(Québec) Québec n’a pas l’intention de profiter de son projet de loi 96 sur la protection de la langue française pour donner un statut particulier aux langues autochtones. L’Assemblée des Premières Nations du Québec et du Labrador estime que la réforme du gouvernement Legault « bafoue » les droits des Premières Nations.

Fanny Lévesque
Fanny Lévesque La Presse

Une nouvelle pomme de discorde se profile entre le gouvernement Legault et l’APNQL. Vendredi, le ministre responsable des Affaires autochtones, Ian Lafrenière, a laissé entendre qu’il a des moyens autres que le projet de loi 96 pour protéger et préserver les langues autochtones au Québec.

« Avant même le dépôt de notre intention de changer la loi, mon collègue [Simon Jolin-Barrette] a contacté autant Makivik que l’APNQL pour leur dire que pour nous, il y avait un statu quo en ce sens qu’on ne veut pas changer le statut [des langues autochtones] ou que certaines avancées soient perdues », a-t-il affirmé lors d’une annonce au sujet de la mise en œuvre des recommandations de la commission Viens.

Les consultations particulières sur cette imposante réforme de la loi 101 doivent commencer la semaine prochaine à l’Assemblée nationale. L’APNQL qui regroupe 43 chefs autochtones de la province déposera un mémoire mardi. La communauté mohawk de Kanesatake participera à l’exercice le 7 octobre.

« Le projet de loi 96 du gouvernement Legault est une attaque en règle contre les droits linguistiques constitutionnels des Premières Nations », écrivait le chef Ghislain Picard dans un communiqué publié lorsque la réforme proposée par le ministre Simon Jolin-Barrette s’est invitée dans le débat des chefs fédéraux, le 2 septembre dernier.

Au moment du dépôt du projet de loi 96, L’APNQL avait servi un avertissement au gouvernement Legault : « la survie, le développement d’une langue ne doit jamais se faire un détriment d’une autre langue ».

Le ministre Lafrenière a expliqué vendredi être « en discussions » avec les Premières Nations pour améliorer la protection et sa préservation des langues autochtones. « L’enjeu de la langue est majeur », a-t-il lancé.

« Donc, s’assurer que les langues demeurent vivantes, c’est un enjeu. De reconnaître [les langues autochtones] comme langue officielle, c’est une des facettes. Il y a d’autres possibilités, c’est ce qu’on va explorer », a-t-il ajouté.

« Je ne peux pas vous dire comment ça va se matérialiser, mais effectivement, c’est un point qui est important », a précisé M. Lafrenière.

L’APNLQ n’a pas demandé que les langues autochtones soient reconnues comme langues officielles.

Le ministre Lafrenière assure que le projet de loi 96 ne viendra pas compromettre les « avancées » réalisées au fil des ans et que l’offre de services en anglais dans les soins de santé et des services sociaux demeurera intacte.

« Vous savez, on a le même objectif quand on parle de la nation québécoise et des différentes nations sur le territoire : on veut préserver notre culture, notre langue », a illustré le ministre Lafrenière.

Selon Québec solidaire, « le statu quo est inacceptable » en matière de langues autochtones alors que plusieurs sont en train de disparaître.

« Québec solidaire sera à l’écoute des auditions de l’APNQL et de la communauté de Kanesatake lors du projet de loi 96, mais une chose est certaine : il est plus que temps de reconnaître que les premières langues parlées sur le territoire du Québec ont droit à un statut particulier et on doit faire mieux pour les protéger et les développer », a déclaré la porte-parole Manon Massé.

Suivi de la Commission Viens

Le ministre Lafrenière a fait vendredi le point sur la progression de la mise en œuvre des recommandations de la Commission d’enquête sur les relations entre les Autochtones et certains services publics au Québec (commission Viens), deux ans après le dépôt du rapport.

S’il y a eu quelques avancées, le ministre reconnaît toutefois que le gros du travail reste à faire : le nombre de recommandations en chantier n’est passé que de 51 à 68 en un an. Le ministre Lafrenière a demandé à la population d’éviter de faire un simple calcul « mathématique » alors l’amélioration de la relation avec les Autochtones, selon lui, est un « projet de société ».

Il a ajouté que certaines recommandations, comme le fait de s’excuser auprès des Autochtones, étaient faciles et rapides, alors que d’autres nécessitaient des changements législatifs ou des discussions avec le fédéral. Par ailleurs, 125 des 200 millions qui lui avaient été alloués pour faire bouger les choses sont déjà engagés, a précisé le ministre.

Le Secrétariat aux affaires autochtones rendra public l’avancement des travaux sur son site internet. La Protectrice du citoyen, Marie Rinfret, a déjà fait savoir qu’elle effectuera le suivi de la mise en œuvre des recommandations de la commission Viens.

À ce stade-ci, M. Lafrenière dit avoir identifié, avec les leaders d’une trentaine de communautés autochtones, trois priorités pour l’avenir, soit la protection de la jeunesse, le bien-être des femmes et l’éducation. Dans son rapport final, publié en 2019, le juge à la retraite Jacques Viens avait émis 142 recommandations.

Avec La Presse Canadienne