(Ottawa) Le fait que William Amos se soit exhibé à ses collègues par erreur lors d’une séance parlementaire virtuelle pour la deuxième fois en moins de deux mois est « choquant », « irresponsable », voire même « un outrage au Parlement » selon l’opposition conservatrice.

Catherine Lévesque La Presse Canadienne

La leader parlementaire adjointe du Parti conservateur, Karen Vecchio, s’est levée à la Chambre des communes vendredi après-midi pour invoquer une question de privilège et réclamer ainsi des sanctions contre le député libéral fédéral de Pontiac.

« C’est, de mon avis, en tout respect, un outrage au Parlement », a protesté la députée Vecchio en présentant sa question de privilège. Citant les règlements de l’institution, elle a souligné qu’un outrage qui constitue un « affront à l’autorité et à la dignité de la Chambre » mérite une punition.

Jeudi soir, M. Amos a présenté des excuses sur Twitter parce qu’il avait été aperçu, la veille, en train d’uriner alors qu’il participait virtuellement aux délibérations de la Chambre.

« Je suis profondément embarrassé par ma conduite et par la détresse qu’elle a pu causer à quiconque en a été témoin. Bien que (sic) accidentelle et non visible du public, mon action était tout à fait inappropriée, et je m’excuse sans réserve », a-t-il écrit dans une déclaration publiée aux alentours de 22 h 30.

M. Amos a également annoncé jeudi soir qu’il se retirait temporairement de son rôle de secrétaire parlementaire du ministre de l’Innovation, des Sciences et de l’Industrie, « afin d’obtenir le soutien approprié ». Il n’a pas offert davantage de précisions sur le « soutien » recherché.

Le mois dernier, le député avait été aperçu flambant nu dans des circonstances semblables. Il disait alors qu’il se changeait après son jogging et n’avait pas réalisé que sa caméra était allumée, s’exhibant devant des centaines de ses collègues et le personnel des Communes. Il s’était aussi excusé alors.

Les excuses de M. Amos pour ce nouvel incident n’ont pas suffi à Mme Vecchio.

« Même si la conduite du député n’était pas intentionnelle ou était dépourvue de toute mauvaise intention, nous devons reconnaître qu’elle a mis ses collègues, ainsi que tout le personnel travaillant de l’administration de la Chambre des communes, dans une position inconfortable », a-t-elle dit.

« Il est de notre devoir de nous assurer que la Chambre des communes est, et reste, un lieu de travail sécuritaire et respectueux », a-t-elle poursuivi dans son allocution de vendredi.

Sur ce dernier point, le gouvernement libéral a abondé dans le même sens que les conservateurs.

« Il est important pour nous d’avoir un environnement de travail sécuritaire pour tous et toutes sur la Colline du Parlement et nous prenons ces questions très au sérieux », a offert Charles-Éric Lépine, chef de cabinet du leader parlementaire du gouvernement Pablo Rodriguez, dans une déclaration écrite.

Le mois dernier, la bourde de M. Amos avait été immortalisée dans une photo prise par le député bloquiste Sébastien Lemire, qui s’en est confessé publiquement et qui a offert ses excuses au principal intéressé et à la famille de ce dernier. M. Lemire avait aussi été rabroué par le président de la Chambre.

Mais le mal était fait, puisque la photo, dont La Presse Canadienne avait obtenu copie, entre autres, avait fait le tour du monde et avait été reprise par CNN, la BBC, le New York Times et le Guardian.

Les collègues libéraux de M. Amos s’étaient alors portés à sa défense et avaient argué que le partage de cette photo de lui était potentiellement criminel. Ils avaient exigé que M. Lemire comparaisse devant les membres du Bureau de régie interne (BRI) pour s’expliquer et dire à qui il avait envoyé la photo.

Le BRI devait se réunir de nouveau jeudi ; la rencontre a été annulée à quelques minutes de préavis.

Dans son allocution de vendredi, Mme Vecchio a soutenu que tout ce qui se passe dans la Chambre des communes, que ce soit dans le décor des élus branchés par ordinateur ou dans l’édifice parlementaire, est public. Le président de la Chambre devra statuer s’il y a là bel et bien une question de privilège.

M. Amos n’a pas répondu aux demandes d’entrevues de La Presse Canadienne, vendredi.