(Québec) Six mois après le dépôt du rapport « Rebâtir la confiance », on ne sait toujours pas dans combien de temps les femmes victimes d’agressions pourront compter sur un système de justice plus accueillant pour elles.

Jocelyne Richer La Presse Canadienne

Le gouvernement Legault tarde à agir dans ce dossier et le temps est venu qu’il mette cartes sur table, avec un plan d’action et un échéancier précis, selon la députée solidaire de Sherbrooke, Christine Labrie, qui est porte-parole dans les dossiers de condition féminine.

« Où est le plan de match ? », s’interroge la députée, en entrevue téléphonique, impatiente de connaître les suites qui seront données à ce rapport destiné à redonner confiance envers le système de justice aux femmes victimes d’agressions sexuelles ou de violence conjugale, qui n’osent pas porter plainte, de crainte que l’agresseur s’en sorte indemne.

Il est connu et documenté que, dans la grande majorité des cas, les femmes hésitent à porter plainte à la police quand elles ont été victimes de violences, persuadées que leur agresseur s’en tirera aisément. Elles critiquent aussi le fait de devoir encore et encore raconter leur histoire, forcées de ressasser des souvenirs pénibles et traumatisants. Résultat : un crime a été commis, mais son auteur n’a pas de comptes à rendre devant les tribunaux.

PHOTO YAN DOUBLET, LE SOLEIL

Christine Labrie

Le rapport « Rebâtir la confiance », rendu public à la mi-décembre, a été produit par un groupe d’experts. Il contient 190 recommandations et le gouvernement, par la voix de son ministre de la Justice, Simon Jolin-Barrette, s’est engagé à maintes reprises à donner suite à l’ensemble du rapport. La plus importante recommandation est la création attendue d’un tribunal spécialisé pour ce type de crimes, qui verrait à mieux accompagner les plaignantes à toutes les étapes du processus.

« Ce qu’on n’a pas, c’est la vue d’ensemble. On n’a pas leur échéancier, leur plan de match », déplore la députée, qui estime l’approche gouvernementale trop « opaque » et qui voudrait savoir à quoi s’en tenir « à court, moyen ou long terme », d’autant plus dans le contexte où le mandat du gouvernement prendra fin dans un peu plus d’un an.

« Je pense que pour rebâtir la confiance des victimes envers le système, il faut leur démontrer qu’on est au travail là-dessus et qu’on est en train de les apporter les changements », fait valoir la députée, qui vient d’être nommée leader parlementaire de sa formation politique, succédant à Gabriel Nadeau-Dubois, qui lui deviendra le chef parlementaire de la deuxième opposition à l’Assemblée nationale à la place de Manon Massé.

La députée revendique la création d’un « outil de suivi » pour qu’on sache par exemple combien de recommandations sur les 190 contenues dans le rapport ont été déjà implantées, combien sont en cours d’implantation et combien ont été mises de côté ou reportées à plus tard.

Elle note que le premier ministre François Legault s’est engagé personnellement à appliquer tout le rapport et ses 190 recommandations. « Mais combien de temps il se donne ? Combien de temps cela va prendre ? », s’interroge la députée, qui veut pouvoir mesurer l’évolution du dossier.