(Ottawa) Justin Trudeau s’est lancé dans une charge à fond de train contre Erin O’Toole dans son discours de clôture du congrès libéral, dénonçant la « déconnexion » de son adversaire et sa propension à « flirter avec la désinformation » sur la pandémie.

Mélanie Marquis Mélanie Marquis
La Presse

S’il a consacré une bonne partie de son allocution à parler de la pénible année que viennent de traverser les Canadiens et à vanter la façon dont son gouvernement a été là pour les épauler avec divers programmes, le premier ministre ne s’est pas privé pour autant de l’occasion de laisser tomber les gants.

Sur le thème de la déconnexion, il a souligné que le chef conservateur Erin O’Toole avait avancé qu’il aurait sabré la Prestation canadienne d’urgence (PCU) et qu’il avait taxé les jeunes de paresse alors que leurs emplois d’été disparaissaient en raison des contrecoups de la pandémie.

Il a ensuite voulu placer son rival dans la catégorie des complotistes : « À quel point faut-il être déconnecté pour flirter avec la désinformation sur la santé publique et les vaccins tandis qu’un virus mortel fauche des êtres chers, des amis et des voisins ? »

Et il a rangé les troupes conservatrices dans celle des climatosceptiques. « Pendant leur congrès, ils ont refusé de reconnaître que les changements climatiques sont réels », s’est indigné Justin Trudeau en français, arguant que « plus ça change, plus c’est pareil » sur le plan environnemental.

Pendant son discours d’une vingtaine de minutes, livré manches de chemise roulées, le premier ministre s’en est également pris au Bloc québécois, sans que jamais le nom du chef Yves-François Blanchet sorte de sa bouche.

Dans un argument qui n’a rien de bien nouveau et que l’on risque d’entendre en campagne, il a plaidé que le véritable avantage, pour des Québécois, c’est d’avoir des Québécois au cabinet.

« Pendant que le Bloc fait semblant d’être le seul parti qui peut parler au nom des Québécois, nous, on livre la marchandise pour les Québécois avec de l’aide directe pour les aînés, les entreprises, les familles et les travailleurs », a-t-il martelé.

« Quand vient le temps de livrer pour les Québécois, ça prend des Québécois au gouvernement. Nous, les libéraux, on prend des mesures historiques pour promouvoir et protéger le français pas seulement au Québec, mais partout à travers le Canada », a ajouté Justin Trudeau.

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Sa seule allusion aux néo-démocrates aura été l’emploi de l’adjectif « orange ».

Le premier ministre l’a utilisé quand il a exhorté les militants qui le regardaient sur leur écran d’ordinateur à débaucher des électeurs déçus : « Tendez la main à un voisin qui avait une affiche bleue, orange ou verte sur leur pelouse la dernière fois […] Peut-être se sentent-ils désillusionnés. »

Bref, comme le veut la formule consacrée, il s’agissait d’un discours à saveur électoraliste. Ce qui n’a rien d’étonnant alors qu’un scrutin se profile à l’horizon. Le Parti libéral du Canada (PLC) a d’ailleurs annoncé lors de sa grand-messe la nomination de Mélanie Joly et de Navdeep Bains comme copilotes de la campagne.

Selon le PLC, 4000 personnes étaient inscrites au congrès, qui se déroulait entièrement de façon virtuelle. C’est donc dire que les discussions de couloirs étaient inaccessibles aux journalistes, et les députés, hors de portée également.

Résolutions adoptées

Les militants, eux, ont adopté une série de résolutions, comme il est coutume de le faire en congrès.

En rafale, ils ont dit oui à l’imposition de normes nationales dans les centres de soins de longue durée (97 %), oui au remplacement du chemin de fer national par un réseau de trains à grande vitesse (89 %) et oui à l’instauration d’un revenu universel de base (77 %).

Ils ont aussi donné leur feu vert à une proposition québécoise visant à faire passer de 75 à 70 ans l’admissibilité à la bonification de 10 % de la Sécurité de la vieillesse – le Bloc québécois réclame que l’âge soit abaissé à 65 ans.

En revanche, les militants ont rejeté à 70 % une résolution émanant de l’aile québécoise qui appelait à mettre fin aux subventions aux énergies fossiles et nucléaires – des « contre » ont fait valoir que le nucléaire était crucial pour une transition énergétique verte.

À l’issue de l’exercice, 26 résolutions ont été adoptées et priorisées.

Dans le top 3, on retrouve, dans l’ordre, la mise sur pied d’un régime universel d’assurance médicaments – le Québec a le sien et aurait un droit de retrait avec compensation –, l’implantation d’un revenu universel de base, et l’imposition de normes nationales pour les centres de soins de longue durée.

Celle sur le TGV arrive en 4e position et celle sur les aînés, en 13e.

Ces résolutions ne sont pas contraignantes et ne figureront pas nécessairement dans la plateforme électorale.