(Québec) Le refus d’Ottawa de bannir les armes de poing au pays tout en remettant ce pouvoir aux municipalités est « ridicule » et représente un compromis « pour apaiser l’Ouest », a accusé vendredi le maire de Québec.

Gabriel Béland Gabriel Béland
La Presse

Les maires de Montréal, Québec et Gatineau ont profité d’une conférence de presse conjointe sur le logement social pour critiquer de nouveau le projet de loi C-21 du gouvernement fédéral.

Ce projet de loi déposé mardi à Ottawa donne la possibilité aux municipalités d’interdire les armes de poing sur leur territoire. Il a été unanimement critiqué au Québec, tant dans le monde municipal qu’à l’Assemblée nationale.

« Dans nos grandes villes, on voit bien la montée de la violence », a remarqué la mairesse de Montréal, Valérie Plante.

« Je suis contre l’idée de créer différentes classes de citoyens, avec des villes qui auraient la capacité de légiférer et où on se sentirait en sécurité et d’autres villes qui n’auraient pas cette possibilité parce qu’elles sont plus petites ou n’ont pas de corps de police », a-t-elle lancé.

Le maire de Québec estime que ce projet de loi va mener à des incohérences. La capitale pourrait choisir de bannir les pistolets, mais Stoneham, Lac-Beauport ou Lévis pourraient par exemple décider de ne pas le faire.

« C’est ridicule de penser de même. Je comprends qu’on veut apaiser l’Ouest avec cette suggestion-là, mais on sait que c’est totalement inapplicable. Ça prend des frontières », a lancé le maire Régis Labeaume.

Selon lui, les pistolets pourront continuer de circuler librement dans les villes sans des politiques musclées du fédéral d’un océan à l’autre.

« Je ne connais personne qui va à la chasse avec une arme de poing. À la limite, les gens peuvent chasser avec une arme semi-automatique, mais je ne pense pas qu’ils y aillent avec une arme automatique », a ajouté le maire Labeaume.

L’Assemblée nationale a adopté mercredi une motion unanime pour désavouer le projet de loi C-21 et les pouvoirs qu’il entend donner aux municipalités.

« Que l’Assemblée nationale demande au gouvernement fédéral la délégation de ce pouvoir au Québec et demande à ce dernier d’évaluer toutes les mesures nécessaires à un meilleur contrôle des armes de poing sur le territoire du Québec, y compris leur possible interdiction », indique la motion.

À l’autre bout du pays, les réactions sont différentes. L’Alberta a critiqué le projet de loi, mais pour des raisons inverses. Le ministre de la Justice de cette province de l’Ouest, Kaycee Madu, a indiqué dans un communiqué qu’il allait s’opposer à ce pouvoir donné aux municipalités au détriment des propriétaires d’armes à feu.

« Des centaines de milliers de Canadiens ont acheté ces armes légalement et les ont utilisées légalement et de façon sécuritaire pendant plusieurs années. Ces citoyens ne devraient pas être traités en criminels », estime M. Madu.