(Québec) Le Parti libéral veut s’attaquer à la protection du français et propose 27 mesures pour « l’avenir de la langue française » au Québec. Les libéraux proposent la mise sur pied d’une équipe spéciale d’intervention au centre-ville et l’offre de cours de français gratuits sur les campus. La formation est en faveur du statu quo quant au nombre d’étudiants francophones dans les collèges anglophones.

Fanny Lévesque Fanny Lévesque
La Presse

« La protection de la langue française […] appelle à une vigilance constante et à une politique linguistique forte et indispensable dont la Charte de la langue française constitue l’une des principales composantes », a fait valoir la cheffe libérale, Dominique Anglade, vendredi. « Pour conserver sa pertinence et lui permettre d’offrir les garde-fous nécessaires, celle-ci doit être renforcée et revue et adaptée afin de faire face aux nouvelles réalités de notre époque », a-t-elle ajouté en conférence de presse.

Les libéraux proposent donc un plan de 27 mesures qui offre « un savant équilibre entre la protection et la promotion » du français. La cheffe Dominique Anglade et la porte-parole libérale en matière de la protection de la langue française, Hélène David, ont présenté vendredi le détail de leurs visées.

Leur plan qui se chiffre à de 375 à 400 millions de dollars – et pourrait aller jusqu’à un demi-milliard, selon les libéraux – ne nécessiterait pas l’utilisation de la clause dérogatoire, a bien fait valoir Mme Anglade. Jeudi, le premier ministre Legault a dit qu’il y a de « bonnes chances » que son gouvernement utilise la disposition de dérogation pour protéger des aspects de sa réforme de la Charte de la langue française, communément appelée loi 101, devant les tribunaux.

Les libéraux ne veulent pas limiter le nombre d’étudiants francophones dans les cégeps anglophones et suggèrent de maintenir leur nombre à celui de 2019-année prépandémique. Le week-end dernier, les membres du Parti québécois ont adopté en Conseil national une proposition des jeunes péquistes pour que la loi 101 s’applique aux cégeps. Un gouvernement péquiste interdirait donc aux étudiants francophones et allophones d’étudier dans un cégep public anglophone.

Le gouvernement Legault a déjà fait valoir qu’il pourrait limiter le nombre d’admissions dans les collèges anglophones dans sa réforme attendue. Le ministre responsable de la Langue française, Simon Jolin-Barrette, a réitéré cette semaine qu’il déposerait son projet de loi sur la réforme de la Loi 101 au cours de « la présente session parlementaire ». À ce sujet, la cheffe Dominique Anglade a souligné que « ça fait maintenant un an [que la CAQ] parle de ce plan et qu’on ne l’a toujours pas vu ».

« Ce qui était important pour nous, c’est vraiment de camper notre réflexion », a-t-elle spécifié. D’ailleurs, la nouvelle leader libérale ne cache pas aller plus loin que son prédécesseur, Philippe Couillard. « Il est clair que sous mon leadership, la question du français va être centrale », a-t-elle dit.

Le Parti libéral propose notamment de remplacer l’Office québécois de la langue française (OQLF) par un nouvel organisme qu’ils nommeraient « Office de protection de la valorisation de la langue française » qui aurait « un rôle plus clair et plus cohérent » et serait dotée d’un conseil d’administration « pour en assurer une gouvernance renouvelée et plus transparente », indique-t-on.

Selon les libéraux, l’OQLF est « devenu une superstructure avec des rôles parfois contradictoires de suivi de la situation linguistique, parfois de veille de l’application de la loi, en plus du traitement des plaintes. »

On suggère par ailleurs la création d’un poste de Commissaire à la langue française, nommé par l’Assemblée nationale, qui aurait le mandat de faire rapport annuellement. « On veut une vision transpartisane de ce qui se passe », a fait valoir Dominique Anglade. Nommer un tel commissaire fait aussi partie des engagements de la Coalition avenir Québec.

« Il faut agir au centre-ville », dit Anglade

Mme Anglade estime qu’il faut « regarder les choses en face » et s’attaquer au déclin du français au centre-ville de Montréal. On propose de créer une équipe dédiée « à la promotion, au soutien et à la francisation des commerces » du secteur de la métropole. Mais, il ne faut pas y voir là une sorte de police du « Bonjour-Hi », assurent la cheffe et Mme David. L’initiative serait développée avec l’aide du nouvel OQLF, la Ville de Montréal et la Chambre de commerce du Montréal métropolitain.

Pour le centre-ville, les libéraux ne veulent pas « d’une mesure à droite et à gauche », mais d’un plan plus global. « Il faut comprendre la source des enjeux. Vous allez dans des magasins, il y a des étudiants qui sont étrangers, qui se trouvent un job, il y a une pénurie de main-d’œuvre… alors il faut aller directement sur les campus. Aller franciser sur nos campus, accompagner nos petites entreprises », illustre Mme Anglade.

De façon plus précise, les libéraux veulent déployer sur tous les campus universitaires de Montréal, des antennes du ministère de l’Immigration, de la Francisation et de l’Intégration et offrir un service gratuit de cours en français, disponible directement sur le lieu d’études.

Ils veulent par ailleurs « mobiliser » les établissements d’enseignement supérieur et encourager les collèges à offrir des cours en français, et pas seulement ceux de français langue seconde. On voudrait que les collèges offrent au moins trois cours en français dans chaque programme de formation.

En milieu de travail, les libéraux réclament que la Charte de la langue française s’applique aux entreprises de compétence fédérale – une position déjà connue. On veut également « accompagner » les entreprises de 25 à 49 employés dans leur francisation avec une « approche allégée et adaptée aux dispositions de la Charte de la langue française ».