(Ottawa) Les tensions entre l’Ukraine et la Russie persistent et l’incertitude plane. S’il y avait une invasion, le Canada n’aurait aucune obligation envers l’Ukraine, qui n’est pas membre de l’OTAN. Et il serait illusoire que le Canada s’engage à envoyer des troupes dans un combat qui risquerait d’être sanglant, si ses alliés le demandaient.

Publié le 29 janvier
Mylène Crête
Mylène Crête La Presse

« Pourrions-nous refaire une mission en Afghanistan actuellement ? Peut-être. Pourrions-nous nous battre dans une guerre terrestre en Ukraine ? Non », tranche le directeur du Réseau canadien sur la défense et la sécurité, Stephen Saideman, également professeur de relations internationales à l’Université Carleton.

La Russie a une capacité militaire développée. Elle compterait environ 900 000 soldats, plus de 2 millions de réservistes et disposerait d’équipement équivalent ou encore plus avancé du point de vue technologique que le Canada. En Afghanistan, l’ennemi était équipé de fusils, de roquettes et d’engins explosifs improvisés.

« Une guerre en Ukraine n’est pas une guerre en Afghanistan, explique le professeur. Elle serait plus sanglante, plus coûteuse, beaucoup plus intense et le gouvernement actuel ne voudrait pas être poussé par la diaspora ukrainienne pour risquer de dépenser des milliards de dollars et mettre en danger la vie de centaines, voire de milliers de soldats canadiens. »

Il estime toutefois que le Canada aurait la capacité d’envoyer quelques milliers de militaires dans le cadre d’une mission de paix.

PHOTO BLAIR GABLE, ARCHIVES REUTERS

Justin Trudeau, premier ministre du Canada

La contribution annoncée par le premier ministre Justin Trudeau mercredi est perçue comme « modeste », selon lui. Une réponse à court terme qui aura un impact sur le long terme. Le Canada a décidé de prolonger l’opération Unifier de trois ans pour former les soldats ukrainiens et d’ajouter 60 militaires aux 200 qui y participent. La mission pourrait être élargie à 400 militaires au besoin.

Effort lancé par les alliés

« Si on passe d’une crise à la guerre, ce ne sont pas les soldats qui sont là pour des activités de formation qui vont tout d’un coup être impliqués. Ils vont retourner au Canada », signale Stéfanie von Hlatky, professeure et titulaire de la Chaire de recherche du Canada sur le genre, la sécurité et les forces armées à l’Université Queen’s.

Toute contribution à un conflit armé se ferait à la demande des alliés traditionnels du Canada, comme les États-Unis ou la Grande-Bretagne.

Le Canada n’a pas les moyens d’être un acteur indépendant sur cet échiquier-là. Oui, le Canada peut être appelé à faire des contributions, mais il faut que l’effort soit lancé par les États-Unis ou d’un des partenaires traditionnels du Canada.

Stéfanie von Hlatky, professeure et titulaire de la Chaire de recherche du Canada sur le genre, la sécurité et les forces armées à l’Université Queen’s

Le Canada peut également faire autre chose pour assurer la sécurité européenne. En tout, 540 militaires canadiens sont déjà déployés en Lettonie dans le cadre de l’opération Reassurance pour renforcer la défense collective de l’Organisation du traité de l’Atlantique Nord (OTAN).

D’autres défis

Mais indépendamment du conflit en Ukraine, la professeure von Hlatky s’inquiète des investissements dans la capacité de défense du Canada à l’ère où l’environnement sécuritaire international est plus tendu. « Est-ce que les investissements ont été faits dans les capacités de défense canadienne qui reflètent l’envenimement de cet environnement-là ? demande-t-elle. Selon moi, non. »

La Défense nationale disposait d’un budget annuel de 23,3 milliards de dollars en 2021, mais le Canada est loin d’investir 2 % de son produit intérieur brut (PIB) comme le préconise l’OTAN. En 2020, ses dépenses en matière de défense atteignaient plutôt 1,42 % du PIB.

Les Forces armées canadiennes ont également fait face à plusieurs défis au cours des deux dernières années. Elles ont été sollicitées pour aider les provinces et des communautés autochtones aux prises avec la COVID-19 et connaissent des difficultés de recrutement causées par la pandémie, la pénurie de main-d’œuvre et le scandale sur les inconduites sexuelles.

Actuellement, environ 1600 militaires canadiens sont déployés dans le cadre d’opérations en Europe, au Moyen-Orient et en Afrique. Les Forces armées canadiennes comptent 64 726 militaires dans la force régulière et 30 269 réservistes.

En savoir plus

  • 64
    Nombre d’avions de combat CF-18 du Canada
    SOURCE : DÉFENSE NATIONALE
    600
    Nombre de véhicules blindés légers dont dispose l’infanterie canadienne
    SOURCE : DÉFENSE NATIONALE