(Ottawa ) Le chef du Parti conservateur, Erin O’Toole, est catégorique : il n’est aucunement dans l’intérêt des Canadiens de tenir des élections fédérales tant que la pandémie ne sera pas terminée et qu’une majorité de la population ne sera pas vaccinée.

Joël-Denis Bellavance Joël-Denis Bellavance
La Presse

Mais les récents propos du premier ministre Justin Trudeau démontrent selon lui qu’il tentera de provoquer des élections au printemps. M. O’Toole profitera du congrès national de son parti, qui se met en branle jeudi et qui rassemblera d’une manière virtuelle 5500 participants, pour préparer ses troupes à un possible scrutin printanier.

Évaluant à 75 % les chances qu’un tel scénario se concrétise, M. O’Toole se réjouit que les membres accordent leur priorité aux questions économiques durant ce congrès de trois jours et que les enjeux sociaux comme l’avortement aient été mis de côté.

Car, selon lui, la question de l’urne sera d’une grande simplicité après une pandémie de plus de 12 mois et une crise économique qui accule de nombreuses petites et moyennes entreprises au bord de la faillite : quel parti politique est mieux à même de relancer l’économie dans toutes les régions et dans tous les secteurs ?

Dans une entrevue accordée à La Presse mercredi, à la veille du congrès, Erin O’Toole a indiqué qu’il dévoilerait en avril ou en mai certains éléments du plan de relance économique qu’il compte proposer aux Canadiens durant la prochaine campagne électorale. Il évoquera certaines de ses priorités dans son discours devant ses troupes, prévu vendredi.

« Après notre congrès, on va peaufiner nos politiques pour notre campagne. Ça sera important. On a beaucoup d’idées venant de nos membres, de nos députés et de nos bénévoles. Mais on va annoncer quelques éléments avant les élections. J’espère qu’on va avoir le temps de préparer cela avant les élections. Mais ça dépend. C’est entre les mains de M. Trudeau », a affirmé M. O’Toole.

Un sondage mené par la firme Angus Reid publié mercredi révèle que le chef conservateur est au diapason d’une majorité de Canadiens. En effet, 63 % des répondants à ce sondage s’opposent à la tenue d’élections d’ici à la fin d’août. Par contre, 67 % des Canadiens se disent favorables à un scrutin entre septembre et décembre, une fois que la majorité de la population canadienne aura été vaccinée. Le chef du Nouveau Parti démocratique, Jagmeet Singh, et le chef du Bloc québécois, Yves-François Blanchet, s’opposent aussi des élections hâtives.

« Selon moi, c’est inapproprié d’avoir une élection en pleine pandémie. On a vu la situation à Terre-Neuve. C’était un désastre », a insisté M. O’Toole, en rappelant que le directeur général des élections dans cette province a été contraint d’annuler le vote en personne à la dernière minute et d’organiser le vote par correspondance en raison d’une flambée de cas. Les résultats de ce scrutin, qui devait se tenir le 13 février, ne seront pas connus avant le 26 mars.

« On a besoin de vaccins, on a besoin d’une relance économique avant une élection. Mais je crois qu’après le budget, le gouvernement va préparer le terrain pour la tenue d’une élection. Je vais être prêt, même si je pense que ce n’est pas le moment. On doit se concentrer sur la santé, l’économie, le bien-être des Canadiens, pas le bien-être du Parti libéral », a offert M. O’Toole.

Il s’agira du premier congrès des conservateurs depuis que M. O’Toole a damé le pion à l’ancien ministre de la Justice Peter MacKay dans la course à la direction, en août. M. MacKay, qui ne sera pas candidat aux prochaines élections, brillera par son absence au congrès.

Au cours des dernières semaines, des médias ont fait état d’une grogne au sujet de la performance de M. O’Toole, alimentée notamment par le traitement réservé à un autre rival de la course, le député ontarien Derek Sloan. Ce dernier, qui est pro-vie, a été exclu du caucus conservateur après qu’il eut révélé qu’il avait accepté un don de 131 $ d’un suprémaciste blanc connu durant la course à la direction.

Son expulsion du caucus conservateur a irrité les militants du parti qui tentent de relancer le débat sur l’avortement.

« Je suis pro-choix et je suis fier de nos membres parce qu’il y a 34 politiques pour le congrès et beaucoup de politiques sur la fiscalité, l’économie, les emplois, la santé, la criminalité. Mais zéro sur l’avortement ou d’autres enjeux sociaux controversés. Et c’est nécessaire parce que l’on doit moderniser notre mouvement pour attirer plus de Québécois et de Québécoises dans la prochaine élection », a-t-il affirmé.