Le gouvernement Trudeau promet de s’attaquer aux « pépins » qui ont plombé les premiers jours du programme de quarantaine obligatoire à l’hôtel, en commençant par augmenter la capacité du centre d’appels de réservations, que plusieurs n’arrivent pas à rejoindre.

Henri Ouellette-Vézina Henri Ouellette-Vézina
La Presse

Mélanie Marquis Mélanie Marquis
La Presse

Talonné par les conservateurs et les bloquistes pendant la période des questions en Chambre, mercredi, le premier ministre Justin Trudeau a convenu qu’il y avait eu des ratés dans la mise en œuvre de ce plan qu’il mijotait pourtant depuis environ un mois.

« Je comprends qu’il y a des mesures additionnelles et que c’est compliqué pour certaines personnes qui rentrent, et nous travaillons à faciliter la tâche pour réserver des hôtels […] Oui, il y a eu des défis dans les premières journées, mais nous avons la capacité de régler ces défis-là », a-t-il affirmé. « Nous sommes en train de régler les pépins dans [l’implantation] du système », a ajouté Justin Trudeau.

Le gouvernement fédéral a confié à American Express Global Business Travel, une compagnie qui était déjà sous contrat et dont la responsabilité était de réserver les voyages des fonctionnaires, le soin de gérer la ligne où les voyageurs aériens doivent réserver leur séjour à l’hôtel avant de rentrer au Canada.

Or, le centre d’appels est inondé. C’est la raison pour laquelle sa capacité de traitement sera doublée afin de pouvoir prendre entre 6000 à 7000 appels par jour, au lieu des 2000 à 3000 qu’il est en mesure de traiter, a-t-on signalé mercredi au bureau de la ministre de la Santé, Patty Hajdu.

Et il n’est « absolument pas exclu » qu’une plateforme web soit mise sur pied, a-t-on ajouté – a priori, le plan était de créer un site internet afin que les voyageurs puissent réserver leurs nuitées. On n’a pas été en mesure, à Ottawa, d’expliquer pourquoi cette avenue, généralement plus simple, n’a pas été empruntée.

Les oppositions dénoncent un cafouillage

Les partis d’opposition ont dénoncé mercredi le « cafouillage total » entourant la quarantaine imposée depuis lundi par Ottawa, alors que La Presse révélait plus tôt mercredi qu’un homme a été accusé d’avoir agressé sexuellement une femme pendant qu’ils se trouvaient dans un hôtel de l’aéroport Montréal-Trudeau.

« Cette histoire est bouleversante. Nous sommes de tout cœur avec la victime. Encore une fois, ce sont les libéraux qui n’ont pas su déployer assez de ressources pour assurer la sécurité des voyageurs qui doivent faire leur quarantaine dans les hôtels après leur retour au pays », a dénoncé le chef adjoint du Nouveau parti démocratique (NPD), Alexandre Boulerice.

Le 17 février, Sarah (prénom fictif) était sortie de sa chambre de l’hôtel Sheraton, où elle complétait une quarantaine à la demande des autorités, en quête d’une bouteille d’eau. Elle est alors tombée sur son voisin d’en face, Robert Shakory, qui l’aurait agressée sexuellement. L’homme de 29 ans, originaire de Windsor, en Ontario, a été arrêté par le SPVM puis formellement accusé d’agression sexuelle, d’entrée par infraction et de harcèlement. Il a été libéré sous caution et sera de retour en cour le 3 mai.

Chambres chères, manquements aux mesures sanitaires, aucun remboursement : de manière générale, les Canadiens qui reviennent au pays vivent aussi difficilement leur quarantaine obligatoire à l’hôtel, a aussi rapporté La Presse mercredi.

Selon le député de Rosemont – La-Petite-Patrie, « on ne serait pas témoin d’histoires d’horreur de ce genre » si les autorités n’avaient pas « autant tardé avant de mettre en place de nouvelles mesures ». « Encore une fois, c’est la preuve de l’incompétence et de l’improvisation du gouvernement. La pensée magique de Trudeau a ses limites », dit M. Boulerice.

Au Bloc québécois, la critique en matière de sécurité publique, Kristina Michaud, seconde. « C’est assez troublant de voir ça. C’est un non-sens quand on pense que le gouvernement met ces gens-là dans des hôtels pour assurer leur sécurité. On se rend compte que ce n’est pas du tout assuré », martèle-t-elle.

On verra où les accusations vont mener, mais ça démontre qu’à plusieurs niveaux, la sécurité est un cafouillage total dans ces hôtels.

Kristina Michaud, du Bloc québécois

Mme Michaud affirme qu’Ottawa a pourtant eu « suffisamment de temps » pour planifier et mettre en place ces mesures. « Il y a un problème de communication avec les hôteliers. J’ai l’impression qu’on pellette ça dans leur cour sans trop donner d’information. Il faut plus d’effectifs, plus de moyens », réclame-t-elle.

À la lumière des reportages publiés, chez les conservateurs, on réclame l’interruption du programme. « Nous demandons aux libéraux de suspendre l’obligation de quarantaine dans les hôtels jusqu’à ce qu’ils aient mis en place des mesures pour assurer la sécurité des Canadiens [...] », a déclaré la formation par voie de communiqué, mercredi soir.

La vice-première ministre, Chrystia Freeland, s’est dite « profondément troublée par ces rapports faisant état de violence et d’agression sexuelle », en tant que femme et en tant que mère. « Personne ne devrait craindre pour leur sécurité », a-t-elle dit, avant d’ajouter : « Notre gouvernement et nos autorités de santé publique ont été très clairs. Il n’est pas le temps de voyager. » Un porte-parole de la ministre Hajdu, de son côté, a assuré mercredi qu’il ne s’agissait « absolument pas d’une politique du gouvernement ».

Avec Léa Carrier, La Presse