(Québec) Pierre Fitzgibbon est près d’un retour au Conseil des ministres alors qu’il est en voie de se départir de ses intérêts dans deux entreprises, l’enjeu éthique qui a provoqué sa démission en juin, a appris La Presse.

Tommy Chouinard
Tommy Chouinard La Presse

Les ficelles ne sont pas toutes attachées encore, mais le processus va bon train, selon des informations obtenues de diverses sources qui ont requis l’anonymat parce qu’elles ne peuvent s’exprimer publiquement sur ce dossier.

Une source gouvernementale soutient qu’il est maintenant envisageable que M. Fitzgibbon retrouve ses fonctions de ministre de l’Économie à temps pour la reprise des travaux de l’Assemblée nationale, le 14 septembre.

Le député de Terrebonne « ne souhaite pas commenter pour l’instant » le dossier, a fait savoir un porte-parole lundi. Au cabinet du premier ministre François Legault, on se contente de dire que « ce n’est pas attaché encore ». On ne nie pas les informations obtenues par La Presse au cours des derniers jours.

Un quatrième rapport incisif

Pierre Fitzgibbon a démissionné de son poste de ministre de l’Économie le 2 juin, après un quatrième rapport embarrassant de la commissaire à l’éthique de l’Assemblée nationale, MAriane Mignolet. Celle-ci a conclu qu’il enfreignait toujours l’article 46 du code d’éthique selon lequel un ministre ne peut avoir des intérêts dans des entreprises qui font des affaires avec l’État.

Le député a des intérêts dans White Star Capital (WSC) et dans ImmerVision, deux entreprises non cotées en Bourse. Elles sont en relation d’affaires avec l’État puisqu’Investissement Québec a une participation dans WSC depuis 2014 et qu’il a accordé un prêt à ImmerVision en 2016.

Dans une situation jamais vue, la commissaire a recommandé que M. Fitzgibbon perde le droit de siéger en Chambre jusqu’à ce qu’il se départe de ses intérêts ou qu’il renonce à son poste de ministre et confie ses intérêts à une fiducie sans droit de regard.

Pierre Fitzgibbon a décidé de quitter son siège du Conseil des ministres sans toutefois confier ses parts dans une fiducie sans droit de regard. Il a voulu se donner le temps de vendre ses parts. Le gouvernement a d’ailleurs voté contre le rapport de la commissaire en Chambre, estimant que ses recommandations sont « contradictoires » dans la mesure où le député n’a pas la possibilité de vendre ses intérêts s’il les met dans une fiducie.

Processus de liquidation

Depuis le début du mandat, Pierre Fitzgibbon a vendu les parts qu’il détenait dans 11 des 13 entreprises dans lesquelles il était investisseur au moment de son arrivée au gouvernement. Il ne l’avait pas fait encore pour ImmerVision et WSC parce qu’aucune offre n’était intéressante à ses yeux. Il essuierait des pertes de plus de 1 million de dollars, expliquait-il en juin.

Les démarches de vente sont plus fructueuses aujourd’hui. Peu de temps après sa démission, M. Fitzgibbon avait d’ailleurs déjà reçu des offres d’achat.

On ne connaît pas le détail des transactions en cours. On sait toutefois que ses parts dans White Star Capital se trouvent dans un fonds qui est en processus de liquidation depuis quelques mois déjà.

En vendant ses intérêts dans les deux entreprises, Pierre Fitzgibbon respecterait le code d’éthique et pourrait réintégrer le Conseil des ministres. François Legault a dit en juin qu’il lui ferait à nouveau une place autour de la table de son cabinet dès que cet enjeu serait réglé.

Eric Girard cumule les fonctions de ministre des Finances et de ministre de l’Économie depuis la démission de son collègue.