S’il fait mine d’entretenir le suspense quant à un retour en politique municipale, l’ancien maire de Montréal Denis Coderre prépare néanmoins déjà son alignement pour les prochaines élections en novembre, a appris La Presse.

Philippe Teisceira-Lessard Philippe Teisceira-Lessard
La Presse

Henri Ouellette-Vézina Henri Ouellette-Vézina
La Presse

La patronne de la Chambre de commerce de l’est de Montréal, Christine Fréchette, est pressentie pour être sur les rangs, tout comme le boxeur et organisateur communautaire Ali Nestor, a appris La Presse auprès de sources qui n’avaient pas été autorisées à relater leurs discussions récentes avec l’ex-maire. Les deux candidats se présenteront dans des arrondissements que l’entourage de l’ex-maire considère comme essentiels pour son retour à l’hôtel de ville. Mme Fréchette viserait la mairie de Rivière-des-Prairies–Pointe-aux-Trembles (RDP-PAT), alors qu’Ali Nestor tenterait sa chance pour un poste de conseiller dans Villeray–Saint-Michel–Parc-Extension (VSMPE). M. Nestor est un ami personnel de Denis Coderre.

Deux sources qui ont récemment discuté avec Denis Coderre ont expliqué à La Presse que Christine Fréchette serait même sur la « liste courte » des alliées que l’homme de 57 ans pourrait nommer à la tête de son éventuel comité exécutif, soit la deuxième position en importance à l’hôtel de ville. Dans les derniers mois, la principale intéressée a été un soutien très vocal du projet du REM de l’Est.

PHOTO DAVID BOILY, ARCHIVES LA PRESSE

Ali Nestor

Mme Fréchette n’a pas souhaité réagir. En entrevue, Ali Nestor a pour sa part affirmé qu’il pourrait se lancer « si la population de [son] arrondissement [lui] demande d’y aller ». « La population elle-même réclame le retour [de Denis Coderre] », a-t-il dit.

« C’est un amoureux de la ville. Il a toujours eu à cœur Montréal. […] On le mettait gagnant dans des sondages alors qu’on était loin de l’élection », soutient Ali Nestor, qui entend malgré tout continuer à « prendre soin » de son organisme, Ali et les princes de la rue.

RDP-PAT est sous le giron de Projet Montréal depuis le départ de Chantal Rouleau au gouvernement provincial, en 2018. Caroline Bourgeois en est la mairesse depuis l’élection partielle de décembre 2018. Dans VSMPE, Giuliana Fumagalli a été élue avec 54 % des votes en 2017, mais siège comme indépendante après avoir été exclue du caucus de Projet Montréal. En 2013, les deux arrondissements avaient choisi le candidat de la bannière Denis Coderre. Ce dernier n’a pas rappelé La Presse, mercredi.

Table rase… ou presque

En plus de ces deux probables candidatures, Denis Coderre aura de l’espace pour bâtir une nouvelle équipe de candidats qui pourraient contribuer à rompre avec le passé. La vaste majorité des têtes d’affiche qui ont gouverné Montréal à ses côtés entre 2013 et 2017 ne souhaitent pas revenir en politique municipale.

Harout Chitilian, ex-président du conseil municipal, occupe un emploi chez CDPQ Infra et a confirmé qu’il ne descendrait pas dans l’arène politique à nouveau. Même son de cloche pour Manon Gauthier, ex-élue responsable de la culture, maintenant à la Fondation Riopelle. Anie Samson, qui veillait sur la sécurité publique et sur l’arrondissement de Villeray–Saint-Michel–Parc-Extension, passera aussi son tour. Réal Ménard, responsable des grands parcs et du développement durable et maire de Mercier–Hochelaga-Maisonneuve pendant le règne Coderre, n’a pas répondu à nos questions.

Parmi ceux qui ont survécu à la vague Projet Montréal, on réfléchit à son avenir. Le maire de l’arrondissement de Verdun, Jean-François Parenteau, élu sous la bannière d’Équipe Denis Coderre avant de rejoindre le comité exécutif de Valérie Plante, a indiqué qu’il n’avait pas encore pris sa décision quant à la possibilité de solliciter un troisième mandat. Les maires d’arrondissement Jim Beis (Pierrefonds-Roxboro) et Alan DeSousa (Saint-Laurent) n’ont pas voulu commenter.

