(Québec) Accusé de négliger sa promesse électorale de brancher toutes les régions à l’internet haute vitesse, François Legault prend le dossier en main et appuie sur l’accélérateur. Le gouvernement vise maintenant à brancher 15 000 foyers par mois. Il fera un premier pas vendredi en annonçant que la Basse-Côte-Nord sera entièrement reliée à un réseau internet haut débit.

Fanny Lévesque Fanny Lévesque
La Presse

La Coalition avenir Québec s’était engagée en campagne électorale à brancher 340 000 foyers québécois à un réseau internet haute vitesse d’ici la fin de son mandat, à l’automne 2022. Un projet « ambitieux » pour lequel le gouvernement Legault avait réservé 400 millions en 2018.

« C’est certain que ça va dépasser cette somme en termes d’investissements », a indiqué à La Presse l’adjoint parlementaire du premier ministre, Gilles Bélanger. Il explique que ces prévisions avaient été estimées en tenant compte de programmes d’aide du gouvernement fédéral et du CRTC destinés au branchement à l’internet.

« Mais ça ne débloque pas, alors on rapatrie [les projets] », a-t-il illustré. Ottawa se propose de connecter tous les Canadiens à l’internet haute vitesse d’ici 2030. Québec veut aller beaucoup plus vite. « Je veux annoncer une cadence de 15 000 branchements par mois à partir d’avril, mai », a ajouté M. Bélanger.

Québec doit encore connecter 250 000 foyers à l’internet haute vitesse pour respecter ses engagements.

« C’est sûr que c’est ambitieux, mais le premier ministre est ambitieux […] et il a la réputation de tenir ses promesses, alors on va le réaliser », dit-il.

Il faut dire qu’à 18 mois du scrutin provincial, François Legault a pris les choses en main en décembre, en retirant au ministre de l’Économie, Pierre Fitzgibbon, le dossier de l’internet haute vitesse pour le confier au ministère du Conseil exécutif (MCE), qui relève directement du premier ministre. Il s’agit d’un geste peu commun en cours de mandat.

L’automne dernier, l’opposition a critiqué la lenteur de la progression du dossier, soulevant des doutes sur l’échéancier. La ministre déléguée au Développement économique régional, Marie-Ève Proulx, a eu maille à partir avec le Parti québécois au Salon bleu après avoir affirmé qu’« idéalement », tout le monde serait branché en 2022.

Le premier ministre s’était ensuite levé pour répondre à la question suivante, ce qui est peu habituel, pour réaffirmer que tous les Québécois seraient branchés à l’internet haute vitesse « comme promis » lors de la campagne électorale de 2018.

Le Conseil des ministres a aussi nommé en décembre l’ancien président de la CAQ, Stéphane Le Bouyonnec, secrétaire général associé au MCE pour mener le dossier. Un Secrétariat à l’internet haute vitesse et aux projets spéciaux de connectivité a été créé. Une dizaine de fonctionnaires du ministère de l’Économie ont été mutés au MCE.

La Basse-Côte-Nord branchée

Il ne faut pas voir dans ces changements récents une insatisfaction du premier ministre quant à l’avancement des projets, mais plutôt une reconnaissance de « la nature transversale du mandat » qui implique plusieurs ministères, a fait valoir en entrevue le ministre de l’Énergie et des Ressources naturelles, Jonatan Julien.

Le projet qu’il annonce vendredi en est l’exemple, dit-il. Quelque 2000 foyers de 14 collectivités de la Basse-Côte-Nord – une région située à 1300 km de Montréal – sont maintenant branchés à l’internet haute vitesse et ont accès à la téléphonie mobile. Québec a investi 11 millions pour ce vaste projet de 23,9 millions.

Les communautés autochtones de Pakuashipi (Saint-Augustin) et Unamen Shipu (La Romaine) sont maintenant connectées.

PHOTO ROBERT SKINNER, ARCHIVES LA PRESSE

La communauté innue de Pakuashipi a fait partie de la première partie du projet de branchement, achevé l’an dernier. La Presse avait alors assisté aux célébrations sur la Basse-Côte-Nord.

Ottawa a versé 9,3 millions et Telus, qui a mené le projet, a déboursé 3,6 millions. « Brancher les communautés les plus isolées, c’est vraiment les connecter au reste de la population. Sans l’apport financier du gouvernement, ce sont des projets difficiles à réaliser et sans l’entreprise privée, [ça n’a pas de] sens », explique M. Julien.

« C’est ce bon mixte qu’on doit trouver pour tous les projets de branchement », a ajouté le ministre responsable du Plan Nord. Le raccordement de la Basse-Côte-Nord est d’ailleurs le premier projet complété du Plan d’action nordique 2020-2023 présenté en décembre par le gouvernement Legault.

À l’échelle de la province, Québec collabore avec les acteurs de l’industrie des télécommunications pour faire cheminer les projets de branchement.

Il y a une semaine à peine, François Legault passait « un petit message à Bell » pour qu’il donne accès à ses poteaux « rapidement » pour faciliter le déploiement de projets.

Le ministre de l’Économie, Pierre Fitzgibbon, a créé à l’automne une table de coordination réunissant entre autres Bell Canada, Telus et Hydro-Québec. M. Legault s’est aussi entretenu avec le grand patron de Bell, Mirko Bibic. « Je vois une avancée depuis septembre, ce n’est pas parfait, mais c’est une avancée », relate M. Bélanger.

L’adjoint parlementaire explique que sur les 250 000 foyers à brancher, quelque 120 000 ne font pas encore l’objet d’un contrat de déploiement pour 2022. « Attendez quelques semaines », a-t-il souligné laissant croire à des annonces prochaines.

Il peut déjà affirmer que tous les projets ne sont « pas fibrés » et que certains pourraient nécessiter l’installation de technologies plus novatrices.

En ce sens, il ne veut pas se prononcer sur coût du branchement de tous les Québécois d’ici 2022. Il espère par ailleurs que le fédéral pourra « se joindre à la parade » et participer au financement selon l’échéancier de Québec.

Jeudi, le Parti québécois a déposé une motion pour que l’Assemblée nationale « demande à Bell Canada de lever tous les obstacles ralentissant l’implantation d’internet haute vitesse » dans les régions du Québec et de fournir « un échéancier clair ». Le gouvernement a refusé le dépôt de cette motion.