(Québec) L’Union des municipalités du Québec (UMQ) s’inquiète que des réfugiés « qui ont fui leur pays » et qui ne connaissent pas du tout le français avant leur arrivée au pays soient mal servis par les villes qui les accueillent si le projet de loi 96 qui modernise la Charte de la langue française est adopté tel quel.

Hugo Pilon-Larose
Hugo Pilon-Larose La Presse

Dans cette réforme, le ministre responsable de la Langue française, Simon Jolin-Barrette, prévoit que les villes ne pourront plus communiquer dans une autre langue que le français avec un immigrant six mois après son arrivée au Québec. Des exceptions sont toutefois prévues, notamment « lorsque la santé, la sécurité publique ou les principes de justice naturelle l’exigent ».

« Bien que nous souhaitions que toute la population puisse communiquer aisément en français avec leur municipalité, ce n’est malheureusement pas encore possible pour plusieurs personnes, notamment pour celles qui sont arrivées plus récemment au Québec ou qui sont plus âgées », rappelle l’UMQ dans son mémoire, déposé mercredi au deuxième jour des audiences publiques du projet de loi 96.

Que se passera-t-il après l’expiration de ce délai [de six mois] si cette personne ne comprend pas encore bien le français ? Nous pensons ici particulièrement aux quatorze municipalités qui ont été identifiées comme pôle d’accueil pour les réfugiés que le Canada accueille ici chaque année et qui s’établissent au Québec.

Extrait du mémoire de l’UMQ

« Dans bien des cas, ces individus qui ont fui leur pays ne connaissaient pas du tout le français avant leur arrivée. Elles suivront sans aucun doute les cours de français offerts par l’entremise du nouveau guichet Francisation Québec […], mais ce délai nous semble très court pour qu’elles puissent maîtriser complètement une nouvelle langue », estiment les municipalités.

Quoi faire avec les villes bilingues ?

Concernant le statut des villes bilingues au Québec, un sujet sensible dans l’étude du projet de loi, l’Union des municipalités du Québec affirme que l’approche préconisée par le ministre Jolin-Barrette permet de maintenir « le climat de paix linguistique ». Le projet de loi 96 prévoit entre autres que les villes qui ne comptent pas 50 % ou plus de citoyens de langue anglaise perdront leur statut bilingue, à moins qu’elles adoptent une résolution en conseil municipal pour le garder.

Le critique du Parti québécois en matière de langue française, Pascal Bérubé, a réitéré mardi qu’il est selon lui « inacceptable » que des municipalités qui comptent parfois moins de 20 % de citoyens anglophones puissent maintenir leur statut bilingue et exiger le bilinguisme à l’embauche de fonctionnaires.

PHOTO JACQUES BOISSINOT, ARCHIVES LA PRESSE CANADIENNE

Le député et critique en matière de langue française du PQ, Pascal Bérubé

Dans son mémoire, la Fédération des travailleurs et des travailleuses du Québec (FTQ) affirme également que « les promoteurs du bilinguisme institutionnel pour le Québec ou pour Montréal doivent comprendre que militer pour rendre ce territoire bilingue est assurément courir à la mort du français comme langue publique et commune ».

« Pour quelle raison une municipalité dont moins de 50 % de la population est anglophone doit-elle encore offrir des services bilingues mur à mur ? […] Il faudrait fixer certains objectifs et moduler l’offre de services en fonction du réel pourcentage de citoyens et citoyennes parlant anglais sur le territoire concerné. Nous croyons donc que le projet de loi devrait être resserré à cet égard », estime le syndicat.