(Ottawa) À quelques heures d’une importante manifestation de camionneurs venus des quatre coins du pays qui pourrait tourner à l’affrontement dans la capitale fédérale, le chef du Parti conservateur, Erin O’Toole, lance un appel au calme.

Mis à jour le 27 janvier
Joël-Denis Bellavance
Joël-Denis Bellavance La Presse

Se disant inquiet de la tournure que pourrait prendre cette manifestation à laquelle des groupuscules extrémistes prêchant la violence ont donné leur appui au cours des derniers jours, M. O’Toole a dit avoir l’intention de rencontrer des camionneurs qui prennent part au « convoi de la liberté » afin d’entendre leurs doléances.

Parti de la Colombie-Britannique, ce convoi vise à dénoncer la décision du gouvernement Trudeau d’imposer la vaccination obligatoire aux camionneurs qui franchissent la frontière canado-américaine. Cette mesure est entrée en vigueur il y a environ deux semaines.

Je n’ai jamais vu le pays aussi divisé. Et je n’ai jamais vu un moment aussi important que maintenant pour s’unir.

Erin O’Toole, chef du Parti conservateur du Canada

« Après deux ans de pandémie, les Canadiens sont fatigués. Ils ont suivi les règles. Ils travaillent de la maison. Les enfants ne vont pas à l’école. Nos vies ont été bouleversées. La majorité des Canadiens se sont fait vacciner. Nous avons suivi les règles. Mais cette année a commencé exactement comme l’an passé avec des confinements, des couvre-feux, de la division », a ajouté M. O’Toole, durant une conférence de presse qu’il a donnée à l’issue d’une rencontre de deux jours du caucus conservateur.

Le chef conservateur a soutenu que personne au pays ne devrait perdre son emploi, sa maison et sa dignité à cause de la pandémie. Il a fait valoir que les gens avaient le droit de manifester pacifiquement et de se faire entendre par les gouvernements. Il a soutenu que si les groupes qui préconisent la violence devaient être dénoncés avec force, il ne fallait pas éteindre la voix de ceux qui ont des inquiétudes légitimes.

« Les choses vont en empirant. Les milliers de personnes qui vont converger ici au cours des prochains jours, le convoi des camionneurs, sont un symbole de la fatigue que l’on éprouve au pays en ce moment », a-t-il ajouté.

M. O’Toole a par la suite accusé le premier ministre Justin Trudeau d’avoir utilisé les camionneurs qui ne sont pas vaccinés comme boucs émissaires, et ce, à des fins politiques.

Il a rappelé que ces camionneurs étaient décrits comme des « héros » au début de la pandémie tandis qu’ils assuraient le transport des biens essentiels entre le Canada et les États-Unis. Ils étaient alors qualifiés de « travailleurs essentiels » au même titre que les travailleurs de la santé, a-t-il souligné.

Le simple fait que le premier ministre refuse d’entendre la voix de ces gens démontre bien l’ampleur de la division qui existe dans notre pays. Après deux ans, les Canadiens et les Québécois sont tannés.

Erin O’Toole, chef du Parti conservateur du Canada

M. O’Toole a indiqué qu’il comptait rencontrer des camionneurs vendredi dans un endroit loin du centre-ville d’Ottawa, qui risque d’être pris d’assaut par des centaines de camions de transport d’ici samedi.

Les forces policières sur le qui-vive

En prévision de cette manifestation, les forces policières d’Ottawa sont sur le qui-vive, craignant des débordements et des affrontements, d’autant que des contre-manifestants ont signifié leur intention de converger eux aussi vers la colline du Parlement afin de dénoncer les propos haineux formulés par des groupes extrémistes qui appuient le convoi.

Certains extrémistes ont dit souhaiter que cette manifestation monstre soit au Canada l’équivalent de l’assaut violent du 6 janvier 2021 au Capitole à Washington. Cet appel à la violence a mené la Police d’Ottawa, la GRC et le Service de protection parlementaire à augmenter les effectifs dans les environs de la colline du Parlement afin de maintenir l’ordre.

PHOTO JUSTIN TANG, LA PRESSE CANADIENNE

Des membres du personnel des Travaux publics installent des barrières devant le parlement à Ottawa.

Le discours prêchant la haine et la violence en prévision de cette manifestation inquiète aussi les autres élus à Ottawa. Dans une déclaration écrite, le chef du NPD, Jagmeet Singh, s’est aussi dit « troublé » de voir certains députés conservateurs appuyer sans nuance le « convoi de la liberté ».

« Je suis profondément troublé par le fait que des députés conservateurs appuient ce convoi et, par le fait même, soutiennent des extrémistes qui souhaitent bouleverser le processus démocratique, inciter à la violence et répandre de la désinformation concernant les conseils d’experts en santé publique », a dit M. Singh. Il faisait allusion aux propos tenus par des ténors du Parti conservateur comme l’ancien chef du parti Andrew Scheer et la cheffe adjointe Candice Bergen.

« Je comprends que les gens soient frustrés que nous soyons encore dans cette pandémie. La population canadienne a fait de grands sacrifices pour assurer la sécurité des uns et des autres. […] Mais je suis préoccupé par la dangereuse rhétorique que nous avons vue dans le convoi. Je suis préoccupé par les extrémistes qui diffusent des informations erronées et tentent de transformer le convoi en une version canadienne des attaques terroristes contre le Capitole américain. Ce n’est pas le Canada dans lequel nos enfants méritent de grandir », a-t-il commenté.

En savoir plus

  • 85 %
    Pourcentage estimé des 120 000 camionneurs canadiens traversant régulièrement la frontière qui seraient vaccinés
    ALLIANCE CANADIENNE DU CAMIONNAGE
    6 642 250 $
    Montant amassé en fin de soirée jeudi pour le convoi de camionneurs
    SITE WEB GOFUNDME