Alors qu’il annonçait lundi de nouvelles mesures de soutien aux entreprises, au deuxième jour de la campagne fédérale, Justin Trudeau s’est dit « horrifié par les images de désespoir » en provenance d’Afghanistan, où des milliers de personnes tentent toujours de fuir le pays à l’aéroport de Kaboul dans le chaos le plus total.

Henri Ouellette-Vézina
Henri Ouellette-Vézina La Presse

« On est tous horrifiés par les images de désespoir qu’on a vues depuis hier. Jusqu’à maintenant, on a évacué 34 diplomates canadiens et membres du personnel des Forces armées canadiennes, en plus de deux diplomates internationaux et cinq membres du personnel de l’OTAN, et au moins 807 Afghans pour le Programme spécial d’immigration », a indiqué M. Trudeau lors d’un point de presse tenu à Longueuil.

Même si la présence diplomatique canadienne a été suspendue dimanche avec la fermeture temporaire de l’ambassade, « on continue de travailler avec nos alliés et nos partenaires pour s’assurer d’aider le plus d’Afghans possible », a poursuivi le chef libéral.

« C’est un travail difficile en raison de la situation, mais on va poursuivre nos efforts », a aussi promis Justin Trudeau, en disant « recevoir des mises à jour régulièrement sur la situation, dont [lundi] matin ».

En anglais, il a de nouveau condamné « l’escalade de la violence » qui survient en Afghanistan depuis que les talibans ont repris le pouvoir sur le pays. « On travaille avec nos partenaires internationaux dont les États-Unis, et avec les organisations canadiennes, pour s’assurer d’évacuer le plus de gens qu’on peut, et le plus rapidement possible », a-t-il rappelé au passage, en réitérant son objectif annoncé vendredi d’accueillir un total de 20 000 réfugiés afghans.

Interrogé à savoir si le déclenchement d’une campagne électorale empêchera son gouvernement de gérer la crise en Afghanistan, M. Trudeau a répondu qu’il était « toujours premier ministre ». « Même pendant la campagne, […] on prend la situation en Afghanistan très au sérieux. On va continuer d’accélérer », a-t-il dit, en précisant toutefois que même « les gens sur le terrain ont été très surpris par la vitesse avec laquelle la situation a dégringolé ».

Images saisissantes

À Kaboul, lundi, une marée humaine s’est précipitée vers ce qui demeure la seule porte de sortie de l’Afghanistan, pour tenter d’échapper au nouveau régime que le mouvement islamiste, de retour au pouvoir après 20 ans de guerre, promet de mettre en place.

Des vidéos diffusées sur les réseaux sociaux montraient des scènes de panique totale, comme ces centaines de personnes courant près d’un avion de transport militaire américain qui roule pour aller se mettre en position de décollage, pendant que certaines tentent désespérément de s’accrocher à ses flancs ou à ses roues.

D’autres laissent voir des milliers de personnes attendant sur le tarmac même et des grappes de jeunes hommes, surtout, s’accrochant aux passerelles ou aux escaliers pour tenter de monter dans un avion. À un moment, les forces américaines ont même tiré en l’air pour tenter de contrôler la foule.

Cap sur l’aide aux entreprises

Sur le plan électoral, M. Trudeau a promis qu’un gouvernement libéral réélu prolongerait le soutien d’urgence et instaurerait de nouvelles mesures de secours pour certaines des entreprises les plus touchées par la COVID-19, comme les secteurs du tourisme et des arts et de la culture. Les libéraux promettent ainsi de prolonger le Programme d’embauche pour la relance économique du Canada jusqu’au 31 mars 2022 afin de permettre aux entreprises d’engager plus de travailleurs. Ils fourniront également dans le secteur du tourisme une subvention salariale et une subvention pour le loyer provisoires pouvant couvrir jusqu’à 75 % de leurs frais « afin de les aider à traverser l’hiver ».

Le parti promet aussi de lancer un nouveau programme pour la relance des arts et de la culture, qui doublera le montant des recettes de la vente de billets des arts de la scène et des autres établissements culturels, et de prolonger la couverture d’assurance pour les productions forcées de suspendre leurs activités en raison de la COVID-19.

Au chef du Bloc québécois Yves-François Blanchet, qui lui a reproché de ne pas respecter soigneusement les règles sanitaires après son bain de foule dans Papineau dimanche, M. Trudeau a rétorqué qu’il fallait « évidemment » continuer de suivre les mesures. « C’est pour ça qu’on est restés dans la rue, que j’ai gardé le masque et qu’on a utilisé le serrage de coudes au lieu des mains », s’est-il justifié, en condamnant du même coup le fait que le Bloc « essaie de s’approprier » le bilan des libéraux.

Quant à la vaccination obligatoire, qu’Ottawa compte imposer à tous les fonctionnaires fédéraux, le député de Papineau n’a pas souhaité dire s’il pourrait prendre des mesures disciplinaires contre les récalcitrants. « Notre but n’est pas de punir les non-vaccinés, mais en même temps, on veut protéger la population », a-t-il répondu, sans s’avancer davantage. Il est déjà acquis que des tests de dépistage réguliers pourraient être imposés aux non-vaccinés, toutefois.

Le chef du Nouveau Parti démocratique (NPD), Jagmeet Singh, a toutefois jugé « qu’il est décevant de voir Justin Trudeau refuser de s’engager sur un calendrier sur les vaccinations obligatoires et les passeports vaccinaux ». « S’il était sérieux au sujet de la protection des familles, il fixerait une véritable échéance pour y parvenir. Jusqu’à ce qu’il le fasse, ses promesses sur les mandats de vaccination ne sont que des mots vides de sens. »

M. Singh a d’ailleurs promis lundi que s’il prend le pouvoir, il remboursera aux contribuables les millions de dollars versés en primes aux PDG des entreprises pendant la pandémie. « Justin Trudeau a permis à ses amis privilégiés et aux grandes compagnies de se servir dans la Subvention salariale », a-t-il martelé. « Ils ont abusé du système. On va forcer ces compagnies à rembourser cet argent », a aussi insisté le chef, pendant un arrêt de campagne à Toronto.

Avec l’Agence France-Presse et La Presse Canadienne