(Québec) Censé être une priorité gouvernementale, le développement économique des régions du Québec est orphelin depuis plus d’un mois.

Jocelyne Richer La Presse Canadienne

Jusqu’à tout récemment, depuis l’élection du gouvernement Legault, en 2018, le Québec pouvait compter sur un ministre à temps plein chargé d’assurer le développement des régions. Mais ce n’est plus le cas depuis le 4 mai.

Ce jour-là, l’ex-ministre Marie-Ève Proulx, qui portait le titre de ministre déléguée au Développement économique régional, a dû quitter le conseil des ministres, à la suite d’allégations de harcèlement psychologique provenant de son personnel.

Personne n’a pris la relève depuis, puisqu’à l’heure actuelle aucun ministre du cabinet n’assume officiellement la responsabilité de développer les régions, ni à temps plein ni à temps partiel.

Normalement, quand un ministre quitte ses fonctions, il est remplacé le jour même.

En principe, les dossiers qui étaient pilotés par Mme Proulx, redevenue simple députée, devaient être répartis entre le ministre de l’Économie d’alors, Pierre Fitzgibbon, et sa ministre déléguée, Lucie Lecours.

Mais une demande formulée au cabinet de M. Fitzgibbon sur le partage des tâches entre les deux ministres est restée lettre morte, sous prétexte que c’était trop tôt.

Même son de cloche de la part du cabinet de la ministre Lecours, qui a essentiellement pour mandat de stimuler la croissance des petites et moyennes entreprises (PME), depuis sa nomination en février dernier. « La répartition des dossiers pourra vous être transmise une fois complétée », a indiqué par courriel son attachée de presse, Claudia Loupret, le 2 juin. Vérification faite une semaine plus tard : la situation n’a toujours pas évolué.

Puis, coup de théâtre, le ministre Fitzgibbon a dû démissionner à son tour, la semaine dernière, à la suite d’une série de rapports accablants de la commissaire à l’éthique.

Les dossiers économiques ont alors été transférés par le premier ministre François Legault à Eric Girard, qui devient ministre de l’Économie, mais qui devra trouver le temps de continuer à chausser les souliers du ministre des Finances.

Questionné sur le partage des tâches entre M. Girard et Mme Lecours, le cabinet Girard s’est lui aussi abstenu de fournir une réponse, sauf pour dire qu’il faudrait encore patienter.

Et si on se tourne vers le service des communications du ministère de l’Économie, qui, en principe, gère le développement économique régional, on nous invite à contacter le cabinet du ministre Girard.

Bref, le développement des régions semble à court terme orphelin sur le plan politique.

Pourtant, à maintes reprises, le premier ministre François Legault s’est targué de faire du développement économique des régions une priorité gouvernementale.

Lors du congrès de son parti, en novembre 2020, le premier ministre avait déclaré aux membres de la Coalition avenir Québec (CAQ) que le développement des régions était « dans l’ADN » de la CAQ. Il s’était engagé alors à améliorer le sort des régions avant la fin du mandat.

La CAQ avait d’ailleurs fait de ce congrès un véritable plaidoyer en faveur des régions.

« L’avenir des régions n’a jamais été aussi prometteur », avait prédit le chef de la CAQ, réaffirmant ses promesses de respecter l’échéance de 2022 pour brancher à internet haute vitesse 240 000 foyers, développer l’agriculture en serre à longueur d’année, mieux soutenir les PME, transférer des fonctionnaires en région, réviser le régime d’aménagement forestier, investir dans le transport aérien, le transport collectif et le maintien des actifs de voirie locale, etc.