(Ottawa) Les députés de la Chambre des communes et de l’Assemblée nationale veulent que Mamadi Fara Camara obtienne sa résidence permanente au Canada. Des motions en ce sens ont été adoptées unanimement sur les deux collines mardi, suscitant l’espoir dans le clan du principal intéressé, qui demeure toutefois prudent.

Mélanie Marquis Mélanie Marquis
La Presse

Henri Ouellette-Vézina Henri Ouellette-Vézina
La Presse

Hugo Pilon-Larose Hugo Pilon-Larose
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À Ottawa, le Bloc québécois a demandé « que cette Chambre demande au ministre de l’Immigration, des Réfugiés et de la Citoyenneté d’octroyer, dans les plus brefs délais, la résidence permanente à Mamadi Fadi Camara, selon l’article 25.1(1) de la loi sur l’immigration et de la protection des réfugiés ».

Les motions adoptées à la Chambre des communes ne sont pas contraignantes. Mais au bureau du ministre de l’Immigration, Marco Mendicino, on a signalé que le dossier de l’étudiant guinéen accusé à tort d’avoir tenté de tuer un policier en le désarmant était à l’étude.

« Les candidats peuvent [mentionner] des circonstances atténuantes dans le cadre du processus de résidence permanente, et ces facteurs sont sérieusement pris en compte […] Nous allons travailler avec M. Camara et sa famille [dans] le processus d’immigration », a affirmé son attaché de presse, Alex Cohen, dans un courriel envoyé en soirée.

La motion adoptée par les élus fédéraux s’ajoutait à celle adoptée peu auparavant par les élus québécois.

Celle déposée à l’Assemblée nationale par la députée indépendante Catherine Fournier exhorte notamment Ottawa à « accorder sans délai la résidence permanente à M. Camara et qu’elle demande à la ministre de l’Immigration [Nadine Girault] de lui octroyer le certificat de sélection du Québec en découlant ».

Son libellé évoque également « l’injustice » dont il a été victime, que son statut d’immigration « exige qu’il étudie à temps plein », et que « l’ampleur de la détresse psychologique » qu’il a vécue « a été occasionnée par l’injustice dont il a été victime et l’empêche de poursuivre ses études à moyen terme ».

Mardi, le premier ministre François Legault a indiqué qu’il avait demandé à la ministre de l’Immigration, Nadine Girault, de s’assurer qu’un certificat de sélection du Québec (CSQ) soit émis rapidement à M. Camara, s’il obtient sa résidence permanente du fédéral. « Je pense que ça peut venir un peu atténuer le préjudice qu’il a subi malheureusement », a dit le chef de la CAQ, en se disant « touché » par cette affaire.

Plus tôt dans la journée, la cheffe du Parti libéral du Québec, Dominique Anglade, avait affirmé que le statut de M. Camara devait être régularisé pour des raisons « humanitaires », alors que celui-ci ne sait pas quand il pourra reprendre ses études, ayant été affecté par les évènements.

Tout le Québec a été témoin de comment cet homme a été traité. Ça m’apparaît comme étant la moindre des choses, considérant le statut précaire qu’a cette personne-là.

Manon Massé, co-porte-parole de Québec solidaire

« Ça me semble assez évident qu’il doit y avoir réparation. On ne peut pas être dans un contexte où les conséquences de l’arrestation causeraient préjudice à M. Camara dans sa démarche au Québec, notamment par rapport à ses études », a également affirmé le chef du Parti québécois Paul St-Pierre Plamondon.

Le clan Camara heureux, mais prudent

Joint par La Presse, l’avocat en immigration de Mamadi Fara Camara, MGuillaume Cliche-Rivard, a accueilli la nouvelle avec enthousiasme mardi, en demeurant toutefois sur ses gardes. Aucune communication n’a pour l’instant été faite officiellement avec les autorités fédérales.

C’est sûr qu’on est très heureux, mais la motion n’est pas encore une décision exécutive. On attend que le ministre de l’Immigration [Marco Mendicino] nous contacte pour régler les détails au niveau légal. Pour le moment, on parle encore d’intentions, de beaux gestes.

MGuillaume Cliche-Rivard, avocat en immigration

Guillaume Cliche-Rivard convient tout de même que les astres semblent s’enligner pour que son client obtienne sa résidence permanente. « Rendu ici, je vois mal comment le ministre pourrait aller contre son propre parti. M. Camara n’en revient pas lui-même que les deux paliers de gouvernement soient derrière lui. On est vraiment très reconnaissants », illustre l’avocat.

Ce dernier rappelle que le statut temporaire d’étudiant étranger de Mamadi Fara Camara expire le 15 mai prochain. « Ça vient avec le privilège de travailler à temps partiel, mais tout ça tombe s’il n’étudie pas à temps plein. Avec la détresse immense qu’il subit, retourner sur les bancs d’école n’est pas possible. Et actuellement s’il ne le fait pas, il risque de tomber dans la précarité », s’inquiète le spécialiste des dossiers d’immigration, qui est président de sa propre firme d’avocats.

« Monsieur va finir ses études, il va travailler, il va être ingénieur, mais là, il a besoin d’un break. Il a besoin de respirer et de savoir que dans trois mois, il ne sera pas sans recours pour se concentrer sur sa guérison », conclut le juriste, en parlant de son client, dont la conjointe est actuellement enceinte de jumeaux.

Chargé de laboratoire à Polytechnique, Mamadi Fara Camara a été blanchi des accusations qui pesaient contre lui après avoir passé six nuits sous les verrous. Il a aussi reçu, et accepté, les excuses du Service de police de la Ville de Montréal (SPVM), il y a quelques jours déjà. Dans la foulée, les avocats du jeune homme âgé de 31 ans, qui est arrivé au Québec il y a quatre ans, ont écrit au ministre fédéral de l’Immigration, des Réfugiés et de la Citoyenneté, Marco Mendicino, pour l’enjoindre à utiliser son pouvoir discrétionnaire afin de régulariser son statut, un privilège dont il dispose en vertu de la loi.

Le premier ministre canadien Justin Trudeau, lui, avait plus tôt qualifié la bavure policière survenue dans la circonscription fédérale qu’il représente, celle de Papineau, de « troublante » lors d’une conférence de presse, il y a un peu plus d’une semaine. « Plusieurs questions se posent, notamment aux différentes autorités impliquées dans cette affaire. Il faut faire toute la lumière sur ce qui s’est passé, a-t-il dit. Mes pensées accompagnent M. Camara ainsi que le policier blessé. »

Au Québec, le gouvernement Legault a refusé la semaine dernière de déclencher une enquête publique pour comprendre ce qui a mené à l’arrestation à tort de M. Camara. Le juge Louis Dionne, qui mènera l’investigation à huis clos, aura toute l’indépendance et l’impartialité requises, a promis la ministre de la Sécurité publique, Geneviève Guilbault. Elle a ajouté qu’« à la fin de ce processus, le rapport pourra être rendu public, en tout ou en partie, dans la mesure où il sera possible de le faire sans nuire à une enquête policière ou à d’éventuelles poursuites judiciaires ».