(Québec) Les contribuables ont payé les coûts de l’entente à l’amiable conclue entre la députée caquiste Marie-Eve Proulx et son ex-employé qui la poursuivait devant le Tribunal administratif du travail.

Tommy Chouinard
Tommy Chouinard La Presse

Cet ex-employé du bureau de circonscription de Côte-du-Sud a déposé deux plaintes contre Mme Proulx pour harcèlement psychologique et congédiement pour cause de maladie ou d’accident. Elle n’a pas eu à comparaître devant le tribunal, puisqu’une entente est intervenue récemment.

Visée par des allégations de harcèlement psychologique et après de nombreux départs et congédiements à son cabinet, Marie-Eve Proulx a démissionné de son poste de ministre déléguée au Développement économique régionale mardi, à la suite d’une rencontre avec le premier ministre François Legault.

Lors d’une mêlée de presse jeudi, François Legault a confirmé que l’indemnisation versée à l’ex-employé de Mme Proulx et prévue à l’entente, tout comme les frais judiciaires, ont été payés à même les fonds publics.

« Il y a eu un dédommagement donné à un employé, un certain nombre de mois de salaire. C’est une entente confidentielle, je ne peux pas vous dire exactement, mais c’est un certain nombre de mois de salaire comme ça se fait dans toutes les organisations », a-t-il soutenu.

La facture du « coach » embauché pour appuyer Mme Proulx a été essuyée par le ministère de l’Économie. « Ça fait partie des services qu’on offre aux gens qui gèrent du personnel », a indiqué le premier ministre.

Toute cette controverse est selon lui « triste » pour la députée. « C’est dur pour Marie-Eve », a-t-il ajouté. « Mais vous savez, je l’ai vécu dans l’entreprise privée, ce n’est pas facile de gérer un certain nombre d’employés, être exigeant et en même temps garder une bonne ambiance. Ça prend de l’expérience, ça prend une formation. Il y en a qui l’ont plus inné que d’autres, alors qu’il y en a qui ont besoin de coach et ont besoin d’être aidé. »

Il s’est défendu d’avoir une pensée davantage vers sa députée que les victimes. « Marie-Eve est là de bonne foi depuis longtemps, lui annoncer qu’elle perd sa job de ministre, c’est humainement pas facile », a-t-il dit.

Il maintient sa décision de la conserver au sein de son caucus et soutient que les employés de la députée n’ont rien à craindre. « Si demain elle s’en allait députée indépendante, ça ne changerait pas rien, elle aurait du personnel. Alors on va suivre sa gestion du bureau de son comté. On est capable de s’assurer que les employés de son bureau de comté soient bien traités. »

Le Parti québécois demandait depuis quelques jours que le gouvernement révèle qui a payé pour régler les plaintes. « Si ce sont des fonds de l’État et qu’on a caché tout ça, on est clairement dans un scénario d’étouffer l’affaire pour des fins politiques », disait le chef péquiste Paul St-Pierre Plamondon.

Il demande maintenant que la Coalition avenir Québec rembourse les montants payés à même les fonds publics. « La CAQ a pris une décision politique de maintenir en poste pendant près de trois ans quelqu’un qui posait des gestes de harcèlement psychologique à répétition. Cette décision a causé des préjudices graves à plusieurs employés de la CAQ et ce n’est pas aux contribuables à agir en assureurs de la négligence de cette formation politique », a-t-il déclaré par voie de communiqué.

Pour la cheffe libérale Dominique Anglade, « il n’y a aucune raison que [Marie-Eve Proulx] reste dans le caucus de la CAQ. C’est le leadership de François Legault qui doit s’exercer ».

« Là, elle est trop radioactive pour être au Conseil des ministres, mais en même temps, c’est correct qu’elle reste députée. Moi, je ne comprends pas », a affirmé pour sa part le co-porte-parole de Québec solidaire, Gabriel Nadeau-Dubois. Il accuse le premier ministre d’avoir manqué de transparence dans ce dossier et d’avoir tardé à agir alors que les allégations contre sa députée circulent depuis plusieurs mois.