle dans la course. Je vais mettre tout cela au clair [ce] mercredi. Je suis très occupé en tant que chef du Parti conservateur du Québec et ma priorité est le 3 octobre prochain et battre François Legault. Cela va prendre toute mon énergie et mon temps.

Éric Duhaime, chef du PCQ

« Je n’ai pas l’intention de m’impliquer dans la course à la chefferie du Parti conservateur du Canada en appuyant un candidat ou une candidate. J’ai de bonnes relations avec tout le monde. Cela dit, en tant que conservateurs, c’est certain qu’on a le même nom. C’est sûr que nous avons une communion d’esprit, mais nous n’avons pas de lien organique comme dans les autres provinces », a-t-il ajouté.

Lors des dernières élections fédérales, M. Duhaime a donné son appui aux troupes conservatrices d’Erin O’Toole.

Pas de mot d’ordre

M. Duhaime a reconnu que le « membership » du PCQ est déjà hautement convoité par les candidats potentiels. Il n’a pas l’intention de donner un mot d’ordre à ses troupes. L’exécutif du PCQ va aussi rester neutre.

« Tant nos membres que nos militants et sympathisants sont libres de faire ce qu’ils veulent sur la scène fédérale. Il n’y aura pas de mot d’ordre qui va venir du chef. Mais j’encourage tout le monde qui veut faire de la politique à s’impliquer à tous les niveaux. S’ils veulent devenir membres d’un parti fédéral, cela leur appartient. »

Mais c’est sûr que, personnellement, j’ai voté pour Erin O’Toole aux dernières élections. J’ai voté pour Stephen Harper aux élections précédentes. Ce n’est pas nouveau que je vote conservateur à Ottawa.

Éric Duhaime, chef du PCQ

Au Québec, le PCQ regroupe des membres qui appuient en bonne partie le PCC sur la scène fédérale, mais d’autres appuient aussi le Parti populaire du Canada ou encore le Bloc québécois.

« Il y a des gens de tous les horizons. Mais ce qui nous rassemble et ce qui est fondamental, c’est qu’il faut remettre la démocratie en marche, respecter les droits civiques et les droits individuels. C’est ce qui est le fondement des conservateurs au Québec », a-t-il dit.

À Ottawa, les stratèges conservateurs constatent que la formation politique d’Éric Duhaime s’impose de plus en plus sur l’échiquier politique, notamment dans les récents sondages sur les intentions de vote. Ils soulignent aussi que les 51 000 membres que compte le PCQ représentent une force qui ne peut être ignorée.