Le passage de Claire Samson au parti d’Éric Duhaime ne s’est pas fait sans remous parmi les électeurs de sa circonscription, Iberville. Certains y voient une trahison, mais d’autres admettent ne pas s’en faire : ils ne voteront pas pour Claire Samson aux prochaines élections si la députée se présente à nouveau. La Presse est allée à leur rencontre.

Mayssa Ferah
Mayssa Ferah La Presse

Élue sous la bannière de la Coalition avenir Québec (CAQ), Mme Samson a décidé la semaine dernière de siéger pour le Parti conservateur du Québec (PCQ) à l’Assemblée nationale.

Elle avait au préalable été écartée du caucus de la CAQ après avoir fait un don de 100 $ au PCQ.

Un changement qui passe mal auprès des citoyens d’Iberville, estime France Tremblay.

« C’est un peu spécial. Elle n’aura pas les votes de ceux qui lui ont fait confiance, ça, c’est sûr. Je ne suis pas conservatrice, donc… », résume la résidante du coin.

Les gens de sa région n’appuieront pas le parti de M. Duhaime, élu en avril dernier chef du PCQ, donc elle « ne s’inquiète pas ».

Elle n’est guère surprise de ce changement d’allégeance.

Les politiciens font ça souvent et ça devient de plus en plus fréquent. C’est plus leur intérêt que le nôtre.

France Tremblay

Pour la majorité des Ibervillois rencontrés par La Presse dimanche, ce retournement de situation est accueilli avec un sourire en coin, un air blasé et un haussement d’épaules.

« Aussitôt qu’ils arrivent en politique, les priorités changent. On pense moins aux électeurs. C’est sûr qu’on a le droit de changer d’avis, mais être en politique, ce n’est pas comme gérer une business », insiste Normand Lapierre, en route vers la cantine Chez Réal pour casser la croûte.

Lui et sa conjointe Brigitte Duval connaissaient très peu leur députée provinciale avant la controverse. « À la limite, ça ne change vraiment rien dans notre vie, car on entend parler d’elle seulement maintenant. On ne pense pas voter pour elle aux prochaines élections et beaucoup feront comme nous », admet Mme Duval.

« Claire qui ? », demande Carmelle Lamarre pour la cinquième fois à sa sœur. Louisette Lamarre, elle, sait exactement de qui on parle. « C’est un suicide politique qu’elle a fait. Elle n’aura plus mon vote, certain. Je suis bafouée dans mes valeurs. Je n’ai pas voté pour les idées des conservateurs, j’ai voté pour les idées de la CAQ. »

PHOTO KARENE-ISABELLE JEAN-BAPTISTE, COLLABORATION SPÉCIALE

Carmelle Lamarre et Louisette Lamare

Elle explique à sa sœur Carmelle que Mme Samson appuie désormais le Parti conservateur d’Éric Duhaime. Mme Lamarre, qui habite Iberville depuis des décennies, affiche aussitôt une mine à la fois surprise et désemparée.

« Pas fort. Ça enlève de la crédibilité à quelqu’un de supporter un chef qui remet en question les mesures sanitaires et tient des propos bizarres. Les gens ne seront pas dupes, elle ne passera pas au prochain vote. »

Même son de cloche à la crèmerie du coin.

PHOTO KARENE-ISABELLE JEAN-BAPTISTE, COLLABORATION SPÉCIALE

Marc Baril

Se rallier au Parti conservateur est « une décision vraiment innocente et irresponsable », explique du tac au tac Marc Baril. Cette incursion du parti d’Éric Duhaime dans sa région – et donc à l’Assemblée nationale – est passagère, pense-t-il.

« Les radios poubelles et les propos absurdes, ça ne passera pas ici. Les gens vont la sortir quand ils pourront. »

Une voix à l’Assemblée nationale

Pour la première fois en huit décennies, le Parti conservateur du Québec aura une voix à l’Assemblée nationale. Son actuel chef, Éric Duhaime, aura une tribune au Salon bleu en la personne de Claire Samson, caquiste reconvertie.

Au total, 125 élus composent l’Assemblée nationale. Depuis les dernières élections, en octobre 2018, la Coalition avenir Québec (CAQ) forme le gouvernement du Québec avec 74 députés. L’opposition officielle – le Parti libéral du Québec (PLQ) – compte 28 députés. Québec solidaire et ses 10 députés sont le deuxième groupe d’opposition, suivis du Parti québécois, troisième groupe d’opposition, avec 7 députés.

Rappelons que six députés indépendants siègent à l’Assemblée. Claire Samson est donc la seule députée à prêter allégeance au Parti conservateur du Québec (PCQ).

Aux dernières élections provinciales d’octobre 2018, Claire Samson avait été élue par 47,6 % des électeurs, alors que le candidat conservateur Serge Benoit avait récolté 1,7 % des voix.

Le Parti québécois avait amassé 17,5 % des votes, Québec solidaire, 17,3 %, et 12,3 % des électeurs avaient opté pour le Parti libéral.

Mme Samson avait été élue sous les couleurs de la CAQ en 2014 et en 2018.

La circonscription d’Iberville rassemble les municipalités suivantes : Henryville, Iberville, Mont-Saint-Grégoire, Saint-Alexandre, Saint-Athanase, Sainte-Anne-de-Sabrevois, Sainte-Brigide-d’Iberville, Saint-Grégoire-le-Grand, Saint-Sébastien et Sainte-Angèle-de-Monnoir.

La circonscription compte 61 820 habitants, dont 47 685 électeurs.