(Québec) À la veille des élections générales au pays, le premier ministre du Québec, François Legault, persiste et signe : « Ce dont on a besoin, ce n’est pas à Ottawa plus de fonctionnaires, c’est à Québec, plus d’infirmières ». Un nouveau tir décoché vers les libéraux de Justin Trudeau et leurs promesses en matière de santé.

Fanny Lévesque
Fanny Lévesque La Presse

François Legault s’est adressé dimanche aux jeunes de la Relève caquiste réunis en congrès depuis samedi à Québec. Dans un discours à forte teneur nationaliste, qui clôturait l’évènement, le premier ministre a réaffirmé l’importance pour le Québec de protéger ses compétences, « ses pouvoirs, ses valeurs » et par le fait même, il est revenu sur la campagne fédérale.

« Notre identité comme peuple sera toujours fragile. Il y aura toujours des gens pour nous faire la leçon, pour nous dire qu’on n’a pas le droit d’imposer une langue commune, de défendre les valeurs québécoises, qu’on n’a pas le droit de défendre nos pouvoirs. Et malheureusement, on l’a vu dans les dernières semaines avec les élections fédérales, il y a même des partis qui se sont vantés d’intervenir dans un champ de compétence vraiment important, la santé », a-t-il affirmé.

Le chef libéral Justin Trudeau a pris des engagements qui empiètent sur les champs de compétences des provinces : 6 milliards pour accélérer l’élimination des listes d’attente dans les réseaux de la santé, 3 milliards pour embaucher 7500 médecins de famille et infirmières praticiennes, 6 milliards pour établir des normes nationales dans les soins de longue durée. Le chef néo-démocrate Jagmeet Singh veut créer un fonds fédéral pour contrer la pénurie de main-d’œuvre en santé, surtout dans les CHSLD.

« Ce dont on a besoin, ce n’est pas à Ottawa, plus de fonctionnaires, c’est à Québec, plus d’infirmières. Ce [dont] notre nation a besoin, c’est plus d’autonomie », a-t-il ajouté provoquant un tonnerre d’applaudissements.

Une déclaration qui a ravivé les propos du premier ministre, qui, il y a 10 jours, a exprimé son penchant pour l’élection d’un gouvernement minoritaire conservateur. Dimanche, contrairement à ses précédentes sorties, il n’a pas nommé directement le Parti libéral, le NPD et le Parti vert, pas même lorsqu’il répondait aux questions des jeunes militants.

Oui, il y a des partis à Ottawa qui sont plus centralisateurs, mais un moment donné s’ils veulent l’appui des Québécois, il va falloir qu’ils respectent la volonté de la majorité des Québécois et c’est pour ça que je me suis senti obligé d’intervenir.

François Legault

« On a besoin de défendre notre Loi 21, on a besoin de défendre nos valeurs et ce n’est pas vrai que c’est à Ottawa qu’on va décider des valeurs québécoises. Les valeurs québécoises, ça va se décider ici par les Québécois et je ne peux pas rester les bras croisés quand je vois des partis fédéraux menacer l’autonomie de la nation québécoise. Jamais, jamais je ne vais m’excuser de défendre nos pouvoirs, de défendre notre langue, de défendre nos valeurs », a martelé le premier ministre.

Il a parlé de « trois partis qui veulent s’ingérer dans [les] compétences » du Québec, « qui ne veulent pas nous donner plus de pouvoirs en immigration » et « qui n’excluent pas de contester la Loi 21 ». Il s’est défendu de dire aux Québécois comment voter, ce que lui ont reproché les partis d’opposition à Québec cette semaine. « Je voulais juste que vous teniez compte de ça. Et là, c’est à vous de faire vos choix. Je ne veux pas commencer à dire pour qui voter », a-t-il dit aux militants.

Un « rempart contre les radicaux »

En parlant de la vaccination, François Legault a comparé la Coalition avenir Québec à un « rempart contre les radicaux » et pour protection de la « cohésion sociale ».

« Il faut continuer de convaincre le 11 % [de la population québécoise] qui n’est pas [pleinement] vacciné. Évidemment, il va falloir oublier les anti, anti-vaccins, mais il y en a qui ont des inquiétudes et c’est important de les informer dans le respect, ce n’est pas le temps au Québec de se diviser, c’est le temps de défendre notre cohésion nationale », a-t-il déclaré.

Il a affirmé qu’au moins 88,5 % des Québécois admissibles à la vaccination ont reçu au moins une première dose du vaccin contre la COVID-19. Environ 83 % de la population québécoise a reçu une deuxième dose.

Cette image de rempart, le gouvernement Legault voudra aussi l’utiliser illustrer l’importance de défendre la nation québécoise, la place du français et la Loi 21 sur la laïcité de l’État, entre autres, nous indique-t-on. À un an des élections provinciales, François Legault a parlé d’une « année chargée » pour les troupes caquistes. « On a commencé à livrer la marchandise, il va falloir continuer », a-t-il dit.

Il voudra miser sur le thème de la fierté, qui était d’ailleurs le titre du congrès de la Relève caquiste. En ce sens, François Legault a souligné deux propositions faites par les jeunes militants : l’idée de créer un Musée national de l’histoire québécoise et d’avoir dans les écoles un cursus commun des grandes œuvres littéraires québécoises. « J’ai demandé à nos ministres de la Culture et de l’Éducation de regarder ça de très proche. Notre culture, c’est le plus bel héritage qu’on puisse laisser aux prochaines générations », a-t-il affirmé.

En plénière samedi, les questions liées à la culture et à l’identité québécoise ont suscité beaucoup d’enthousiasme de la part des jeunes caquistes. Ces derniers ont adopté des propositions où l’on demande au gouvernement d’enseigner davantage la culture québécoise dans les cours de francisation destinés aux immigrants. Ils souhaitent aussi que des notions sur les « valeurs québécoises » soient intégrées dans la réforme du programme d’éthique et culture religieuse.

PHOTO TIRÉE DU COMPTE TWITTER DE LA CAQ

Le président de la Commission de la relève de la CAQ, Keven Brasseur

Le président de la Commission de la relève de la Coalition avenir Québec, Keven Brasseur — dont le mandat a été renouvelé sans opposition dimanche — a soutenu samedi que l’idée n’était pas de politiser le programme scolaire. Cette réforme doit être faite par des experts en pédagogie du ministère de l’Éducation. Il croit toutefois que la Loi sur la laïcité de l’État devrait être enseignée aux élèves.