(Québec) Les centres de services scolaires demandent à Québec de prioriser les programmes de francisation offerts par les écoles pour mettre fin une fois pour toutes à la compétition qui oppose le ministère de l’Éducation au ministère de l’Immigration dans ce domaine.

Hugo Pilon-Larose
Hugo Pilon-Larose La Presse

Dans le projet de loi 96 qui réforme la Charte de la langue française, le gouvernement Legault prévoit la création de « Francisation Québec », un guichet d’accès unique à des services d’apprentissage du français. Dans son mémoire, obtenu par La Presse, la Fédération des centres de services scolaires demande au ministre responsable de la Langue française, Simon Jolin-Barrette, que le réseau scolaire devienne la principale porte d’entrée en francisation.

« Les centres de services scolaires offrent déjà toute une gamme de services complets pour les adultes souhaitant apprendre le français. Si d’autres options doivent continuer d’exister, il n’en demeure pas moins qu’il devrait être clair que la voie généralement retenue est la francisation dans un centre d’éducation aux adultes », écrit la Fédération.

« Dans le contexte de compétition actuel entre les deux programmes d’études en francisation, il y a lieu de craindre que le [ministère de l’Immigration] privilégie ses propres ententes avec des cégeps et des universités, des organismes communautaires et des employeurs, reléguant l’offre du [ministère de l’Éducation] en seconde zone », craint-elle.

Une concurrence et de l’instabilité

Les centres de services scolaires estiment que la situation actuelle, où le ministère de l’Immigration a des partenariats pour offrir des cours de francisation qui ne sont pas arrimés aux cours offerts et approuvés par le ministère de l’Éducation, engendre des « conséquences importantes » dans le parcours des élèves immigrants adultes.

Par exemple, le ministère de l’Immigration ne reconnaît pas les épreuves des cours de francisation offerts dans les centres de services scolaires. « Pourtant, les élèves adultes qui s’y soumettent maîtrisent le français selon les critères d’évaluation communs aux deux ministères », rappellent les centres de services scolaires, jugeant que cette politique gouvernementale est incohérente.

De plus, « la réussite des épreuves du [ministère de l’Éducation] ne peut [pas] conduire à l’obtention du certificat de sélection du Québec (CSQ), lequel permet l’accès à la résidence permanente canadienne », rappellent-ils. Pour ce faire, un candidat à l’immigration doit donc réussir une épreuve du ministère de l’Immigration, alors que « la plupart des organismes chargés de cette évaluation sont en fait établis en Europe ».

« Ces organismes chargés de l’évaluation se basent sur la maîtrise du français européen comme exigence aux personnes immigrantes adultes. […] Le Québec possède [pourtant] déjà toutes les ressources et toute l’expertise nécessaires à l’évaluation des compétences langagières des personnes immigrantes adultes », jugent la Fédération des centres de services scolaires.

Selon elle, « le programme d’études en francisation du ministère de l’Éducation [doit être] reconnu comme étant le principal programme d’études en francisation [et ses épreuves doivent être] reconnues et privilégiées pour l’obtenir d’un certificat de sélection du Québec ».

Que faire avec les enfants de travailleurs temporaires ?

Contrairement à la Chambre de commerce du Montréal métropolitain, qui s’inquiète que Québec prévoit de limiter à trois ans la période pendant laquelle un travailleur étranger temporaire pourra envoyer son enfant à l’école anglaise, les centres de services scolaires souhaitent que ces enfants soient directement envoyés dans le réseau scolaire français.

« En matière d’enseignement, l’admissibilité à l’école française devrait être systématiquement priorisée. Les centres de services scolaires sont prêts à accueillir ces enfants et à leur offrir la formation et tous les services requis », écrivent-ils dans leur mémoire.

« Si la langue de vie des enfants devient l’anglais, toute la famille risque de vivre dans une autre langue que le français au quotidien, minant ainsi leur inclusion à la société québécoise, fût-elle temporaire », ajoutent-ils.