Le chef de l’opposition Lionel Perez, qui ne compte pas se représenter à la tête d’Ensemble Montréal, veut aussi prendre du galon sur le plan local. Il sonde actuellement le terrain pour se présenter à la mairie d’arrondissement de Côte-des-Neiges–Notre-Dame-de-Grâce.

PHOTO MARTIN TREMBLAY, ARCHIVES LA PRESSE

Lionel Perez, chef de l’opposition à l’hôtel de ville

J’ai déjà dit publiquement que je réfléchissais à me porter candidat à la mairie de Côte-des-Neiges–Notre-Dame-de-Grâce à cause du manque de direction, de la mauvaise gestion de l’arrondissement par la mairesse Montgomery et de sa guerre interne avec Projet Montréal. Les citoyens en paient présentement le prix et méritent mieux. Ma réflexion se poursuit.

Lionel Perez, chef de l’opposition à l’hôtel de ville, mercredi soir

Dans l’entourage de M. Coderre, on souligne que ce dernier est à la recherche de femmes pour se présenter à ses côtés et aurait pris conscience qu’il projetait l’image d’un maire qui prend toute la place pendant son premier mandat à l’hôtel de ville. Il parierait aussi sur une stratégie électorale plus forte qu’en 2017, où la vague d’insatisfaction liée à la Formule E avait pris le dessus sur ses propositions pour la Ville de Montréal.

Il devrait d’ailleurs exposer celles-ci dans un livre-programme à paraître à court terme, mais dont les détails sont gardés comme un secret d’État. Des contacts ont été faits par Denis Coderre et ses alliés avec les partis locaux qui règnent sur LaSalle et Anjou afin de tenter de conclure des alliances. Les discussions sont toujours en cours.

L’ex-footballeur professionnel Balarama Holness sera aussi attentif. S’il songe toujours à fonder son propre parti, celui qui est connu pour avoir forcé la tenue d’une consultation publique sur le racisme systémique n’exclut pas d’appuyer Denis Coderre. « C’est moins la personne qui comptera pour moi que la plateforme politique. J’aimerais d’abord entendre M. Coderre sur la relance qui viendra après la pandémie. Ça me guidera à appuyer ou non sa candidature », a commenté l’homme de 37 ans.

Un « vide politique »

Experte en gestion municipale à l’Université du Québec à Montréal (UQAM), Danielle Pilette ne se dit « pas du tout surprise » par le fait que le clan Coderre prépare son jeu. « Ils doivent sentir qu’il y a un vide politique actuellement par rapport à certains enjeux, dont la relance du centre-ville », avance-t-elle.

L’entrée en scène de Denis Coderre pourrait tout changer. Il y a ce vacuum par rapport à la relance du centre-ville. M. Coderre voudra livrer au gouvernement ce qu’il veut entendre.

Danielle Pilette, experte en gestion municipale à l’UQAM

Elle ajoute que Denis Coderre est probablement aussi « conscient » que dans Côte-des-Neiges–Notre-Dame-de-Grâce, la mairesse Sue Montgomery, aussi exclue du caucus de Projet Montréal, « pourrait très bien former son propre parti concurrent ». Cette situation « pourrait aussi se reproduire ailleurs, notamment dans Villeray–Saint-Michel–Parc-Extension avec la mairesse Giuliana Fumagalli », précise l’experte.

« La base de Denis Coderre a toujours été dans les arrondissements plus périphériques, mais là, il comprend sûrement que le pouvoir de Projet Montréal risque de s’amenuiser dans les arrondissements centraux. Ça amène de l’eau à son moulin », résume-t-elle.

Dans ce contexte, Valérie Plante devra « travailler très fort » pour conserver le pouvoir, croit la spécialiste. « Elle devra rendre ses idées plus crédibles et assurer une mobilisation très grande au sein de son parti », ajoute-t-elle. « Le dossier du Réseau express métropolitain (REM) est aussi majeur. Denis Coderre pourrait, là encore, dire ce que le milieu des affaires va préférer entendre », conclut Mme Pilette.