(Québec) Un sondage défavorable. Une facture qui gonfle de 530 millions. Si le projet de tramway de la capitale affronte une tempête, alors le nouveau maire Bruno Marchand promet d’être son « capitaine ».

Mis à jour le 25 janvier
Gabriel Béland
Gabriel Béland La Presse

« Ceux qui doutent que je veuille réaliser ce projet, je leur dis : « regardez-moi bien aller ». Je vais défendre ce projet avec toute ma force, ma détermination et mon acharnement », a lancé mardi en conférence de presse Bruno Marchand.

« Ce projet a besoin d’un capitaine rassembleur et c’est ce que je serai, sans faille. »

Québec a lancé mardi une nouvelle offensive de communication en faveur du tramway. Lundi, la Ville dévoilait un sondage non probabiliste qu’elle avait commandé à la firme Léger, qui conclut que 52 % des 500 répondants s’opposent au projet (contre 41 % en accord).

« Pour moi, 41 % d’appuis, c’est insuffisant. On doit faire un meilleur travail pour rallier la population », estime le maire.

Il s’engage d’ailleurs à sonder de nouveau la population de Québec dans les prochains mois. Quels que soient les résultats, ils seront dévoilés, promet M. Marchand. Son objectif est clair : augmenter l’appui au projet, qui n’a cessé de baisser depuis son annonce en 2018.

Lors de la dernière campagne municipale, Bruno Marchand n’avait pas manqué de critiquer le maire sortant, Régis Labeaume, dans ce dossier. Selon lui, M. Labeaume n’avait pas su bien vendre ce projet.

« J’ai parlé à Alain Juppé, ancien maire de Bordeaux. Il m’a dit que le premier élément, c’est la capacité de rallier les gens, de les écouter, de les entendre. C’est exactement ce qu’on va faire. »

Plus élégant que le REM

Bruno Marchand a d’abord voulu confirmer une information qui avait coulé durant la dernière campagne municipale : le coût estimé du projet est passé de 3,3 à 3,9 milliards, victime de l’inflation, du coût galopant des acquisitions immobilières et d’une année de report dans l’appel d’offres.

La Ville discute avec le gouvernement du Québec, et espère que tant le provincial que le fédéral, qui ont déjà promis 3 milliards pour le tramway, vont pouvoir augmenter leur mise. « On est très confiants », dit-il.

Le nouveau maire avait le ton combatif de celui qui prend le bâton de pèlerin. Durant les élections, il rêvait d’éliminer les fils d’alimentation dans certains secteurs historiques de la Ville. Le Bureau de projet lui a expliqué que ce serait très compliqué, sinon complètement impossible.

Mais M. Marchand assure maintenant que les fils prévus initialement pourraient faire l’affaire. Le directeur du bureau de projet, Daniel Genest, a d’ailleurs insisté pour dire que la ligne aérienne de contact serait « plus élégante » que les caténaires prévues pour le REM à Montréal, et qui ont suscité certaines critiques.

PHOTO MARTIN CHAMBERLAND, ARCHIVES LA PRESSE

Le système de caténaires du REM le long de l’autoroute 10.

« Notre ville ne sera pas entachée par un plafond de fils. […] L’enfouissement va nous permettre d’améliorer l’aspect visuel de notre ville », a indiqué M. Marchand, en référence à ces poteaux du tramway qui vont accueillir des lumières, et ainsi désencombrer des percées visuelles.

« Ce qu’on ajoute se veut extraordinairement discret, harmonieusement intégré dans le paysage. Tout le contraire, ou en tout cas très différent de ce qui se passe à Montréal. Ça ne va certainement pas enlaidir notre ville », estime Bruno Marchand.

PHOTO TIRÉE D’UN DOCUMENT DE LA VILLE DE QUÉBEC

Le tramway de Québec doit avoir une ligne aérienne de contact comme celle-ci au Havre, en France.

Le maire a insisté pour dire que le statu quo n’était pas une option pour sa ville. Les prévisions font état de 100 000 déplacements quotidiens de plus d’ici 15 ans à Québec, dit-il.

« Ne rien faire n’est pas une option. De remettre en question le tramway et de dire que Québec n’en a pas besoin, pour nous, ce n’est pas une option. »

La Ville de Québec doit présenter mercredi la solution qu’elle a retenue pour sauver des arbres matures le long du trajet.

Une opposition divisée

Le seul parti municipal qui s’oppose au tramway a critiqué l’opération séduction lancée mardi par le maire. Selon le chef de Québec 21, parti qui compte 3 des 22 élus municipaux de la capitale, les modifications promises par M. Marchand étaient « un beau mirage de campagne électorale ».

« Quelle déception ! Ce que je crois comprendre, c’est qu’il n’y a rien de nouveau », a déclaré Eric Ralph Mercier, qui a rappelé les déclarations du candidat Marchand sur l’enfouissement des fils et le retrait de la dalle de béton.

Les élus de l’opposition en faveur du tramway, qui forment la grande majorité du conseil, ont quant à eux salué la sortie du maire.

« C’est ce qu’on a besoin d’entendre, parce qu’on a beaucoup insisté dans le passé sur les aspects négatifs », estime le chef de l’opposition officielle, Claude Villeneuve. « Une fois qu’il sera construit, personne ne voudra revenir en arrière. »

L’élue progressiste Jackie Smith, unique représentante de Transition Québec, estime quant à elle que le maire « a envoyé le message qu’il fait des efforts pour prendre en compte les préoccupations citoyennes, notamment sur les fils d’alimentation, la plateforme et les coûts du tramway, c’est une excellente nouvelle ».